Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

Maroc 1926-1930

 

Lieutenant Philippe DE HAUTECLOCQUE

Maroc 1926 -1930

 

 

 

La France est présente en Algérie (1830), en Tunisie (1882) et au Maroc (1912).

Le protectorat sur le Maroc doit faire face à une insurrection menée par Abd el-Krim.
La pacification (rallier les tribus insoumises), confiée d’abord au maréchal Lyautey, s’achève en 1924

Le lieutenant de Hauteclocque choisit une affectation au Maroc (8e régiment de spahis algériens) à Taza en 1926.
En septembre 1927, il rejoint l’école des officiers marocains de Dar el-Beïda, créée en 1918 par Lyautey pour former les cadres des troupes.

Professeur d’instruction générale et instructeur de cavalerie, il emploie ses loisirs à étudier la religion musulmane auprès de ses élèves et à perfectionner sa pratique des langues arabe et berbère.
Il reçoit ses élèves dans sa propriété de Tailly.

Dar el Beïda a été, pour lui, un lieu riche d’échanges culturels. Il est séduit par le Maroc traditionnel.

En 1929, impatient d’opérer en zone insoumise, il rejoint M’zizel, comme commandant du 38e goum.
Il est cité à l’ordre de l’armée pour son courage lors du combat de Taguendoust le 13 juillet 1930.

Peu après, il est nommé instructeur à Saint-Cyr.

En 1933, profitant des vacances, il embarque, à ses frais, sur un Latécoère assurant la liaison Toulouse-Rabat. Court-circuitant le commandant supérieur des troupes du Maroc, il obtient le poste d’adjoint au commandant d’un goum pour l’attaque du Kerdouss à laquelle il participe pendant un mois et se distingue le 11 août au combat d’Aghbadlou.

Philippe de Hauteclocque obtient une palme supplémentaire à la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs. Cet épisode atypique dans la vie d’un lieutenant de l’époque, révèle un meneur d’hommes qui n’hésite à monter en première ligne avec ses soldats.

 

Le lieutenant de Hauteclocque au Maroc

Le lieutenant de Hauteclocque au Maroc

par le Chef d’Escadrons de Réserve BEKKAI,
grand mutilé de guerre,
Officier de la Légion d’honneur, Pacha de la ville de Sefrou

 

22 avril 1947,

Amis, les années que j’ai passées à Dar-Beïda constituent un des plus beaux souvenirs de ma carrière, car nulle part plus qu’ici je n’ai eu l’impression de camaraderie, de compréhension entre Français et Marocains. Quand j’enseignais ici, à mes élèves, les belles pages de l’histoire de France, quelques heures après l’un d’eux venait chez moi m’apprendre celle du Maroc. Quand je leur posais des questions sur leur religion, quelques semaines après c’étaient eux qui m’interrogeaient sur la mienne en visitant, par exemple, la cathédrale de Rouen ou celle de Paris.

(EXTRAIT DE L’ALLOCUTION DU GÉNÉRAL LECLERC, AU COURS DE LA CÉRÉMONIE DE REMISE DE LA CROIX DE GUERRE
A L’ÉCOLE MILITAIRE DE DAR-EL-BEIDA, A MEKNÈS.)

 


 

VENANT de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, où il fut un très brillant instructeur, le lieutenant de Hauteclocque arriva à l’École militaire des élèves officiers marocains de Dar-el-Beïda, à Meknès en 1927.

Des propos de ce genre s’échangèrent aussitôt entre élèves. « Dis donc R…, as-tu vu le nouvel instructeur, il a l’air très dur, il paraît que c’est un major de« promo », il va vouloir faire de nous tous des major?, ça va chauffer, nous en verrons des vertes et des pas mûres avec lui, s’écria l’aspirant M…» « Mais oui. il est major de Saint-Cyr ou de Saumur, tu n’as pas vu son cheval, il est très beau, tu sais, répondit l’élève R… »

Comme le titre de major de promotion a toujours été disputé dans toutes les écoles militaires du monde, celui du nouvel arrivé devait lui donner une grande emprise sur ses élèves parmi lesquels l’émulation jouait d’une façon aiguë.

« Escuiraz », cheval d’arme de l’officier, beau pur sang anglais arrivé en même temps que son cavalier, attestait le rang dans lequel était sorti de Saint-Cyr le lieutenant de Hauteclocque.
Effectivement, très dur dans sa façon d’instruire, mais tellement précis et concis dans sa manière de faire, le lieutenant de Hautecloque ne tarda pas à se faire respecter, puis aimer des anciens comme des bleus. Prêchant par l’exemple, il exigeait que les élèves officiers fissent la même chose que lui en toute circonstance. En manœuvre, au tir, au sport, en salle, il n’admettait jamais qu’un ordre restât en deçà de son exécution totale.

Il avait toujours à la bouche cette phrase restée célèbre à l’école : « Ne me dites pas que c’est impossible. »
En effet, rien n’était impossible à cet homme qui affrontait n’importe quel problème qui pouvait paraître sans issue à la grande moyenne des mortels. Devant son acharnement au travail, par n’importe quel temps, de pluie, de neige ou de grande chaleur, et surtout devant la constatation des résultats acquis par des méthodes de précision, de simplicité, de clarté, de bon sens et de volonté irréductible, les élèves voyaient déjà en leur lieutenant un officier exceptionnel.

En plus de son travail déjà très chargé, de 7 heures à 20 heures, tous les jours, le lieutenant de Hauteclocque se faisait donner des leçons d’arabe par le plus qualifié de ses élèves. Le dimanche, quand il n’était pas de permanence à la « boîte », il allait chasser, car la chasse, disait-il, est un grand délassement.

De 1927 à 1929, le lieutenant de Hauteclocque a formé quelques promotions que j’affirme être marquées de son empreinte. Sa compréhension du rôle d’instructeur trouvait tout son sens chez cet homme qui devait, plus tard, confirmer ce dont il était capable. Instruire est’à la portée de beaucoup, mais élever les jeunes dans l’esprit du désintéressement, de l’abnégation de soi-même, voire même du sacrifice total est un don très rare.

Le général Leclerc possédait ce don au suprême degré.