Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

RÉGIMENT de MARCHE du TCHAD – R.M.T.

R.M.T.


LE RÉGIMENT

DE MARCHE DU TCHAD

Extrait de LA 2e DB – Général Leclerc – Combattants et Combats – EN FRANCE

 

ÊTRE désigné pour servir au Tchad était, avant la guerre, pour les militaires de l’Armée coloniale une satisfaction de rare qualité. Si leur vocation coloniale était intacte, ils ne pouvaient rêver plus magnifique champ d’action.
Les Jeunes, au début d’une carrière qu’ils voulaient bien remplie, manifestaient tant leur enthousiasme d’une pareille désignation qu’à les entendre la gloire des Marchand, des Mangin, des Gallieni ne tarderait pas à pâlir en face de leurs propres exploits.
C’est que le Tchad, en effet, était par excellence un de ces pays où pouvait encore s’exercer dans tous les domaines une activité soutenue et féconde; avec ses régions désertiques, sa population rare et fière, son climat extrême il offrait « l’espace » dans lequel une énergie bien trempée se sent libre de tout oser.
Celui qui ambitionnait une existence virile, tout entière tendue vers l’action dans ce qu’elle a de plus dépouillé et de plus exaltant, demandait à servir dans les Groupes nomades du Nord qui maintenaient l’ordre parmi des tribus au sang chaud et montaient la garde aux frontières du Sahara libyque italien.

Là, vivant en ascète, pris par la grandeur du désert, tout entier à sa vie si simple et si pleine, il dépouillait le vieil homme. Ses sentiments devenaient purs comme le ciel étoile qui reposait le soir son regard brûlé de soleil et de sable. Un peu de nostalgie se glissait parfois en son âme ; la grande solitude l’invitait à méditer sur l’infini.
Quant à celui qui, moins fait pour ces sommets, sentait en lui un tempérament d’organisateur, de bâtisseur, il trouvait dans des fonctions multiples matière à déployer une activité sans défaillance. A la fois chef, administrateur, l’officier trouvait dans le poste colonial l’occasion de se réaliser, d’affermir et de développer sa personnalité.
Pour tous, les méharistes et les administrateurs, le Tchad, ainsi d’ailleurs que bien d’autres colonies, développait le caractère en les plaçant en face de difficultés qui demandent pour être surmontées de la force d’âme, de l’initiative, de la vigueur physique et une pensée lucide.
Magnifique école de chefs, comme l’on sait, que cette vie coloniale où se trempe l’homme.
Autour du drapeau du Régiment de Tirailleurs Sénégalais du Tchad, dans la tradition de cette glorieuse unité dont la troupe recrutée sur place avait jadis pacifié le pays aux ordres de Joalland, de Lamy, de Largeau et contribué pendant 1914-1918 à chasser le boche du Cameroun, se formait une équipe des officiers et sous-officiers du Tchad. Les souvenirs sur leurs prestigieux anciens alimentaient leurs conversations. Les archives des postes et des unités leur livraient les secrets de vies ardentes. La saine activité de tous les jours au milieu de larges horizons leur donnait une silhouette qu’une certaine aisance dans l’allure faisait volontiers prendre pour un laisser-aller dans la tenue et un débraillé moral.
Vint septembre 1939. Depuis quelques années le Tchad s’endormait. L’ère des miracles était terminée. On n’y faisait plus quelque chose avec rien. Si le séjour colonial y offrait encore de l’intérêt, on y devenait facilement sceptique. C’est que la Colonie vivait sur elle-même, calme, tenue en laisse par une administration mesquine et des chefs sans ampleur de vues et sans caractère. « Messieurs les ronds-de-cuir » s’étaient installés au Tchad; venus de la Métropole, où ils prospéraient, ils étaient entrain de faire rentrer dans l’ordre bureaucratique ce territoire au passé de légende. La faute en était aux institutions plutôt qu’aux hommes. On allait bien le voir.
La guerre en Europe allait-elle permettre de secouer ce joug impatiemment supporté ? On le crut un moment. Chacun voulait se battre, certains en France, d’autres chez l’Italien. Hélas ! la « drôle de guerre » fut menée aussi au Tchad. Le R.T.S.T. resta sur ses positions et aussi, heureusement, sur ses traditions. L’impatience que manifestaient des officiers qui ont nom : d’Ornano, Delange, Dio, Massu, pour n’en noter que quelques-uns, eut cependant pour effet de raviver la flamme qui veillait au cœur de tous.
La débâcle et l’armistice leur tombèrent dessus comme une tornade venue on ne sait d’où. Il fallait comprendre : un examen de conscience y aida. Dans la douleur et la colère l’âme du Régiment du Tchad vivifiée par un grand souffle patriotique n’admettait pas que fût changé le sens des mots : Honneur, Devoir, Sacrifice.
La voix de la France parvenait, si étrange qu’on ne la reconnaissait plus. Chaque soir, vers 21 h. 15 toute la Colonie se mettait à l’écoute de Londres. Un général français avait dit « non » à la défaite. Comme ceux du Tchad le comprenaient ! Ils auraient voulu lui apporter le concours le plus immédiat, mais ils ne pouvaient encore supposer que tout l’Empire français allait le lui refuser. Ils écoutaient donc la voix de ceux qui à Brazzaville, à Rabat, à Beyrouth, à Dakar avaient la charge de maintenir cet empire dans la guerre. Cette voix, ferme d’abord, prenait bientôt des intonations curieuses : « Attendez ! » disait-elle.
Alors chacun se dit qu’une gigantesque escroquerie était en train de se commettre. Beaucoup demandèrent à servir chez les Anglais, quelques-uns n’attendirent pas une réponse favorable et se rendirent dans les territoires de nos alliés.
Tous les officiers eurent alors la « honte » d’expliquer à leurs fidèles tirailleurs que la France avait failli à sa grandeur et que les Français étaient divisés. J’en connais qui ne pardonneront jamais au gouvernement de Vichy de les avoir mis dans cette obligation, malgré le suprême réconfort venu de ces humbles auditeurs qui, eux, comprenaient que le drapeau ne pouvait pas être « amené ».
Le Régiment du Tchad se devait de garder sa cohésion et, en dépit de tout, de ne pas accepter la capitulation. Qu’en auraient pensé ses grands morts, qui, eux, avaient « envoyé » les trois couleurs sur ce sol dont les enfants disaient maintenant qu’ils ne voulaient plus être des « captifs » ?
Et puis, un jour, le 25 août 1940, un simple télégramme du gouverneur Eboué et du colonel Marchand maintenait le Territoire du Tchad et le R.T.S.T. dans la guerre aux ordres du général de Gaulle. Ce fut si simple, parce que tant attendu… Ce fut si simple, parce que si grand… Des chefs avaient enfin osé avoir du caractère.
Dans le même temps, toute l’Afrique équatoriale et le Cameroun accomplissaient le même geste français. On citait avec fierté le nom des officiers dont l’action avait été décisive : d’Ornano à Fort-Lamy, Dio à Douala, de Boissoudy et Delange à Brazzaville. Tous du Régiment du Tchad. On enregistrait avec satisfaction l’arrivée au Cameroun du colonel Leclerc, envoyé par le général de Gaulle.
La fierté du devoir accompli saisit alors le R.T.S.T. et une fièvre d’action s’empara de lui. Il s’y mêla de la déception parce qu’on le qualifia de «dissident». Une barrière se dressa entre Français; je ne dirai pas ce que nous fut douloureuse cette politique soufflée par l’envahisseur…

*

 

« Faire quelque chose » s’imposait. On n’entre pas dans la révo-lution pour rester couché dans son lit.
Mais quoi ? Avec un armement ridicule, des stocks de munitions réduits, des moyens de transport inexistants, sur des espaces sans fin où l’ennemi vous attend derrière ses barbelés. Il y avait bien le chameau, et il jouera son rôle magnifiquement avec Sarrazac et de Bazelaire, mais il manquait encore l’énergie capable de galvaniser ces volontés, de diriger cette foi vers des buts concrets.
Le colonel Leclerc sera cette énergie. Dès qu’il paraît, les coloniaux pensent à Marchand, à Mangin.
On prétend qu’à son arrivée au Cameroun il a eu dans la nuit une entrevue avec le capitaine Dio. Les deux hommes se sont pesés du regard, puis Leclerc, après avoir exposé la mission reçue du général de Gaulle, a simplement dit à Dio : « Vous marchez ? – Je marche », a été la réponse.
En prenant le commandement du Régiment de Tirailleurs Séné-galais du Tchad, le colonel Leclerc sait que cette unité « marche » à fond avec enthousiasme. Les coloniaux, eux, sont déjà certains que leur drapeau est entre des mains fermes. Il s’agit maintenant de travailler. Ils sont peu nombreux, mais ils préfèrent ne pas y penser, chacun travaillera pour plusieurs. N’est-ce pas Bernard ? n’est-ce pas Quiliquini ?
Des jeunes gens évadés de France et passés en Angleterre sont envoyés pour les renforcer. Leur tonus, c’est la débâcle qui l’a vivifié. Ils ont été éperonnés par l’écœurement né au spectacle d’une nation qui s’abandonne. On ne met pas un pays en pénitence ou au couvent, et c’est pourquoi les voilà, loin de leurs foyers, prêts à entreprendre la reconquête du pays perdu. Ils apportent aux coloniaux un air du dehors. Entre eux l’entente est vite complète. Ils sont tous désormais mis dans l’obligation de tirer tout d’eux-mêmes et rien de l’extérieur, je dirai même : contre l’extérieur. Quoi de plus conforme à l’action des grands coloniaux, allant toujours plus avant, sans cesse désavoués, jamais découragés ?
Il ne semble pas qu’un meilleur climat que le R.T.S.T. puisse être trouvé pour ce renouveau. Désormais, ce régiment que l’exemple des prestigieux anciens anime, que l’esprit de Psichari ennoblit ira de l’avant, derrière le chef qui personnifie la plus pure tradition de la cava-lerie française, celle du burnous rouge du capitaine de Bournazel et celle de la légendaire bravoure du lieutenant de Hautecloque, car, pour ce dernier, tous savent…

Ils ne sont pas nombreux, ces Français qui osent se dresser sur les bords du lac Tchad contre l’ennemi de la Patrie bâillonnée; si peu nombreux que le général de Gaulle en octobre 1940, à Fort-Lamy, pouvait jeter, comme péroraison de son discours, après avoir rappelé la parabole de Sodome et de Gomorrhe : « Nous sommes peu de justes, mais nous sommes plus que dix, nous sommes plus que cent, nous sommes plus que mille, et voilà pourquoi la France ne périra pas ! »

*

 

Je ne résumerai pas les campagnes sahariennes du colonel Leclerc… Le coup de main de Mourzouk, où mourut d’Ornano, le fusil à la main. Mort symbolique; la première pour la cause dont le Régiment du Tchad était désormais, pour l’histoire, le champion. Sacrifice pur dans son étrange simplicité, car il était sans doute écrit que la grande figure du colonel d’Ornano porterait le premier défi en territoire ennemi et serait la première victime que la « dissidence » du Tchad dresserait face à l’insolence des vainqueurs du moment. Pendant qu’il tombait ainsi, Massu, son compagnon, cicatrisait une blessure avec sa cigarette et continuait le combat…
La prise de Koufra fut le triomphe de la volonté d’un chef, du bluff raisonné, devant lesquels la baudruche italienne se révéla pleine de vent. Elle fut, d’un autre point de vue, l’expérience qui prouve que rien n’est impossible; celle qui donne au plus humble des exécutants la confiance la plus aveugle dans son chef. L’espoir que fit naître le « Serment de Koufra » explique comment il fut tenu. Les raids sur le Fe2zan au cours de l’hiver 1941-1942 permirent au Régiment du Tchad de classer ses valeurs; un de Guillebon, un Dubut, un Geoffroy et tant d’autres portèrent à l’Italien des coups terribles.
Ils aguerrirent aussi la troupe, qui commençait à prendre conscience de ses possibilités pendant que l’impatience de tous était calmée par une série d’opérations dont chacune était une victoire, à la fois sur l’ennemi et aussi, il faut bien le dire, sur ce qu’on ne voudrait pas appeler un complexe d’infériorité.
C’est « gonflé à bloc » que le Régiment du Tchad entreprit, fin 1942, la conquête du Fezzan et sa jonction avec la 8e Armée britannique sur les bords de la Méditerranée. On sait comment’ tourna l’aventure. Lorsque les coloniaux contemplèrent la grande bleue à Tripoli et que la pensée que ces mêmes ondes baignaient des rivages familiers les effleura, il se glissa une teinte de mélancolie dans leur regard. Avoir tant fait pour qu’il reste tant à faire encore !… Mais, bah ! le but était proche. Le boche occupait la Tunisie, on allait « se faire les dents » pour le bouter hors de cette terre française, et ensuite ce serait la France, enfin !…
La première sympathie exprimée dont le Régiment du Tchad connut les marques vint des Anglais et des Néo-Zélandais de la 8e Armée, dont il allait modestement partager les épreuves et aussi la gloire. Pendant cette campagne de Tunisie, il remplira les missions les plus ingrates, et quelquefois démesurées pour ses moyens, avec un brio digne des meilleurs éloges. Nos tirailleurs furent en Tunisie admirables; leur joie après leur premier combat victorieux contre les Allemands de Rommel faisait plaisir à voir. Sur les traces d’Ingold, d’Abzac, de Perceval ils s’élançaient à l’assaut avec un cran qui donnait envie de crier d’admiration.
Quelle revanche pour les dissidents !
Ils eurent alors la satisfaction de constater que le Régiment du Tchad unissait blancs et noirs dans le même idéal, que le même esprit d’équipe animait tous ces hommes dans un effort jamais ralenti pour la libération de la patrie.
Les croisés à la croix de Lorraine étaient là, prêts à franchir la mer pour porter le dernier coup à l’ennemi sur le sol natal d’abord, chez lui ensuite.

*

Il était sans doute dans l’ordre normal des choses que la rencontre des Français venus du Tchad avec les Français d’Afrique du Nord, récemment rentrés dans la lutte, ne se déroule pas dans une atmosphère de parfaite compréhension. Le fait demeure que peu après la fin des opérations de Tunisie le Régiment du Tchad était envoyé en exil en Tripolitaine. Là il se mûrit encore. Pour les tâches qui l’attendent il doit lâcher ses tirailleurs noirs. L’adieu est émouvant, les compagnons des jours de peine se séparent… Cependant de toute l’Afrique du Nord affluent des jeunes gens de tous les milieux qui revendiquent l’honneur de monter la garde autour du drapeau de ce Régiment dont l’épopée est commencée. Sous le commandement du colonel Dio, il prend le nom de Régiment de Marche du Tchad. Les nouveaux arrivants écoutent les récits glorieux que leur font les anciens ; ceux qui s’aperçoivent déjà qu’ils ont une auréole. L’esprit qui les anime imprègne ces recrues qui bientôt n’auront rien à envier à leurs aînés.
L’âme du Régiment se précise et rayonne.
C’est déjà une unité nouvelle dans l’esprit qui part en septembre 1943 pour le Maroc à la rencontre du matériel américain.
Pourquoi faut-il qu’un peu d’amertume flotte autour de ce départ ? C’est que le R.M.T. a trop bien compris les éloquentes paroles que prononçait naguère à Tunis le général de Gaulle :
« A la France, à Notre-Dame la France nous n’avons à dire aujourd’hui qu’une seule chose, c’est que rien ne nous importe ni ne nous occupe, excepté de la servir. Notre devoir envers elle est aussi simple et aussi élémentaire que le devoir des fils à l’égard d’une mère opprimée. Nous avons à la délivrer, à battre l’ennemi et à châtier les traîtres qui l’ont jetée dans l’épreuve, à lui conserver ses amis, à arracher le bâillon de sa bouche et les chaînes de ses membres pour qu’elle puisse faire entendre sa voix et reprendre sa marche au destin.
» Nous n’ aurons rien à lui demander, sinon peut-être qu’au jour de la liberté elle veuille bien nous ouvrir maternellement les bras pour que nous y pleurions de joie et qu’ au jour où la mort sera venue nous saisir elle nous ensevelisse doucement dans sa bonne et sainte terre. »

*

 

Au passage en Algérie le R.M.T. absorbe une partie de l’ex-Corps franc d’Afrique. Ces hommes qui n’ont pas eu la patience d’attendre la constitution d’unités régulières pour aller se battre en Tunisie et qui ont libéré Bizerte sont de plain-pied en accord avec ceux qui viennent du Tchad. La grande figure du commandant Putz les domine et les anime. L’équipe s’augmente, elle ne perd rien de sa vitalité et de son rayonnement.
Le séjour au Maroc, dans le sein de la 2e Division blindée, sera une époque de travail intensif. Il faut s’initier au matériel moderne. Sous le commandement du colonel Dio, ce sera chose facile. Pendant ce temps le Régiment se complète. Il reçoit des jeunes gens venus de France par l’Espagne. Ils ont souffert, ils espèrent. Les anciens les acceptent et les couvent, car qui parle de souffrance et d’espoir est chez lui au Régiment du Tchad.
La machine est prête. Elle va partir pour l’Europe. Chacun est conscient que le rideau se lève sur le dernier acte. Jamais unité mieux tenue ne s’embarqua pour une campagne. Il faudra faire un court séjour en Angleterre. On le mettra à profit pour se perfectionner dans l’art de la guerre moderne. On l’utilisera aussi pour servir la cause française auprès de nos amis anglais. Ceux du Tchad y furent de parfaits ambassadeurs, surtout ceux qui venaient de bien moins loin, car on ne peut décemment avouer à une ravissante «girl» qu’on arrive seulement de Rabat…
Un beau jour d’été anglais le général Kœnig remit au R.M.T. son drapeau. Officiers, sous-officiers et soldats firent le serment de le défendre et de le rendre aussi glorieux que celui qui était resté là-bas à Fort-Lamy, gardien des fastes et du souvenir d’autres épopées…
Enfin la France ! Il me serait facile de parler de l’émotion qui étreignit ces hommes lorsqu’ils touchèrent le sol français dans la nuit du Ier août 1944. Je n’en dirai rien, car elle ne se manifestait pas. Il s’y mêlait de la fierté grave et muette, faite de la satisfaction d’avoir ramené du lac Tchad en Normandie l’honneur qu’à la voix du général de Gaulle ils n’avaient pas voulu abandonner là-bas.
Et puis ce furent de durs combats, dans lesquels le R.M.T. se taillait toujours la part du lion.

Inlassables, les fantassins du Tchad, au milieu des chars, participaient à toutes les victoires. Pour eux, la haute stature de Dio, la figure de proue de Massu, la sérénité hautaine de Guillebon, le masque tourmenté de Putz, la barbiche de Dronne, le sourire de Sarrazac, le visage énergique de Corlu étaient autant de repères de la gloire vivante du Régiment.
Celui qui les avait « sortis » du Tchad commandait la Division. Il en avait fait un merveilleux instrument de bataille et, plus encore, à l’image de l’équipe du Tchad, une unité représentative de la France réconciliée, animée de l’esprit et des méthodes de l’armée de demain.
Ils eurent de beaux jours, ceux du R.M.T., à Paris, à Strasbourg, partout où la foule étonnée voyait passer ces modernes chevaliers sur des engins tonnants! Mais surtout ce sont les soirs de victoire dont ils se souviennent avec complaisance. Il suffit d’évoquer Dio à Carrouges, Corlu au Bourget, Massu à Dompaire et au Dabo, Dronne à l’Hôtel de Ville, Quiliquini à Azerailles et à Phalsbourg, Putz à Anglemont et à Strasbourg, Lavergne à Gerstheim, Perceval à Erstein et d’autres que j’oublie pour apercevoir derrière eux le R.M.T. toujours à la pointe des combats pour la libération de la France. Ce fut « un du Tchad » qui hissa les trois couleurs sur la cathédrale de Strasbourg…
L’ennemi ne foule plus notre sol. En attendant que le R.M.T. aille porter ses armes en Allemagne, et pendant qu’il se prépare à jouer son rôle dans la France de demain, adressons une pensée émue à ceux dont les tombes jalonnent la longue route, de Koufra à Strasbourg. Ils sont morts pour que la France vive, et aussi pour que le R.M.T. démontre d’une manière éclatante que l’âme des grands coloniaux et ses prestigieux cavaliers de toutes les époques de gloire hante les plis de son drapeau.
Disons avec le poète :
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre… Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre Qui les a tant perdus, et qu’ils ont tant aimée.

COLONEL VÉZINET.

 

Cette présentation du Régiment de marche du Tchad serait bien incomplète si son auteur devait être laissé dans l’ombre. Qui ne connaît la belle et noble figure du colonel Vézinet, exemple vivant de droiture et d’abnégation, dont la forte personnalité se manifesta si vigoureusement en 1940 et fit de lui trois ans plus tard la cheville ouvrière du régiment ? Nul mieux que lui ne saurait personnifier le caractère profond du R.M.T., et aux noms de Ksar Rhilane, du Djebel Melab, de Carrouges, du Bourget et de Baccarat restera toujours associée l’évocation de sa bravoure souriante et calme.
COLONEL Dio.