Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

La bataille de Dompaire

 

DE LA MARNE A LA MEURTHE

PASSES D’ARMES AVEC MANTEUFFEL ( Extrait de “LA 2E DB – Général Leclerc – EN FRANCE – combats et combattants” – ©1945)

 

Nouveaux problèmes   Au début de la deuxième semaine de septembre, la Division se regroupe dans les vallonnements coupés de bois touffus de Bar-sur-Aube et du pays de Clairvaux. La Brie et la plate Champagne, que la guerre vient d’enjamber sans les toucher, nous ont vu défiler dans un roulement monotone. Chacun y a décanté dans un silence relatif la riche expérience des derniers jours. De ces tourbillons d’images, d’impulsions, de réflexes rapides, de liens hâtifs, de projets, nous avions émergé par un matin brillant, le 8 septembre, lorsque nos véhicules, avec leur ample complément de nouveaux camarades, avaient retrouvé d’instinct leurs places dans leurs colonnes, qui aux Invalides, qui au Bois, qui à la Plaine-Saint-Denis. Les accueillants villages de l’Aube voient donc arriver des enfants encore une fois un peu perdus, qui doivent sans transition se transplanter d’ambiance. De Paris, la guerre s’était éloignée bien loin : ne la disait-on pas à Metz, voire à Aix-la-Chapelle ? Or, la revoici soudain toute proche. Les F. F. I. de Châtillon, encore aux prises avec des isolés dans les bois, demandent immédiatement notre aide. Un peu plus loin, l’ennemi s’est organisé avec des effectifs importants groupés en points d’appui qui barrent les grands itinéraires et capables de résister aux chars. Progressivement, ses intentions se dessinent. La 1ère Armée allemande, qui reflue depuis Paris devant la 3e Armée américaine, a perdu la Meuse à Verdun et au sud, mais n’a nulle part laissé entamer la Moselle. Les éléments de pointe alliés, entrés dans les défenses de Metz, en ont été rejetés, et les Américains ne bordent plus la rivière qu’à Pont-à-Mousson et à Toul. L’avance américaine, étirée depuis Cherbourg et toujours ravitaillée par les seules plages de Normandie, n’est pas encore au point mort : de Toul, elle va menacer Nancy de front, franchir aussi la Moselle plus au sud, à Saint-Mard et à Bayon, attaquer Nancy par le sud et marcher vers Lunéville. Mais, inévitablement, elle a perdu de la puissance. Déjà contre-attaquée au nord dans la région de Briey, elle présente vers le sud un immense flanc découvert. Au delà de ce flanc, encore plus au sud, défilent en retraite désordonnée les unités allemandes de la Loire et du Rhône, les premières pourchassées par les F.F.I., qui coupent ponts et routes, harcèlent les colonnes, les deuxièmes refluant devant les débarquements de Provence. C’est la 19ème Armée allemande qui est chargée de les recueillir. Sur le plateau de Langres, non immédiatement menacé, elle a pu tracer à loisir un grand arc de cercle : il s’appuie à Charmes sur la Moselle et son autre extrémité à la Suisse, vers Evian. Il passe par Neufchâteau, Chaumont, Langres. L’organisation déjà au point dans les centres importants se garnira et se complétera au fur et à mesure de l’arrivée des fuyards : Etats-Majors et officiers, repliés les premiers, sont en place, Ottenbacher à Langres et 16e Division à Dompaire. Tout ceci, naturellement, nous ne le saurons qu’un peu plus tard. Nous ignorons aussi que cette large tête de pont à l’ouest de la Moselle, placée de façon propice sur le flanc sud de la 3e Armée, l’ennemi en fait la base de sa contre-attaque. Depuis le 7 septembre, il débarque dans la région de Saint-Dié (aussi loin que le chemin de fer le lui permet) ses nouvelles Panzerbrigaden : leur organisation simplifiée, mise au point pendant l’été et non encore connue du commandement allié, devait lui permettre de jeter rapidement dans la bataille les derniers chars produits par ses usines. Leur noyau était un bataillon de chars Panther (une cinquantaine) qu’épaulaient une trentaine de chars Mark IV, deux bataillons de grenadiers mécanisés, un groupe d’artillerie sur chenilles. Deux d’entre elles, la 112e et la 111e, étaient acheminées respectivement vers Epinal et vers Remiremont, elles devaient être suivies par la 106e. La 112e franchissait la Moselle, portait ses chars vers Dompaire et Darney, pour déboucher de Mirecourt. La 111e devait étendre à l’ouest l’aile marchante de la contre-attaque, qui était confiée à un des généraux les plus capables de faire rendre le maximum au dernier outil en lequel la Wehrmacht mettait son espoir : von Manteuffel. Dans l’Aube, cependant, nous retrouvons le XVe Corps, celui avec lequel nous avions combattu en Normandie. Sous les ordres du général Haislip, nous allons y être jumelés avec la 79e Division d’infanterie américaine. Derrière nous en Normandie, elle nous retrouve après un long périple qui l’a conduite jusqu’à la Belgique. Le Corps doit à la fois progresser et assurer le flanc sud de l’Armée. Nous, progresser et assurer le flanc sud du Corps, et ceci à partir de l’Aube. Le premier objectif étant la Moselle, cette mission s’étire à vol d’oiseau sur 150 kilomètres. Pendant encore deux jours le groupement Billotte assurera même la protection jusqu’à Montargis sur la Seine. Nous éviterons le nœud trop fort de Neufchâteau pour progresser, la 79e par le nord, vers Charmes, et nous par le sud, vers Thaon-Châtel. Le Général a le choix de ses passages entre Neufchâteau et Chaumont : il choisira les points faibles pour s’insinuer le plus profondément possible chez l’ennemi, le frapper aux centres vitaux de ses arrières et achever par des assauts énergiques la chute des môles délaissés dans la phase initiale du combat. L’action doit être menée avec vivacité à tous les échelons.

 

Entrée en lice

 

Le 10 septembre dans la soirée notre groupement de reconnaissance se place donc en couverture sur la Marne, et au cours de la nuit deux ponts sont remis en état. Le 11 au matin le groupement aborde pour la reconnaître la région d’Andelot, dont la défense est trouvée solide. Le Général décide de passer plus au nord. L’irruption en force dans le dispositif ennemi est confiée au groupement Langlade. Dio et Billotte restent échelonnés pour figurer ces racines qui sont, paraît-il, encore nécessaires jusqu’à Montargis. On les verra par la suite se déplacer tour à tour en jouant à saute-mouton. Langlade, lourds en tête, suivant une formule éprouvée en Normandie, écrase donc à Prez un bouchon ennemi moins solide que celui d’Andelot, élargit la brèche jusqu’à Saint-Blin, dont les F.F.I. sont déjà maîtres quand il arrive, et franchit la Nationale 65 en deux colonnes : Minjonnet au nord et Massu au sud. La Meuse est bientôt atteinte à Goncourt et à Bourmont, dont la garnison capitule à 15 heures. Après avoir franchi les deux routes Neufchâteau-Chaumont et Neufchâteau-Langres nous sommes « dans la place », au cœur du dispositif ennemi. Que nous réserve-t-il ? Nous en avons une idée encore bien vague. Au passage à Leurville, nous avons recueilli au vol quelques renseignements auprès du chef local des F.F.I., celui qui commandait les gars de Prez et de Saint-Blin, dont la jeunesse ardente avait bondi en grappes sur nos Jeeps dès qu’il s’était agi de cueillir du boche. La figure souriante, marquée de la calme bonne humeur de ceux qui vont loin, du capitaine Châtel nous avait promis de nous revoir. Nous en avions recueilli déjà pas mal de ces promesses ! Cependant, dès que ses services sur place ne seront plus indispensables, Châtel suivra en volontaire avec quelques-uns de ses gars un peloton d’A.M. américaines ; en novembre, à Baccarat, il sera affecté réellement à notre Division. Châtel nous avait annoncé les prochaines résistances à hauteur de Contrexéville. De fait, à la tombée du soir, Minjonnet est arrêté à Saint-Remimont, tandis que Massu, qui trouve à Contrexéville même une garnison moins forte, enlève sa première ville d’eaux et va reconnaître les abords de Vittel.

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  A Contrexéville, on commence à y voir plus clair. Le traditionnel document allemand, bien dessiné comme à l’école, avec la netteté anguleuse et noire de ses signes conventionnels, nous donne enfin le dispositif. Nous sommes passés entre la Division Ottenbacher, qui tient Langres-Chaumont-Andelot, et la 16e Division d’infanterie, qui tient Neufchâteau-Mirecourt. Le P.C. de cette dernière est à Dompaire, son front principal face au nord entre Neufchâteau et Charmes, avec de sérieux points d’appui vers Houécourt et Mirecourt qui s’échelonnent en profondeur jusqu’à Saint-Remimont, Vittel et Dompaire. Il nous suffit de nous infléchir légèrement vers le sud pour défiler sur ses arrières, tandis que la 79e Division d’infanterie américaine, immédiatement prévenue, défilera sur ses avants. Après l’avoir ainsi isolée comme une pelure, quelques vigoureuses attaques à la rencontre l’un de l’autre devraient en disposer assez facilement. Ceci évidemment un peu schématique, car l’ennemi a réagi à notre manœuvre, ramène des troupes pour se rétablir face à l’ouest, se raccroche de Mirecourt vers Dompaire et Darney. Mais une fois encore on peut le gagner de vitesse. Le 12 au matin, couvert au sud par le groupement de reconnaissance qui opère vers Lamarche, le groupement Langlade abandonne l’attaque de Saint-Remimont, déborde Vittel par Lignéville, le réduit par une attaque d’infanterie venue du sud. Et, avant même que cette opération soit terminée, lance Massu sur Dompaire, qu’il abordera à la tombée de la nuit. Après deux heures de lutte ce dernier décide que le morceau est dur : pour mieux le guetter il s’installe aux lisières. De son côté, Vittel liquidé, Minjonnet double au sud par Thuillières, San Vallois, Lorrain, où il rejoint la route de Darney à Châtel.

 

 

Dompaire

 

Vittel offrit cette après-midi-là un spectacle assez extraordinaire. La liesse générale, les cohortes de prisonniers, le retour triomphal du maquis s’y complétaient par l’agitation au camp des internés anglo-saxons. Massée en grappes contre les grilles qui entouraient le quartier des hôtels, sur les ponts qui les faisaient communiquer et à toutes les fenêtres, une foule de trois mille personnes prisonnières depuis quatre ans et où dominait l’élément féminin manifestait bruyamment à tous les passages de nos véhicules. Une soixantaine de Sénégalais associés aux internés pour les corvées courantes se tenaient un peu en retrait et s’épa-nouissaient en un sourire plus réservé. Le Général fut vite reconnu. Il eut le courage de se faire ouvrir la grille et de rentrer. « Je vous dois bien une visite, dit-il. L’Angleterre nous a offert l’hospitalité en 1940 et nous a généreusement soutenus. L’Amérique nous a donné des armes et combat sur notre sol. Je suis heureux qu’il soit donné à un général français de vous rendre votre liberté. » Ces clameurs bourdonnaient encore dans nos oreilles au P.C. de Valleroy-le-Sec, où nous nous installons vers 18 heures. D’autres nouvelles nous y rejoignent. Des habitants signalent un déplacement important de chars et d’infanterie de Bains-les-Bains vers Darney. Sur la route de Darney à Damas, Minjonnet a pris une équipe boche occupée à flécher l’itinéraire, on se demande pour qui. Aux aguets devant Damas et Dompaire, ses hommes et ceux de Massu entendent la nuit se remplir de bruits de chars. Leur flair est affirmatif : il y en a beaucoup, et du lourd.

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  Il est donc encore plus impérieux d’attaquer sans délai. Mais tous les gestes doivent être plus soigneusement mesurés. Pendant que le grou-pement de reconnaissance va marquer Darney au plus près et que Minjonnet attaquera Damas, puis coupera la Nationale 66 entre Dompaire et Epinal, Massu abordera Dompaire. Nos artilleurs, sans qui nulle action importante n’est plus entreprise, capables à chaque instant d’intervenir très en avant, reconnaissent le terrain et se mettent en place dans la nuit. Les deux villages de Dompaire et de Lamerey sont placés en longueur et bout à bout dans un sillon, celui de la Gitte; leurs vergers remontent ses deux versants en pente douce, plus abrupts dans le fond bordé de maisons. Les chars ennemis, un bataillon complet et tout neuf de quarante-cinq Panther accompagnés par de l’infanterie et de l’artillerie, s’y rassemblent dans la soirée et dans la nuit. Une partie de la colonne qui vient d’Epinal bifurque 2 kilomètres avant d’arriver et gagne le village de Damas, lui aussi dans le sillon de la Gitte, un peu en amont. Ils commirent la lourde faute de rester presque tous dans ce fond, de ne pousser aux lisières qu’une partie de leurs moyens. Le peloton de chasseurs de chars (lieutenant de vaisseau Allongue) qui accompagne Minjonnet, après avoir guetté, soupesé, interprété tous ces bruits de la nuit, repart avant le jour, direction Damas. Brusquement, avec une soudaineté qu’il n’avait pas imaginée, le voilà dans l’action : un, puis deux Panther apparaissent ; les coups s’échangent, rapides, saccadés, répercutés bientôt par l’infanterie qui se révèle aux lisières des fourrés. Le premier Panther a été abattu d’entrée, le second s’esquive et revient, d’autres sont signalés. Les quatre destroyers, seuls en avant avec les petites Jeeps qui leur servent d’éclaireurs, se déploient à défilement de la crête. La sécurité de tout le sous-groupement qui suit repose sur eux. L’ennemi hésite, le combat si brutalement engagé reste tout à coup en suspens ; seuls s’entendent et s’amplifient les bruits de ses chars qui montent à la rescousse sur l’autre pente. Ce flottement lui est fatal. Les destroyers ont alerté les Sherman du 12e Chasseurs, qui arrivent, bientôt suivis par les avions : l’initiative nous est définitivement acquise. Devant Dompaire, où les Panther semblent littéralement grouiller, Massu borde la lèvre sud du sillon. Il a poussé son infanterie au centre, puis à gauche, comme un félin avance ses pattes. Dès que l’autre bouge, il s’arrête et l’écrase sous le feu de son artillerie et de ses chars. Les Panther s’inquiètent. Quelques-uns essaient de remonter l’autre versant, protégés en partie par leur propre artillerie. Nos pièces musellent leurs canons, nos chars les prennent à partie. A point arrive la première mission d’air-support. La coordination difficile de l’air et de la terre a fait l’objet d’une longue mise au point, à laquelle s’est patiemment attaché le commandant de Person. Voici la récompense de ses efforts : les Thunderbolt sont appelés et guidés par l’officier américain qui nous est attaché, le sympathique colonel Tower. Son char, équipé en radio, est à portée de voix de Massu. Ecouteurs aux oreilles, tout son buste est dehors; sa figure, plissée par l’effort qu’il fait au micro pour se faire comprendre de son troupeau encore lointain, se détend et se tourne radieuse vers ses camarades quand enfin les pur sang emplissent le ciel. Encore quelques mots au micro et les piqués commencent : la jubilation de Tower gagne tous nos officiers et nos hommes. Le Panther n’aime pas ça : immédiatement il se tait et se cache. L’occasion est vite saisie : Massu pousse à gauche son infanterie, déborde le village, franchit la Gitte et pousse en position propice quelques chars, cependant que Minjonnet, qui a pu d’un seul coup coiffer Damas, prend maintenant à revers toute la rive gauche du vallon. Quand, les avions partis, les Panther essaient de ressortir, ils se heurtent à de nouveaux feux mieux placés. L’air-support viendra quatre fois dans la journée : chaque fois le groupement pousse son avantage. Un second bond porte Minjonnet au carrefour de la route d’Epinal, coupant à l’ennemi sa retraite. Pressant au cœur de l’essaim, Massu l’enveloppe, occupe le cimetière, commande au plus près les sorties. Les Panther sont un à un décimés, moitié par les avions, moitié par nos chars et notre artillerie. Ceux qui restent, d’inquiets deviennent affolés, puis hystériques : les villageois qui risqueront un œil hors de leur cave les verront passer et repasser en courts trajets brusques, aborder dans les vergers des itinéraires impossibles, s’enfourner dans les hangars, chercher à défoncer une façade de maison pour se trouver un toit. Jusqu’à ce que, abandonnant une fuite éperdue et impossible, les quelques équipages restants abandonnent intacts leurs derniers chars. Trente à Dompaire, treize à Damas, épars dans les rues et dans les vergers, plaque de fabrique du 15 août 1944. Lorsqu’ils avaient jugé la situation perdue, les officiers s’étaient groupés autour de leur commandant, avaient pris les mitraillettes de leurs hommes et étaient partis à pied se frayer un passage vers l’est : une consigne leur enjoint de préserver les cadres précieux de l’éternelle Allemagne !

*

  Et voilà que, à peine calmé à Dompaire, le bruit se rallume sur nos arrières. Les chars regroupés à Darney, que nous saurons ensuite être les Mark IV de la 112e Panzerbrigade, dont le bataillon lourd venait d’être détruit, attaque de Lorrain vers Ville-sur-Illon. Ils sont accompagnés des deux bataillons d’infanterie de la brigade : les spahis les avaient signalés grouillant vers Jesonville et avaient fait de leur mieux pour les inquiéter. Pressés par les appels de Dompaire, ils finissent par se mettre en place vers 16 heures et débouchent à revers sur le P.C. du colonel de Langlade. Les quelques tubes hétéroclites qu’on laisse en général à un Etat-Major, immédiatement épaulés par la concentration massive de l’artillerie et par les destroyers rameutés en hâte de Damas, leur tiennent tête, tandis qu’une dernière mission d’air-support, détournée à la dernière minute d’un autre objectif, vient achever de les dégoûter. Ils laissent encore sept chars sur le terrain. L’intervention des Thunderbolt, encore une fois si heureuse, il est donné exceptionnellement aux nôtres d’en remercier un pilote. Toujours, leur travail terminé, ils repartent vers un lointain aérodrome, anonymement suivis du regard. Cette fois, dans la fougue du piqué, un Thunderbolt heurte un arbre. Le pilote, par une chance inouïe, en sort indemne : fêté et couché à la popote, il demande timidement qu’on le rapatrie à sa base… à Rennes ! Entre Damas, Dompaire et Ville-sur-Illon, le 13 septembre avait coûté à la 112e Panzerbrigade, fraîchement équipée en matériel neuf, débarquée de quelques jours, en route pour contre-attaquer le flanc de la 3e Armée, cinquante-neuf chars. Elle en avait en tout quatre-vingt-dix. Le reste de la brigade, indécis le 14, se replie sur Epinal le 15 : il ne pourra plus être remployé que pour une molle contre-attaque sur Lunéville le 19, puis la 112e disparaîtra de l’ordre de bataille. Von Manteuffel, à qui on avait confié trois de ces unités nouvelle version, était, paraît-il, anxieux d’en faire l’expérience.

La Moselle

  Un de nos groupements, épaulé par notre reconnaissance, entré presque subrepticement dans la cage après n’en avoir fait sauter que deux barreaux, était donc allé tout droit se mesurer avec ce qu’il y avait d’intéressant dans cette cage. Le 12, le groupement Billotte, qui avait quitté Montargis et enjambé le groupement Dio, s’était attaqué à un troisième barreau, plus solide, celui d’Andelot. Son ultimatum resté sans réponse et décidé à ne pas s’arrêter longtemps en chemin, le général Billotte emploie des moyens puissants : deux sous-groupements, Cantarel et La Horie, épaulés par tout son groupe d’artillerie. Comme à la manœuvre, les chars de Branet et les fantassins de Dronne se déploient dans les champs pendant que le barrage des fusants s’étale sur la ville. Tandis qu’ils en saisissent les lisières, Buis conduit la 1ère compagnie du 501e au cœur de l’agglomération : dans un assaut sauvage, elle assomme la garnison, dont hommes et officiers vacillent de terreur avant de se fondre en groupes incohérents. 800 prisonniers, 300 tués, pas un rescapé : terré sous un pont sur lequel bavardent nos officiers, leur colonel finit par être éventé, il grimpe le talus. O désarroi : sa belle casquette est à l’envers ! La garnison de Chaumont, instruite par l’exemple, commence son repli (Dio y pénétrera le 13). Langres sera occupé deux jours après par l’armée française qui monte du sud. La division Ottenbacher, qui formait le centre de la 19e Armée, reflue en désordre sur la Moselle : comme en Normandie, elle sera traquée sur tous les itinéraires, où elle aura affaire jusqu’à nos trains, nos ateliers, nos Etats-Majors. Le Général porte son attention au flanc nord. La 16e Division d’infanterie, dont nous occupons maintenant les arrières jusqu’à Dompaire, sera attaquée de face et de dos. De face, c’est la 79e Division d’infanterie américaine qui réduit Neufchâteau, attaque Mirecourt. De dos, le groupement Billotte, qui s’est avancé jusqu’à Vittel, lance Rouvillois plein nord sur Houécourt, de La Horie direction nord-est sur Mattaincourt. Le système Mirecourt-Mattaincourt est le plus solide : de front, les Américains mènent pendant quarante-huit heures une dure attaque contre les glacis de Puzieux et d’Ambacourt, garnis des puissants 88 Pak 43 des compagnies antichars de la 1ère Armée. De La Horie progresse dans leur dos en livrant combat à Remoncourt, à Hymon, à Mattaincourt. Et, aussitôt la jonction faite, l’énorme butin ramassé, il oblique plein est sur la Moselle, qu’il atteint à Nomexy. La Moselle était franchie depuis le n par le XIIe Corps, au nord du XVe, dans la région Saint-Mard-Bayon. La 4e Division blindée américaine, avec le général Wood, était repartie en avant, vers la Meurthe, au sud de Lunéville. Nancy allait être libéré. Le 12, la 79e Division d’infanterie américaine, défilant avant de les attaquer devant Neufchâteau et Mirecourt, était allée directement à Charmes. Elle y faisait une tête de pont, épaulant en échelon refusé l’avance du XIIe Corps. Le 14, après avoir achevé la déroute de la 16e Division d’infanterie allemande, qui a laissé entre nos mains un butin considérable, et dégagé tout le flanc sud de la 79e Division d’infanterie américaine, de La Horie avait bordé à son tour la’ rivière à Nomexy : des reconnaissances du groupement Langlade l’avaient reconnue à Igney et à Thaon. De La Horie poussait le 15, par un gué, quelques blindés sur la rive droite, à Châtel, assurait à Nomexy une base solide et étoffait progressivement son dispositif.

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  Von Manteuffel, après l’échec de la 112e Panzerbrigade, dont il regroupait les restes, avait renoncé à son ambitieuse contre-attaque à l’ouest de la Moselle. La me, qu’il avait poussée jusqu’à Bains-les-Bains, était ramenée sur Rambervillers, où il recevait aussi la 106e, fraîchement débarquée. Il concentrait ainsi entre la Moselle et la Meurthe cent quatre-vingts chars, en majorité lourds. Les agents de renseignement nous envoyaient de nombreux avertissements, et à leurs chiffres, qui nous semblaient d’abord exagérés, nous devions finalement ajouter foi. L’intention de von Manteuffel semblait évidente : contre-attaquer maintenant vers Nancy. Plus au sud, tout danger était cependant loin d’être écarté. Couvert par le canal de l’Est, l’ennemi gardait à Epinal une solide tête de pont. Des chars (les rescapés de la 112e) restaient sur la rive gauche et pouvaient à tout instant être renforcés par une autre brigade. De fait, une tentative de contre-attaque blindée est poussée dans la soirée du 14. Le groupement Langlade doit faire face à cette menace : il ne sera relevé de cette mission que le 20 par le VIe Corps américain, remontant de Marseille. Le groupement Dio serre le 15, mars assure encore le flanc de la Marne à Vittel. Le Général, obéissant à sa mission, conservait donc la majorité de ses moyens face au sud-ouest. De La Horie n’avait à Châtel qu’une toute petite tête de pont, alimentée par un gué et par une passerelle refaite par les habitants.

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  C’est cependant cette petite tête de pont qui va prendre, dans la soirée du 16, tout le choc de la deuxième tentative, menée cette fois par la 111e : le journal de la Wehrmacht nous annoncera quelques jours plus tard que von Manteuffel la dirigeait en personne. Instruit par Dompaire et pour échapper à l’aviation, il opère à la tombée de la nuit : voici ses Panther et son infanterie qui longent la berge droite, venant du sud. Nos guetteurs les signalent, chacun se tend à son poste. D’autres chars et d’autres fantassins s’approchent par la lisière des bois, à l’est. Ils arrivent à une ferme isolée, la ferme de Saint-Marin, où leur menace se dessine à 1 kilomètre de nos postes. La Lorraine qui en a la charge nous téléphone à Châtel : « Ils arrivent dans la ferme ; ils sont dix chars dans la cour, tirez ! » C’est le tir d’arrêt massif et la destruction immédiate de la propriété qu’elle n’a pas hésité une seconde à déclencher sur sa tête. Quand le combat s’engage, il fait presque nuit : l’observation, devenue impossible à la vue, est faite à l’ouïe. Les chars, les fantassins, les spahis de Lucien, répartis sur leur périmètre restreint, tirent sur des ombres et signalent calmement au micro les bruits qui en valent la peine, que leur flair situe exactement. Branet, de sa Jeep, relaie aux artilleurs tout près sur l’autre rive et qui tirent à tuer. Après avoir perdu 200 fantassins et 5 Panther, l’ennemi s’arrête, se terre à 30 mètres pour la fin de la nuit. 10 autres Panther restent embourbés dans la forêt.

La Meurthe

  Von Manteuffel avait donc dévoilé sa volonté de contre-attaquer en force les têtes de pont sur la Moselle. Il peut aussi, s’il le veut, contre-attaquer de sa propre tête de pont sur la rive gauche. Le Général, qui n’aime pas se battre au détail, doit faire face à l’une ou à l’autre menace. Les ordres du Corps ne lui laissent aucune hésitation : c’est le flanc sud, sur la rive gauche, qu’il doit assurer. Il donne donc l’ordre de décrocher de Châtel. Ordre qui sera exécuté avant l’aube, devant le boche arrêté, mais toujours présent à toucher. Ce dégagement difficile sera exécuté sans une perte : le boche, assommé, ne bougera pas avant le grand jour. Le difficile, cependant, n’avait été ni le combat ni cette dernière manœuvre scabreuse. Il avait été pour ces officiers et ces hommes qui venaient d’imposer leur volonté à l’adversaire de donner leur adhésion sans la marchander à l’ordre d’évacuation d’un terrain dont ils n’avaient pas cédé un pouce. Voici cependant que progressivement s’amenuise l’importance de la menace au sud-ouest. Nos spahis, qui ont pendant tous ces jours assuré de plus en plus loin notre flanc droit, nettoyé la forêt de Darney, poussé jusqu’à Uzemain et Bains-les-Bains, prennent liaison, le 17, avec leurs confrères de la 1re Division blindée, dont les gros ont atteint Dijon. Le VIe Corps américain, qui suit, s’appliquera le 20 sur la Moselle, au sud d’Epinal. Notre XVe Corps peut à son tour regarder à nouveau vers l’est. Le 18 au soir, la 79° Division d’infanterie américaine part de sa tête de pont de Charmes vers Gerbéviller et Lunéville, encore une fois en échelon refusé sur le flanc du XIIe Corps, qui marche vers Dieuze. Le 19 au matin, nous élargirons la manœuvre en franchissant nous-mêmes la Moselle à Châtel, et masquant au plus près Rambervillers et Baccarat, que nous devons cependant éviter. Langlade restant en place jusqu’à l’arrivée du VIe Corps et Billotte ouvrant la tête de pont, c’est Dio cette fois qui va enjamber tout le monde pour prendre la tête de la progression. Celle-ci va de nouveau nous étirer entre Moselle et Meurthe sur 40 kilomètres. Sur ce nouveau flanc, les blindés de von Manteuffel, qui restent au nombre d’au moins cent vingt, laissent encore peser leur menace.

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  Dans la nuit du 18 au 19, pendant que l’artillerie pilonne systématiquement la rive droite, le génie rétablit à Nomexy les trois ponts nécessaires. Les deux premiers, sur le canal, que seule l’infanterie a pu traverser,, sont faits sous les balles. Puis les blindés de Buis les empruntent, passent: à gué la rivière, remontent les rues pentues de Châtel, dont l’ennemi tient solidement les maisons, gagne assez d’air dans la nuit pour que les sapeurs soient au moins à l’abri des armes légères. Ces derniers gonflent et lancent leurs difformes baudruches, posent les traverses et les platelages que leurs gros camions-grues puisent dans leur propre sein avant de les leur présenter basculants et maladroits au bout d’oscillantes ficelles. Ces cibles énormes et bruyantes attirent invinciblement le mortier, puis l’artillerie, qui jusqu’à 9 heures demain matin sera réglée par un observateur resté sous les tuiles d’une des maisons du village. Deux camions sont allumés. L’équipe rivée à ses postes continue sa manœuvre, remplaçant automatiquement les camarades qui tombent. Au jour, tandis que les chars continuent à passer à gué, la file des camions, des half.-traks et des Jeeps se présente sagement et mécaniquement, un par un, à la gouttière étroite qui les débite.

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  L’ennemi avait mis sur pied dans le secteur de Châtel une défense qui lui semblait cohérente. Des combats durs se livrent à Zincourt, à Moriville, à Hadigny, mais notre passage est à peine retardé. Par deux itinéraires, le groupement Dio fonce sur la Mortagne, qu’il atteint vers 14 heures et qu’il trouve faiblement garnie d’éléments divers regroupés sous les ordres de la 21e Panzer. Ceux-ci sont couverts par la destruction des ponts et quelques mines, mais le passage est forcé le même soir à Vallois, élargi à droite et à gauche par la prise de Magnières et de Moyen. De là, des éléments légers conduits par Gaudet, qui connaît à fond le pays pour y avoir manœuvré en 1939, vont aussitôt border la Meurthe à Vathiménil.

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  A Vathiménil, au milieu de la nuit, notre poste va détruire un Panther qui refluait de Lunéville. La contre-attaque blindée qu’on attendait s’était produite au début de la journée entre Mortagne et Meurthe, avec les restes de la 112e Panzerbrigade rescapés de Dompaire. Ses cinq Panther et ses trente Mark IV avaient donc défilé devant nous avant l’arrivée de nos colonnes et avec eux un bataillon porté. Tenus en respect par le XIIe Corps, puis menacés sur leur propre flanc par l’avance de la 79e Division d’infanterie américaine qui arrivait à Gerbéviller, les chars avaient hésité, puis fait demi-tour. Mais, maintenant, nous coupons leur retraite à Moyen et à Vathiménil. Pour s’échapper, ils devront, en sauve-qui-peut, passer la Meurthe où ils pourront, vers Fraimbois, où plusieurs d’entre eux seront retrouvés abandonnés dans la forêt. Tous leurs trains et ceux de l’infanterie, en tout deux cents véhicules, restent entre nos mains.

La Vezouze

  La 111e Panzerbrigade restait cependant disponible vers Rambervillers. Le groupement Rémy masque les débouchés de la ville : il est relevé au fur et à mesure de l’avance générale par le groupement Billotte, devenu groupement Guillebon, qui établit un môle solide à mi-chemin entre notre queue et notre tête, dans la région d’Hablainville. En tête, les spahis prennent Fontenoy et Glonville, premier village sur la Meurthe en aval de Baccarat. * Ainsi consolidé, le Général peut faire un pas supplémentaire. Le 22, à 14 heures, Rouvillois pousse à Flin des éléments légers sur la rive droite de la Meurthe. Le feu sur la rivière est dense. Au milieu de ses fantassins, qui pour délimiter le gué ont tendu deux cordes en travers du courant, sa silhouette imperturbablement calme et souriante, penchée sur la carte et absorbée par son problème, franchit la rivière froide et rapide qui lui monte jusqu’au ventre sans modifier ses gestes ni son allure. Luchiesi livre à Ménil-Flin un violent combat, Perceval s’empare de la crête et des lisières de la forêt, qui reste à proximité un repaire inquiétant. 500 mètres en aval, Quiliquini réussit à faire traverser quelques chars sur lesquels sont juchés les fantassins : assez pour permettre au génie d’approcher. De haute lutte Boussion arrive à la Féculerie, Noël à Chenevières. Un pont est établi dans la soirée et les deux sous-groupements consolidés sur la rive droite avant la nuit. Deux autres ponts seront livrés dans la matinée. Le 23, Quiliquini se porte en aval jusqu’à Laronxe, puis fait un angle droit plein nord pour couper par le milieu la forêt de Mondon. L’Allemand y est fortement installé, des blockhaus tiennent les carrefours. Pied à pied, toute la journée sous la pluie battante, notre artillerie y plaque son feu roulant que renforce, pour le détail, celui de Py et de ses « lance-patate ». Boussion et ses fantassins débouchent au soir de l’autre côté, voient s’ouvrir devant eux la calme Vezouze, occupent Thiébeaumenil, prennent les devants à Marainviller contre les Mark IV qui reviennent. Ainsi postés en pointe, ils voient l’ennemi refluer des deux côtés, aborder la Vezouze en débandade, la traverser en sauve-qui-peut. Ils font de faciles cartons. Noiret a de la même façon occupé les lisières nord-est et est face aux derniers villages qui protègent Baccarat : Azerailles, Hablainville, Bénaménil. La 79e Division d’infanterie va pouvoir à son tour nettoyer la partie ouest de la forêt : celle qui touche Lunéville. L’ennemi ne pourra réagir autrement que par de violents tirs d’artillerie.

En secteur

  Ce dernier bastion était indispensable à l’Armée pour consolider ses gains de Lunéville et de Nancy. Il sera complété par la conquête de la forêt de Parroy, conquête longue et dure qui va être menée par la 79e Division d’infanterie. Les dernières brigades de von Manteuffel, la 111e et la 106e, sont ramenées sur la pointe de l’avance du XIIe Corps, la forcent à repasser la Seille. L’ennemi a renoncé à toute contre-attaque, mais il raidit sa défense. Il entend l’appuyer pour l’hiver sur Metz et les Vosges, qu’il reliera par la Seille et les Etangs. La photo aérienne avec laquelle le lieutenant Kurtz, notre interprétateur américain, s’était précipité chez nous le matin du 21 était bien un document sensationnel : elle montrait une ligne de tranchées continue, la première ligne continue, évoquant fâcheusement 1915, entre Herzing et Montigny. De jour en jour, cette ligne s’étoffera, construite en travail forcé par tous les gens valides du pays. Elle deviendra la Vor-Vogesenstellung. Pour en permettre l’achèvement, l’ennemi a concentré en avant tous ses efforts. Son artillerie, repliée la première, est là et nous attend : les villages lorrains, ceux mêmes où s’était arrêtée la guerre de 1915 à 1918, reprennent leur dure misère. Devant, il se résigne à mettre en secteur l’infanterie de la Ve Armée blindée, celle des ne Panzer, 15e Panzergrenadiers, 21e Panzer. Von Manteuffel avait eu d’autres ambitions. Tous ses efforts, il va maintenant les employer à relever ses divisions d’élite, à essayer de refaire sa masse de manœuvre. Il n’y arrivera que très mal, en novembre, et ces unités, trop éprouvées, il n’arrivera plus à les remettre sur pied. Dans les Ardennes, la 11e Panzer ne jouera qu’un rôle effacé – – les deux autres contre-attaqueront sans succès en Alsace.

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  Nous aussi, nous entrons en secteur. Plusieurs semaines seront nécessaires pour le regroupement des forces américaines, pour que la VIIe Armée serre du sud, pour qu’arrivent renforts et approvisionnements. La chevauchée partie d’Avranches, qui nous a d’une seule traite ramenés en Lorraine, à la frontière de 1914, il faut bien qu’elle souffle un jour. Du secteur nous prenons donc les servitudes : l’artillerie constamment en alerte, le quart aux chars paradoxalement arrêtés en avant-postes, notre peu nombreuse infanterie au guet ou en patrouilles dans la boue de la forêt. Jusqu’ici, à la vitesse de nos colonnes interrompues de batailles brutales et rapides, nous n’avons fait qu’entrevoir nos provinces. Et si maintenant nous prenons pied dans la grasse terre lorraine, c’est pour, avec elle, regarder cette même terre là où elle n’est pas encore libérée et, par-dessus le Donon, ramasser notre élan vers les clochers d’Alsace.

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Témoignages :

Colonel De Langlade

 

« LA BATAILLE DE DOMPAIRE »

Extrait de CARAVANE n° 477 – 4ème trimestre 2017

 

 

Les combats de Dompaire sont terminés. Ils se soldent par un éclatant succès.
Les carcasses de chars qui parsèment le paysage permettent de juger de la réussite de l’opération et de dénombrer très exactement les pertes infligées à la 112e Panzer-Brigade.
Cette formation armée de matériel neuf (les chars portent la plaque de fabrication avec la date du 15 août 1944) a perdu quarante-deux chars entre Dompaire et Damas.

Sur le croquis établi d’après un relevé effectué quelque temps plus tard, on voit les emplacements des chars détruits et non récupérés à l’époque. Avec ceux détruits à Ville-sur Illon, ceux trouvés abandonnés entre Damas et Châtel par le raid du détachement FALLU, le 14, et ceux mis hors de combat ce même Jour, lors de la contre-attaque exécutée en direction de Damas le total est de cinquante et un. La Brigade en comptait quatre-vingt-dix.
Après une molle contre-attaque sur Lunéville le 19 septembre, la 112e Panzerbrigade disparaîtra de l’ordre de bataille et, avec elle, la dernière force blindée dangereuse que possédait encore l’Armée allemande.

Le 19 septembre, à la suite du communiqué officiel, la radio propageait dans le monde entier, sous le titre : «Commentaires des nouvelles », l’information suivante :

« Une formation de la 2ème Division Blindée correspondant à l’effectif d’une brigade, a détruit plus de 65 chars ennemis pendant les journées des 13 et 14 septembre dans la région de Dompaire (Vosges). Ce fait d’armes est le meilleur enregistré depuis le 6 juin. »

 

Le 19 septembre également, le Colonel de LANGLADE, Commandant le Groupement Tactique, écrivait la lettre suivante à Monsieur le Général de Corps d’Armée KOENIG,
Gouverneur Militaire de Paris:
« Le Général LECLERC, Commandant la 2ème Division Blindée m’a exprimé le désir qu’une Section de chars Panthers Mark V vous soit envoyée pour être mise comme
trophée à la Ville de Paris.
J’ai l’honneur de vous faire présenter cette section composée des deux seuls chars Panthers en état sur les 65 chars détruits par le Groupement Tactique Langlade, les
13 et 14 septembre 1944 dans les combats livrés par la 2e Division Blindée autour de Dompaire et de Damas, près d’Epinal ».

Signé : LANGLADE.

 

La section de chars Panthers arriva à Paris par la route, le 25 septembre, non sans avoir provoqué sur son passage de nombreux incidents, Les populations des villages traversés et certaines unités de l’armée crurent en effet avoir affaire à des chars allemands égarés dans nos lignes en dépit des drapeaux tricolores dont les équipages s’étaient parés. Ces chars arrivèrent cependant sans encombre le 25 septembre et furent placés à l’entrée des Invalides où ils sont encore au moment où ces lignes sont écrites (*).

Le Général KOENIG répondit au Colonel de LANGLADE la lettre suivante :
« Mon Colonel,
Merci pour votre « cadeau » peu banal. Vos oiseaux seront installés sur l’Esplanade des Invalides.
Et surtout, tous mes compliments pour vos combats des 13 et 14 septembre. Quel magnifique tableau !
Votre très sincère ».

Signé : KOENIG.

 

Extrait du livre : « EN SUIVANT LECLERC D’ALGER A BERCHTESGADEN » du Général Paul de LANGLADE
(*) ils sont aujourd’hui au musée des blindées à Saumur.