Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

12e RÉGIMENT DE CHASSEURS D’AFRIQUE


LE 12e RÉGIMENT DE CHASSEURS D’AFRIQUE

Extrait de LA 2e DB – Général Leclerc – Combattants et Combats – EN FRANCE

ON vient de nous montrer 13 chars têtus qui revenaient de Norvège… Ils n’étaient pas les seuls à refuser le désarmement : 23 autres, dans des conditions tout à fait différentes, échappent aussi aux commissions d’armistice.
… Nous sommes en France, au début de 1941. Les chars que possédait l’armée française ont, d’après les clauses de la convention d’armistice, dû être déposés dans les parcs. Ils l’ont été, en effet, mais dans un triste état, car, avant que de s’en séparer, les équipages les ont sabotés, ne voulant à aucun prix remettre intact à l’ennemi ce qui faisait leur gloire et leur fierté.
Ordre est donné d’en envoyer quelques-uns le plus loin possible des Allemands, par delà les mers. 300 militaires s’embarquent donc un jour à Marseille avec 23 Somua récupérés dans les parcs. Le sacrifice qu’ils font est grand. Plus même, il est total. Ils abandonnent en effet famille, parents et enfants, maison, tout ce qui les attache et les lie à cette terre ancestrale. Pour aller où ? Aux colonies… Ce mot sonne comme un glas à leurs oreilles- de métropolitains.
De Marseille, ils s’embarquent pour Casablanca. On les parque au camp de la Jonquière. Pas suffisamment, et pas longtemps : les commissions d’armistice ont eu vent de leur arrivée. Ils doivent repartir. Plus loin, si loin qu’aucune commission ne puisse plus mettre la main sur eux. A nouveau, ils s’embarquent. A destination du Sénégal cette fois, où le 12e Régiment de Chasseurs d’Afrique part se camoufler.
Il fut aisé de trouver les volontaires qu’il fallait pour équiper ce nouveau régiment, et, malgré l’incertitude de l’avenir, malgré le peu d’encouragements que trouvaient souvent chez leurs chefs ou leurs camarades ceux qui désiraient y servir, le 12e Chasseurs se constitua sans peine.
Le personnel en fut d’ailleurs hétéroclite : équipages de divisions légères mécaniques et de divisions cuirassées de la campagne de France, passionnés de revanche, vieux chasseurs d’Afrique des 1er et 5e Chasseurs, non satisfaits de l’épuisante et stérile Campagne de Tunisie de 1939-1940 et, aussi, avides d’horizons nouveaux et d’aventures, jeunes engagés venus de toutes les terres occupées ou interdites de France.
De cette unité composée d’une façon aussi étrange, de ces hommes transplantés, sans jamais y avoir été préparés, dans une colonie parmi les moins accueillantes, de ces soldats si différents les uns des autres, tant par l’arme dont ils étaient issus que par leurs origines terriennes, leur chef, commandant de Langlade, fit une troupe d’une homogénéité peu commune.
A 80 kilomètres de Dakar, perdue en pleine brousse, Thiès est une bourgade ingrate. Quelques huttes où vivent des indigènes, quelques colons méfiants, inhospitaliers et de mauvaise renommée, tel est l’endroit où vint se réfugier ce régiment qui, par la suite, devait se couvrir de gloire tant en Tunisie que dans la campagne de France.
Il y vécut une existence très dure. Tout était à faire, à bâtir, à construire. Pendant deux années, dans le travail et la patience, cette troupe attendit l’heure de la libération, formant inlassablement dans les sables arides du désert et dans la brousse torride du Sénégal des équipages de chars pour les combats à venir. Pendant deux années, deux longues années, au prix de peines et de souffrances sans nom, elle réussit à y subsister, luttant contre la nature ennemie, contre le climat meurtrier, contre l’ennui et, malgré les morts nombreuses, malgré les tombes qui là-bas jalonnent cette route d’endurance, l’espoir la soutenait, cet espoir qu’un jour le combat reprendrait, et alors…
8 novembre 1942 : c’est le débarquement allié en Afrique du Nord. Les nouvelles vont vite dans ces pays lointains, propagées on ne sait comment. Immédiatement, le chef d’escadron de Langlade décide le ralliement. Mais par quels moyens ? Dakar est loin et du port au Maroc les moyens de transport manquent. Comment alors rejoindre les Alliés ?
Il ne reste rien d’autre à faire qu’à attendre que viennent les ordres, ces ordres qui, enfin, avec les navires nécessaires à l’embarquement, apporteront la récompense à tant de sacrifices consentis depuis plus de vingt mois : celle qui consiste à avoir à nouveau le droit de mourir au combat.
Ce n’est que le 7 janvier 1943 que les 23 chars Somua, jalousement gardés, soignés et entretenus avec amour par leurs équipages pendant deux ans, quittent l’A.O.F. pour l’Afrique du Nord.
Première escale à Casablanca… Vision émouvante de revoir, après trois années de repos et de calme, un port grouillant où l’activité diurne et nocturne est intense. Après, c’est Gibraltar, où le détroit une fois passé le convoi est attaqué. Par bonheur, des quelques navires coulés il n’en est aucun qui transporte le régiment. D’Alger, il part pour la Tunisie et arrive à Tebessa au moment le plus dur de la retraite.
L’instant de la revanche approche… Il est là : à peine arrivé, le 12e Régiment de Chasseurs d’Afrique est engagé à Metlaoui d’abord, puis à Gafsa, qu’il libère avec l’aide des troupes américaines. Ensuite, c’est la libération d’El Guettar et, plus au sud, le combat du Djebel Asker, opération similaire à celle d’El Guettar, mais contre les Italiens, cette fois. La joie est générale : les Chasseurs se lancent à l’attaque. Le Djebel Asker est rapidement libéré, nettoyé : rien, en effet, n’a pu résister à cet ouragan. Le butin de guerre est considérable ainsi que le nombre des prisonniers faits.
La bataille de Tunisie bat son plein. Au début de mai 1943 le 12e Régiment de Chasseurs d’Afrique retourne précipitamment vers le nord. Il participe à la prise de Pont-du-Fahs avec le XIXe Corps français et pousse l’armée allemande en débandade jusqu’à Moghrane, où il perd trois chars. C’est la seule perte qu’il ait subie depuis le début de la campagne.
Le surlendemain, avec la division de Montsabert, le régiment est engagé dans l’attaque du Zaghouan, où il force le dernier retranchement allemand. La manœuvre se poursuit, enveloppante, au cours de laquelle le 12e R.C.A. prend Sainte-Marie-du-Zit et fonce vers la mer. A Bou-Ficha enfin, il fait liaison avec les forces françaises et anglaises arrivant victorieusement de la Tripolitaine.
Détail amusant : à Bou-Ficha, une vallée très encaissée au fond de laquelle avance le régiment. D’une colline surgit un officier allemand qui brandit un drapeau blanc. La conversation s’engage : le plénipotentiaire vient proposer la reddition de ses troupes et demande les conditions. Le général von Arnim veut bien se rendre, mais il lui faut une voiture. Les officiers français se regardent, consternés. Ils n’ont aucune voiture légère, seuls les chars… et jamais le général allemand ne voudra être ramené sur un de ces véhicules.
A ce moment, d’une autre colline, surgit une colonne canadienne.
Ce furent donc les Canadiens qui ramenèrent, capturé, le général von Arnim, et non le 12e R.C.A !
Sous l’uniforme américain, nos Chasseurs ont abandonné la chéchia aux trois glorieuses bandes noires et la ceinture rouge pour le calot bleu jonquille. Mais les vieux, les anciens, ceux de Goulimine, de N’Gaparou ou de Thiès la conservent pieusement au fond de leur sac, car il y a peu de troupes plus fières et plus jalouses de leur passé et de leurs traditions que celles qui composent ce régiment.
De leur passage à la colonie, ils ont acquis le goût de construire, de bâtir, non tant pour eux-mêmes que pour le plaisir de marquer leur passage. Ainsi ont-ils laissé au loin, au bord de la mer, sur des terres étranges et sauvages, dans des lieux qui, peut-être, sont déjà redevenus une brousse épineuse et hostile, un camp construit de leurs mains pour que leurs camarades épuisés par le climat puissent y venir reprendre les forces nécessaires au combat qui sera peut-être proche.
C’est là toute notre tradition. Dans la paix : bâtir; dans la guerre : combattre.
Ce goût du travail, je le revis un jour en allant visiter un peloton dans la boue et la pluie de Lorraine. Pas un abri, pas une planche, à notre arrivée. Seuls, un bois touffu et mouillé, une terre liquide et croulante. En l’espace de quelques jours naquirent de véritables palais souterrains, avec de grandes cheminées de pierre, des couchettes confortables et des toits de terre.
Mais c’est au combat qu’il faut juger ces hommes. Malheureusement, ceux qui peuvent témoigner aujourd’hui de leurs hauts faits sont rares, car les meilleurs jalonnent de leurs tombes la Voie sacrée qu’ils ont suivie de la mer au Rhin. Ils sont, d’autre part, peu soucieux de se raconter, comme s’il était absolument naturel de faire son devoir lorsque, derrière soi, on a tant de traditions et tant de pages héroïques.
Les leurs sont cependant dignes de leur passé. J’en prends au hasard quelques-unes qui me furent contées, simplement, sans apprêt, ou que je vécus, dans la poussière et le soleil, entre deux éclatements d’obus.

Duel

Un carrefour. Route blanche, route noire, une ferme aux murs giflés d’éclats et, tapis, deux chars qui gardent le village. Cela fume UH peu partout sous le ciel bleu.
Brusquement, on tire du Béarn.
Le temps de crier «A vos postes ! » et en voilà un tout seul, un Panther, canon gueule en l’air, qui file le long de la voie ferrée, tout près.
Les images se succèdent, comme en un rêve. Départ sourd. La terre qui vole en longue déchirure, et puis les gifles des coups au but. Un arbre perforé en plein travers, à mi-hauteur, s’abat mollement. La tourelle du boche fume. Il roule toujours et encaisse dur… Et sans cesse le petit bruit énervant de la douille éjectée qui tombe, à intervalles réguliers, dans le fond de la tourelle.
Un fumigène : flocons blancs sur le blindage couleur de rouille.
La grosse bête, aveuglée, dégringole le talus de la voie et veut se redresser; impression du dernier coup de reins d’un animal blessé à mort. Il reste là, dans la fumée qui monte.

Deux silhouettes noires qui sautent du poste avant et disparaissent — le silence– c’est fini.
Le sang qui tape dans les artères, très fort. Mon tireur, une tête, visage luisant de sueur, et des mains qui tremblent.
Ce fut long : en tout quelques secondes.
Dans mon sac B, soigneusement plié, il y a un drapeau rouge à croix gammée, un peu roussi : la première victoire. Et sur mon canon, un cercle blanc.

La Jeep

Un régiment de chars a une diversité extraordinaire de véhicules, dont la Jeep n’est pas un des moins importants dans le combat.
Dans la période d’exploitation, l’extrême pointe du régiment est confiée au peloton d’éclaireurs, composé de Jeeps et de half-tracks qui ont mission de prendre le premier contact avec l’élément retardateur ennemi.
Plus souple, plus silencieuse et moins voyante que le char, la Jeep de tête a bien souvent sauvé des chars et leurs équipages du mortel 88.
Elles permirent aussi aux vaillants chasseurs qui les montent de montrer qu’ils valent les meilleurs de leurs camarades des escadrons de chars.,
L’équipage de la Jeep embarque. Le maréchal des logis de C… frémit de joie. C’est enfin son tour. Il l’a attendu avec quelle rageuse impatience !
Sur la route, le véhicule s’en va prudemment… mais non silencieusement. Le pot d’échappement a disparu dans l’aventure de la veille : une sombre histoire d’automoteur, de boue et de bois. La dernière bougie, enfin, ne «donne » pas. Le doux ronron s’est transformé en un terrifiant vacarme syncopé.
De C… se penche sur la mitrailleuse. Du bras, le conducteur l’arrête.
– Pas la peine, marche pas.
– Faut la changer.
– Pas moyen, clavette faussée, impossible débloquer.
– Alors ?
– Alors, on marche quand même.
Mais pourquoi, subitement, accélère-t-il ? A 300 mètres la Jeep disparaît derrière la crête. Deux coups de feu, quelques points, une nuée de boches qui se précipitent, lourdement, vers les lisières proches.
La Jeep s’est sagement rangée vers la droite : il y a deux canons en batterie.

De C… secoue sa main qui saigne, mais il ne veut rien, il est tellement heureux de ce sang, de ces canons pris à l’ennemi, des chars qui suivent, dont il a, peut-être, sauvé le premier, de ce sourire qui s’épanouit sur les figures de tous.
Lorsque le toubib réussit enfin à l’emmener, tout le long de la colonne qu’il redescend, en guise d’adieu il agite sa patte sanglante comme un étendard.

Les « lance-patate »

Le combat moderne ne permet plus de déterminer la place de chaque matériel dans la bataille. C’est ainsi qu’il arrivera fréquemment qu’un même engin sera au cours de deux opérations différentes employé à l’extrême avant ou en soutien éloigné.
Nos obusiers, communément appelés, à la grande fureur de leurs équipages, «lance-patate », sont, plus que d’autres, de cette catégorie. Mais, par goût, et aussi parce qu’ils se refusent à être moins exposés que leurs camarades des chars, il est bien difficile de les maintenir à leur place normale. Aussi arrive-t-il fréquemment qu’ils se transforment volontiers en chars, sinon en automitrailleuses.
En Alsace, entre Avolsheim et Neuf-Brisach, trois obusiers surveillent la plaine. Le sous-groupement va attaquer et l’artillerie est en mouvement.
Il faut, cependant, agir vite. Nos obusiers remplaceront donc l’artillerie jusqu’à ce qu’elle soit en place. Pour mieux appuyer l’attaque, ils se mettent en avant même de la ligne de départ. Le boche les a rapidement repérés. Régulièrement, les obus tombent avec une densité sans cesse accrue. Rien à faire, qu’à encaisser.
L’attaque est partie. Un char ami est détruit par un automoteur, qu’ils ne peuvent atteindre, à son tour mis hors de combat par un char, puis un autre par un destroyer alors qu’il tentait de se replier.
Nos obusiers ne peuvent cependant que marteler au plus vite les boqueteaux où résiste encore l’ennemi, mais ils guettent avec attention leur gibier favori, l’arme antichar sur laquelle ils pourront lancer avec précision leurs obus.
Pendant ce temps, les obus tombent drus, les éclats déchirent les blindages, arrachent le caoutchouc des galets… « II faut durer, leur a-t-on dit, jusqu’à ce que l’artillerie puisse tirer. » Rien n’ébranle le moral de ces équipages qui, continuellement, chargent, tirent et observent avec la même placidité.
Entre temps, l’ennemi, qui sent que quelque chose manque à l’assaillant, s’est repris et pousse un 88 sur la route.
Le chef de peloton l’a vu.
— Murât, sur la route, 700 millièmes à droite du clocher, un half-track boche.
Le temps d’énoncer, et le demi-chenillé allemand a décroché son canon et disparu sur la droite.
Les servants se hâtent autour de l’antichar.
— Par quatre, feu !
Les coups sont bien placés, dont un au but. Les servants allemands ont disparu. Trois se relèvent. Une nouvelle salve éclate au sol.
Quelques minutes après, un autre demi-chenillé allemand, dans le secteur de surveillance de Lannes, tracte un autre canon. L’ennemi l’amène sur une position d’où il battra efficacement notre débouché; il veut à tout prix stopper l’attaque.
Lannes envoie cinq obus. La voiture explose avant d’avoir pu placer son canon.
Cependant, la pluie d’obus redouble. Des blessés gémissent dans les carcasses chaudes et enfumées, dont ils ne peuvent être évacués tant l’ennemi s’acharne sur leurs engins.
C’est alors que 1.400 coups de notre groupe d’artillerie, maintenant en place, s’abattent avec une précision implacable sur les lisières, enlevant à l’ennemi toute possibilité de résister.

Prestige de l’équipage

Le char reste malgré tout l’engin de combat le plus convoité du jeune Chasseur d’Afrique, et dans le char deux postes sont particulièrement recherchés : conducteur et tireur.
Que ne ferait-on pas pour y accéder !
Une bêtise d’abord s’il le faut, ou même une faute grave, pour passer dans un escadron de combat, si l’on n’a pas le bonheur d’y être encore. Et, brusquement, c’est la métamorphose : de turbulent, paresseux et indiscipliné qu’il était, le Chasseur devient calme, travailleur et discipliné.
Le capitaine est saisi d’admiration.
La récompense arrive : enfin tireur de char !
Le chasseur V… fut de ceux-là.
Depuis quinze jours affecté à un escadron, avec une ruse de chat il guette toutes les places susceptibles de devenir vacantes. Mais il ne voit rien arriver. Les équipages de volant récupérés sur des chars mis hors de combat enflent le personnel du camion où, tristement, il se prépare à suivre ce dernier épisode de la campagne d’Alsace.
Et, pourtant, quels efforts ne fait-il pas! Ah! qu’il voudrait effacer
toutes ses fautes, monter lui aussi sur un char et montrer qu’il est capable, comme les autres, d’être brave.
Brusquement, l’occasion se présente. X… part en permission ce soir, et il faut tout de suite le remplacer, car on attaque dans une heure. C’est donc V… qui le remplacera.
Son visage est transfiguré, il rayonne de joie.
Il palpe avec amour les parois de sa tourelle, son canon, ses obus, tout ce qui va être encore davantage à lui tout à l’heure, lorsqu’il va falloir défendre cette maison de fer et la conduire sur l’ennemi.
L’attaque part. Il est tard, 17 heures.
Notre tireur stimule son conducteur, le pousse en avant, impatient de se ruer sur le boche, qu’il sent, qu’il voit brusquement devant lui, énorme, à 300 mètres…
Mais il voit aussi, en même temps, tout ce que ce premier combat va lui apporter : d’un seul coup il va montrer ce qu’il est, on va le fêter à son retour, dans son peloton, lorsqu’il aura détruit cette énorme chose, cette gueule ouverte et béante qui tourne. Il va la faire sauter, là, à bout portant.
L’obus est placé. Dans sa lunette, il voit les servants de la pièce ennemie : mêmes visages, même haine, même peur qui crispe leurs traits. Peur ? Non, car lui, il n’a pas peur. Il rit.
D’un coup sec, il appuie sur la pédale.
Deux coups résonnent en même temps, parmi tant d’autres, dans le soir qui tombe.
Le canon boche disparaît et stoppe dans un nuage de fumée, mais le char de V… s’est aussi arrêté. Une fumée noire en sort, ainsi que deux hommes qui en portent un troisième.
V… n’est pas parmi eux.
Le lendemain, le père de V… allait dans le char Guyenne rechercher les restes de son fils, atrocement mutilés.
De ce pauvre corps déchiqueté quelque chose subsistait cependant que la mort n’avait pu détruire, mais qu’elle avait, au contraire, fixé, resplendissant : ce dernier regard miraculeux d’éclat et de triomphe, et tellement joyeux aussi…
Et demain, lorsque l’ennemi sera battu et rejeté loin de la France et que seront rétablis l’ordre et l’harmonie des choses, le Chasseur d’Afrique devra à nouveau quitter son sol natal. Il repartira vers son Afrique qui soudera aux hommes jeunes qui viendront grossir ses rangs les anciens qui n’auront pu, malgré tout, abandonner leur chéchia et leur ceinture rouge à bandes noires, symboles de tant de souffrances et de sacrifices, mais aussi de tant de gloire.

Souvenirs du Chef d’Escadron GRIBIUS,
recueillis par RENÉ DE BERVAL.