Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

LES FORCES TERRESTRES ANTI-AERIENNES

F.T.A.


LES FORCES TERRESTRES ANTI-AÉRIENNES

Extrait de LA 2e DB – Général Leclerc – Combattants et Combats – EN FRANCE

 

Dés le mois d’octobre 1943, sur l’immense plage de Temara le 22e Groupe colonial de forces terrestres antiaériennes se forme autour d’un noyau constitué par les cadres de la 3e Batterie d’artillerie coloniale de D.C.A. légère, celle-ci venue du Tchad en protection antiaérienne de la colonne Leclerc, sous le commandement du capitaine Lecole.
Le 1er novembre, le Groupe va s’installer au camp Gazes, à Casablanca, sur une lande dominant le terrain d’aviation. C’est là que le chef d’escadron Lancrenon, commandant le Groupe, présentera son unité au général Leclerc le 4 décembre au cours d’une prise d’armes et d’une remise de décorations.
Commencée autour des autocanons Chevrolet venus du Tchad, l’instruction se poursuit sur le matériel de dotation. Dès la seconde école à feu, l’autocanon de 40 Bofors monté sur châssis de G.M.C. de 2 t.5 fait ses premiers essais en tir de D.C.A. Ils se poursuivent ensuite en tir à terre, puis sur route.
Cet autocanon présente sur route et en tous terrains une mobilité bien supérieure à celle du canon tracté et une quasi instantanéité d’ouverture de feu. Quant aux qualités balistiques, elles se valent. Sa vulnérabilité, par contre, en l’absence de tout blindage, est naturellement augmentée.
Le 7 août 1944 parvient le premier ordre d’opérations: le Groupe a pour mission la défense des itinéraires, puis les zones de stationnement de la Division. Dès lors, les mouvements sont fréquents. Le 12 août sera une journée d’engagements sérieux pour le Groupe. Les batteries reçoivent des missions de protection antiaérienne et antichars dans la région d’Alençon. La reconnaissance du lieutenant Guy Lévy (2e Batterie) tombe dans une embuscade ennemie sur la route de Damigni à Colombiers. Au cours du combat engagé, le lieutenant Lévy est tué d’une balle au cœur. Le même jour à 15 h. 30, la reconnaissance de la 4e Batterie arrive à Radon. Prise à partie par des tirs d’infanterie ennemie, elle riposte, mais est obligée de se replier en y laissant un tué et un disparu : le sous-lieutenant de Guillebon, qui a été blessé au cours du combat. Vers 20 heures, une opération qui a été montée par le commandant de groupe en vue de récupérer le matériel laissé sur place par la 4e Batterie retourne sur Radon. Devant la supériorité ennemie nos éléments sont obligés de se replier.
A la suite de ces engagements sont mis sur pied les groupes de protection des batteries, qui deviendront par la suite les groupes francs des F.T.A.
Le 13 août, au cours d’un bombardement ennemi sur Alençon, un bombardier est abattu en flammes par la 1ère Batterie.
Puis, c’est la grande poursuite avec les missions antiaériennes et antichars, chaque batterie étant détachée près d’un groupe tactique. C’est ainsi que les batteries sont engagées à Ecouché-Mortrée-Montmerrei-Argentan.
Le 23 août verra le début de la marche sur Paris. Le groupe aura pour mission la protection antiaérienne de la Division. Les batteries sont détachées en protection d’itinéraire.
Le 24 août, la 3e Batterie en protection du 40 R.A.N.A. est prise à partie près de Jouy-en-Josas par de nombreux éléments ennemis. Elle perdra trois autocanons brûlés, mais fera une centaine de prisonniers. Le groupe de protection de la batterie E.M. entre à Paris le 25 août à 7 heures et fait de nombreux prisonniers à Longjumeau et à Saint-Germain-des-Prés. La 1ère Batterie, dès son entrée à Paris, à 12 heures, est engagée à Saint-Mandé. Au cours de la poursuite de l’ennemi, qui se réfugie dans un immeuble, le sous-lieutenant Karnowsky est tué. Tout le groupe sera à Paris dans cette journée du 25 août où, abandonnant ses missions de protection de l’artillerie, il s’installe en défense antiaérienne de la ville.
Le 8 septembre, départ de Paris. Les batteries reprennent leur place dans les groupements tactiques, en protection des groupes d’artillerie. Le 13 septembre, la 4e Batterie, installée à Dompaire, est le témoin d’une activité aérienne sérieuse. Le 16 septembre, au cours d’un engagement de nuit, elle fera trente prisonniers. Les changements de position sont nombreux par suite des missions diverses des batteries. La 2e Batterie sera pour sa part sérieusement prise à partie au cours de sa mission de protection des ponts de la Moselle à Nomexy-Châtel, de la Meurthe à Ménil-Flin. Pendant toute cette période de stationnement en Lorraine, les groupes francs seront engagés presque continuellement. Les bombardements d’artillerie sont nombreux, tandis que l’activité aérienne est nulle. Les batteries ont pour mission la protection des ponts. C’est pendant cette période qu’est posé le principe de l’emploi du groupe F.T.A. : rattachement d’une batterie par groupement tactique pour la protection de son artillerie. Les groupes francs sont constitués avec un personnel et un armement plus importants. Ils seront utilisés à tenir des «bouchons » pendant cette période de stabilisation. Le reste du groupe, sur les canons, attend toujours les avions.
Après cette longue période de stationnement les opérations reprennent le 31 octobre sur Baccarat. Les groupes francs sont utilisés pour toutes ces opérations. Celui de la 2e Batterie sera engagé avec succès à Azerailles.
Le 31 octobre enfin, quelques avions ennemis ! La 2e Batterie engage deux FW 190 à Chennevières et en abat un. Ce sera une série de succès pour les canons des F.T.A. Pendant les dix jours de la campagne de Baccarat, le groupe augmentera son palmarès de six Me 109 abattus.
Jusqu’au 18 novembre, les batteries et les groupes francs restent en position défensive. Le 18 novembre, un Me 109 est abattu à Buriville par la 3e Batterie.
Et c’est une nouvelle opération qui commence, opération qui mènera le groupe à un train d’enfer jusqu’à Strasbourg. Les éléments avancés de la Division foncent et les batteries suivent pour assurer la protection aérienne. Mais l’activité aérienne ennemie est presque nulle. Le 23 novembre vers 15 heures, les premiers éléments du 22e Groupe colonial de F.T.A. font leur entrée à Strasbourg. Immédiatement les batteries de tir s’installent en défense antiaérienne de la ville. En procédant au nettoyage de son secteur, la 3e Batterie engage le combat à terre et fait une centaine de prisonniers.
Les groupes francs ne restent pas inactifs non plus : ils participent à toutes les patrouilles et opérations de nettoyage. Les bombardements d’artillerie sur nos positions de batterie sont fréquents.
Le 31 décembre 1944 le Groupe est relevé par les F.T.A. de la 1ère D.F.L.; il va participer avec le XVe Corps américain aux opérations en Sarre. Le 7 janvier, la 3e Batterie est sérieusement bombardée à Rohrbach. Le 18 janvier le Groupe revient en Alsace pour les opérations de nettoyage de la poche de Colmar. L’activité aérienne est nulle. Mais les groupes francs se couvrent de succès; en particulier la 2e Batterie à Obersaasheim, le 6 février, en faisant cent prisonniers et la 4e Batterie à Neuf-Brisach, le même jour en en faisant cent cinquante.
Après son laborieux enfantement de neuf mois, le 22e Groupe colonial de F.T.A. n’a pas vu, en raison de la supériorité aérienne alliée, tous les avions ennemis qu’il espérait. En protection des groupes d’artillerie, objectif de choix de la Luftwaffe, ou de points sensibles, il a réagi avec patience et bonne humeur à tous les inconvénients d’une situation qu’il lui fallait bien reconnaître hautement profitable aux succès de la Division.
Ces hommes, installés sur la plate-forme étrange, sorte de tréteau ambulant, sans blindage, de leurs trente-deux autocanons, ont passé du vertige des routes aux longues attentes patientes sous la pluie ou le soleil, la poussière ou la neige, dans le vent d’automne ou le gel. Ils y ont acquis une philosophie profonde et une trempe solide.
Quelques-uns, las de monter la garde auprès de leurs frères de l’artillerie, ont mis leur fougue dans le combat à pied, en patrouilles ou en assauts menés en Normandie ou à Paris par les groupes de protection des batteries, devenus, en Alsace et en Lorraine, les groupes francs. Ils ont vécu des journées tantôt obscures, tantôt éclatantes dans les patrouilles et «bouchons » des secteurs de la Meurthe et de l’Ill, dans les attaques d’Azerailles, de Kronenbourg, de Neuf-Brisach, d’Obersaasheim.
Aux pièces, la veille vigilante a parfois été récompensée. Ainsi le 3 novembre à Reherrey, sur une position d’artillerie prise à partie par les bombardements ennemis, un Messerschmidt 109 d’une patrouille de trois dont pas un ne revint attaque en rase-mottes par mitraillage au sol. Engagé par plusieurs pièces de la ire Batterie du Groupe l’avion ennemi est atteint par la pièce qu’il attaquait; il percute à moins de 50 mètres, rebondit, explose, criblant d’éclats le peloton de pièce. Le moteur roule pendant près de 400 mètres, tandis que le pilote vient s’écraser aux pieds des servants.
Totalisant au 1er mars 1945 17 avions abattus et 6 endommagés, capturant près de 800 prisonniers, un armement et un matériel importants, le Groupe attend sans patience la campagne d’Allemagne, qui le mènera, en protection antiaérienne de la Division, après Paris et Strasbourg libérés, aux grandes villes allemandes conquises ou à conquérir.

Souvenirs recueillis auprès des officiers du Groupe par RENÉ DE BERVAL.