Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

KOUFRA

 

KOUFRA   LYBIE 1er MARS 1941

 

Afrique

L’Epopée africaine

 

 

 

Au sein d’unités britanniques, les Français libres de la brigade d’Orient ont démontré l’utilité des armées françaises en Erythrée,
à Cub-Cub le 23 février 1941.

Koufra est la bataille qui fait entrer les Français libres dans la légende.

Devenu commandant militaire du Tchad en décembre 1940, Leclerc projette d’attaquer Koufra, oasis italienne au sud-est de la Libye, distante de près de 2000 km.
Auparavant, il envoie quelques hommes se joindre à un raid britannique au nord du Tibesti contre des postes du Fezzan.
L’accrochage contre les Italiens à Mourzouk, le 11 janvier 1941, marque l’entrée de la colonne Leclerc (quelques centaines d’hommes bien encadrés) dans la guerre.

Les 18 et 19 février, l’attaque est lancée sur Koufra avec 300 hommes, dont une majorité de Saras, et un seul canon
contre la Compagnie saharienne italienne. Après un siège d’une quinzaine de jours, l’ennemi se rend le 1er mars.

Le général de Gaulle lui témoigne sa reconnaissance en le faisant Compagnon de la Libération (récompense donnée à ceux qui se sont distingués dans la libération de la France, 1061 personnes, unités et villes françaises de novembre 1940 à 1946).

Premier succès d’armes, cette victoire, relatée dans ” le Courrier de l’Air “, publié à Londres par les services anglais, a valeur de symbole puisque Leclerc jure devant ses hommes de ne déposer les armes que lorsque les couleurs françaises flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.
Pour Leclerc, la prise de Koufra apporte la certitude qu’en améliorant les moyens logistiques le Fezzan, au sud-ouest de la Libye italienne,
objectif suivant fixé par le général de Gaulle, est à sa portée.

A partir de cette victoire s’affirme le climat de confiance entre les hommes et leur chef. Leclerc fait le serment qu’il ne s’arrêtera que lorsque Strasbourg sera libéré. 9.

Les campagnes du Fezzan Le déclenchement de l’offensive au Fezzan dépend étroitement de la grande offensive britannique en direction de Tripoli.
Or, à la fin de 1941, les Britanniques repoussent les italiens vers Benghazi mais sont arrêtés par la contre-offensive du général Rommel.

Il faut attendre l’offensive réussie du général Montgomery, chef de la 8e armée britannique, contre les forces de l’Axe à El Alamein, début novembre 1942, pour que la jonction soit possible.
Leclerc décide alors de réaliser des opérations de harcèlement contre l’ennemi, sans s’engager à fond, pour ne pas laisser ses hommes inoccupés.

Il lance ses colonnes sur plusieurs axes pour attaquer les postes italiens.
Déclenchée le 17 février 1942, la première campagne du Fezzan s’achève le 14 mars.
Leclerc y a engagé 500 hommes et 150 véhicules qui ont mené une guérilla motorisée sur un territoire grand comme la France.

Les oasis de Tedjeré et Ouaou el-Kébir tombent respectivement les 28 février, 1er et 7 mars.
L’opération échoue devant Oum el-Araneb.
La présence de deux compagnies italiennes rend la situation difficile d’autant plus que les avions italiens et allemands se montrent très actifs.
La saison sèche arrivant, Leclerc ordonne le repli, le 7 mars. Le combat a été éprouvant.

Les problèmes logistiques sont considérables.
Leclerc profite de cette pause pour renforcer ses moyens en matériels et parfaire l’entraînement de ses hommes.
Le 22 décembre 1943, Ouigh el-Kébir est occupé et devient la base d’opérations.

Début janvier 1943, les oasis tombent les unes après les autres.

Le Fezzan est conquis.
Leclerc est à Tripoli le 26 janvier.
La jonction avec les Britanniques est faite.

 

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Documents +

Opérations aériennes sur KOUFRA

COMPTE RENDU DES OPÉRATIONS AÉRIENNES SUR KOUFRA EN JANVIER 1941

Janvier 1941

A- ORDRES RECUS

Destruction de l’aérodrome et du fortin de Kufra suivant ordres du colonel Leclerc (pièce annexe 5).

B- PREPARATION

Le GRBI disposant de 10 Blenheim comptait au 30 Janvier :

– 9 appareils disponibles sortant tous de révision de 60 ou de 90 heures

– 1 appareil en cours de dégroupage à Fort Lamy.

Le matériel accessoire : bombes, munitions, carburant, couchage, vivre, … avait été acheminé sur OUNIANGA au début de janvier par voie de terre. La plus grande partie était à pied d’oeuvre, mais par suite de l’intensité exceptionnelle du trafic sur le parcours LAMY-FAYA-OUNIANGA, les camions et les chameaux n’avaient pu tout monter.

Au 30 janvier, il manquait notamment la presque totalité des bombes GP, le matériel de chargement des bombes, le matériel de couchage et une grande partie des vivres. Un avion ” Bombay ” mis à la disposition du GRBI par la RAF a pu monter les bombes manquantes de FAYA à OUNIANGA.

Une camionnette équipée en radio et en génie par les seuls moyens du groupe, partie de LAMY le 19 janvier arrivait le 30 janvier à OUNIANGA en bon état.

C- EXECUTION

Le 30 janvier, 4 Blenheim quittaient FORT-LAMY et 4 autres MAIDUGURI ; l’un d’eux en difficulté de moteur se posait avec un seul moteur à KORO-TORO. Les 7 autres gagnaient directement OUNIANGA.

Le colonel LECLERC précisait alors que le GRBI ne serait très clairement pas engagé avant le mercredi 5 février et le serait uniquement sur le fortin (pièce annexe 7).

Le 31 janvier, fut consacré aux pleins d’essence et à la révision des moteurs. Le Blenheim en panne à KORO-TORO rejoignait FAYA où il procédait à la remise en état du moteur en panne.

Le 1er février, à 17 heures le GRBI était alerté par télégramme de la colonne à terre demandant son intervention immédiate sur l’aérodrome (pièce annexe n°10).

Une fois les ordres donnés, la nuit fut consacrée aux pleins d’essence et d’huile, à la modification des armements, due au changement d’objectif, au chargement des bombes et à la confection des bandes mitrailleuses.

Le 2 février, à 5h45, les équipages et les mécaniciens se trouvaient aux avions, le chargement en bombes s’était révélé très difficile du fait du manque de treuils et de chariots porte-bombes.

Les deux seuls armuriers qui avaient déjà travaillé toute la nuit, purent difficilement terminer leur tâche pour 10h45, heure limite de décollage.

Le départ prévu pour 9h30 eut lieu à 10h45, deux Blenheim de l’Etat-major du Groupe, 3 Blenheim de la 1ère Escadrille et 2 Blenheim de la 2ème escadrille prirent le départ.

Un avion de la deuxième escadrille ne put partir ayant eu une baisse de régime à 100 kms d’OUNIANGA dut revenir au terrain, il largua ses bombes dans le désert et atterri sans incident.

L’opération proprement dite se déroula normalement, voir compte-rendu ci-joint (pièce annexe n°11).

Cette première mission montra que le départ et le retour en groupe doivent être obligatoires afin de permettre un fonctionnement correct des transmissions, d’assurer une navigation aussi précise que possible et de repérer les équipages en détresse,

que les chargements de bombes ne peuvent être faits dans les heures précédant le départ sans matériel adéquat, (un armurier par deux avions est un minimum),

que l’envol de la totalité des avions du groupe sur un terrain sablonneux est considérablement retardé par la poussière de sable soulevée, poussière qui a obstrué les mécanismes de certains lance-bombes et de plusieurs mitrailleuses.

Le 3 février, à la suite d’un deuxième message du colonel LECLERC, il fut, envoyé un Lysander et un Potez sanitaire au puis de SARRA.

Contrairement aux ententes avec les troupes à terre, le terrain n’était ni balisé ni repéré par des feux, les avions rentrèrent a bout d’essence sans avoir trouvé le terrain.

Le soir le Colonel LECLERC envoyait un troisième message. (Pièce annexe n°10).

Journée passée en révision et chargement des avions.

Le 4 février, la liaison est assurée avec le Colonel LECLERC, les deux avions d’observation ayant trouvé le terrain de SARRA en un point totalement différent de celui indiqué par le télégramme précédent. Par une lettre manuscrite en date du 4 février 1941, le Colonel LECLERC donne de nouvelles instructions au G.R.B. I (Pièce annexe n° 9).

L’après-midi, arrivée du Capitaine FLORENTIN qui apporte une autre lettre manuscrite du Colonel LECLERC donnant des ordres périmés. (Pièce annexe n° 8). Le Lieutenant de la ROCHE rapporte de FAYA les nouvelles de la radio italienne (Pièce annexe n° 14).

Le 5 février, départ pour bombardement de l’aérodrome de 4 Blenheim. L’avion du lieutenant SAIT-PEREUSE se pose au nord de TEKRO à la suite de l’arrêt du moteur droit, emplacement reconnu par le sergent-chef PETAIN, équipage indemne, une équipe de secours commandée par le Lieutenant CROUZET et comprenant 2 camions est envoyée sur les lieux. Une liaison par avion est organisée, les premières recherches effectuées le soir même en Lysander par le Commandant ASTIER DE VILLATTE sont infructueuses.

L’avion de l’adjudant-chef GRASSET fait demi-tour par suite d’un échauffement anormal des moteurs.

Aucune nouvelle des deux autres avions. Seul celui du lieutenant CLARON passe un S.0.S., semblant indiquer qu’il est perdu dans la région d’OUNIANGA-KEBIR. Impossibilité de communiquer avec cet avion pour le relever.

Le compte-rendu de cette mission a été établi après le retour de l’équipage du Blenheim posé à GOURO (Pièce annexe n°12).

Le 6 février, la mission prévue est remise par suite de condition atmosphérique défavorable au Nord d’OUNIANGA.

A 10 heures, un télégramme annonce que l’avion du Lieutenant HIRLEMANN a atterri à GOURO. Un camion y est envoyé avec de 1’essence pour lui permettre de rejoindre OUNIANGA.

A 11 heures tous les postes du Nord sont alertés pour les recherches de l’équipage CLARON (pièce annexe n° 15).

A 13 heures, tempête brutale et vent de sable bouchant en moins de 10 minutes tout 1’horizon. Les 2 avions devant aller reconnaître et ravitailler le Lieutenant de Saint-PEREUSE sont arrêtés. Il n’y a plus qu’à attendre.

Le 7 février, la tempête de sable diminue d’intensité. Recherche de 1’avion du Lieutenant de Saint-PEREUSE sans résultat. Le Lieutenant HIRLEMANN demande une équipe de dépannage à GOURO, ses moteurs fonctionnant mal.

Le 8 février, arrivée de Monsieur le Général de LARMINAT en Glenn-Martin piloté par le Commandant GOUMIN. L’avion du Lieutenant de SAINT-PEREUSE est retrouvé, repéré et l’équipe de dépannage commence son démontage.

Le 9 février, monsieur le Général de Larminat décide d’aller à SARRA, en Glenn-Martin. Sans avoir trouvé le terrain, le commandant GOUMIN repart vers Fort-Lamy.

L’avion de transport ” Bombay ” mis à la disposition des F.A. de l’A.F.L. par la R.A.F. part pour bombarder KUFRA et ne rentre pas. On pense qu’il a atterri dans la vallée du Nil par suite de la mauvaise visibilité.

L’avion du Lieutenant CLARON reste introuvable malgré les recherches. Deux Lysander font le voyage de SARRA pour rien, le colonel LECLERC ne se trouvant pas au rendez-vous. Un télégramme arrivé l’après-midi précise que par suite de retard il n’est arrivé qu’a 17 heures au lieu de 10.

Aucune garde ne se trouvait à SARRA pour protéger les avions contre une attaque Italienne possible.

Le 10 février, mission de bombardement au fortin EL TAG à KUFRA. Six avions partent à 10 heures, mais l’avion du Lieutenant du BOISOUVRAY, par suite à une baisse de régime, fait demi-tour après 20 minutes de vol.

Voyage dans des conditions de visibilité très mauvaises, brume de sable, nuages.

Le bombardement est effectué à hauteur des nuages (voir document annexe n° 13).

Au retour, un avion est repéré par le Capitaine LAGER à 130 milles d’OUNIANGA, à 20 milles de la route. (Une reconnaissance faite le lendemain montrera qu’il s’agit du “Bombay”).

Un groupe de deux Blenheim ira le repérer demain. Nous supposons qu’il s’agit de l’avion du Lieutenant CLARON.

Le ” Bombay” donne de ses nouvelles, il s’est perdu aux environs d’OUNIANGA et se fait relever en génie par la voiture radio. Aucun avion n’étant disponible les recherches seront faites demain.

Arrivée du Colonel LECLERC de SARRA par Lysander. Il a poussé jusqu’à KURFRA et ramené un prisonnier.

Contrairement aux décisions prises avant les opérations, le Colonel LECLERC demande une nouvelle série de missions au G.R.B.I. et il n’admet pas l’indisponibilité de la totalité des avions. Il sembla que la non réussite ou tout au moins la demi-réussite des opérations de KUFRA doive retomber sur l’aviation.

Le Colonel LECLERC fait remarquer au Lieutenant LABAS que nous avons eu tort de faire rechercher les avions perdus.

Recherches de l’avion du Lieutenant CLARON par 5 Blenheim, pas de résultat.

Le 11 février, départ du Colonel LECLERC pour FAYA en sanitaire POTEZ.

Ravitaillement du ” Bombay ” par les 2 Lysander. Il rentre par ses propres moyens à OUNIANGA. Nous apprenons qu’il n’a pas trouvé KUFRA, s’est perdu au retour, s’est retrouvé à l’ouest d’AOUENAT et a finalement fait un premier atterrissage sur le sable le 9 puis un second vol le 10 avec ce qui lui restait d’essence.

Le 12 février, la remise en état des avions révèle que 4 grosses réparations seront nécessaires au retour et que presque tous les moteurs droits devront être dégroupés.

L’ordre de retour est donné.

CONCLUSIONS :

Résultats –

D’une façon générale les missions prévues ont été exécutées. Le G.R.B.I. avait garanti de faire un minimum de 14 missions sur KUFRA, il en a exécuté 17.

Les résultats obtenus au cours des 2 premières opérations sur l’aérodrome ont été satisfaisantes et semblent supérieurs à ce que l’on peut être an droit d’attendre sur de tels objectifs. Les résultats de la troisième opération ont été moins bons, très probablement par suite d’une erreur de cartes situant le fortin d’EL TAG à une altitude fausse.

Les pertes sont de deux appareils et de un équipage :

Un appareil a eu une panne à un moteur à 100 kilomètres de l’objectif puis au retour une panne de l’autre moteur à 150 kilomètres d’OUNIANGA. L’avion posé le train rentré semble récupérable, il est en cours de démontage. L’équipage est sain et sauf, l’équipement spécial qui avait été prévu pour le cas de panne dans le désert s’est révélé entièrement au point.

2- l’autre appareil, aperçu pour la dernière fois sur KUFRA, n’a jusqu’à présent pas été retrouvé. L’équipage doit pouvoir tenir jusqu’au 20 sans de grosses privations. Il semble se trouver dans un rayon de 100 kilomètres d’OUNIANGA, mais par suite d’un affolement du radio, il n’a pu être mieux repéré par la voiture radio qui a reçu de lui le dernier message avant qu’il se pose à bout d’essence.

E- MATERIEL

Un groupe de Blenheim partent d’un terrain de secours situé à 1200 kilomètres des bases et opérant sur un objectif situé à 600 kilomètres de ce terrain est soumis aux risques maximum et ne peut avoir qu’un rendement Minimum :

– le personnel mécanicien est réduit alors que les moteurs et cellules soumis à un traitement anormal demandent un entretien maximum,

– les moyens dont disposent les équipes de mécaniciens sont limités à la caisse d’outillage alors qu’il faudrait un véritable atelier pour faire face aux réparations simplement de première nécessite,

– le travail eu plein air se fait dans une atmosphère saturée de sable, avec le seul secours de noirs complètement inexpérimentés. Les moteurs se trouvant extrêmement bas, avec une prise d’air au-dessous de l’aile, ont subi une usure rapide, surtout les moteurs droits qui sont en plein dans les remous provoqués par l’hélice gauche,

– au cours de la première opération un seul avion a eu des difficultés de moteurs,

– au cours de la deuxième opération, deux avions ont eu des pannes ou tout au moins des ennuis avec leurs moteurs,

– au cours de la troisième opération, tous les avions, sans exception ont eu des baisses de régime ou des ennuis divers de moteurs,

– la consommation d’huile qui était de quatre litres par heure lors du voyage de FORT-LAMY- OUNIANGA-KEBIR est passée au cours de la troisième opération à huit litres par heure. Les moteurs ne sont pas seuls à avoir souffert du sable. Les lance-bombes et mitrailleuses malgré les révisions constantes ont eu plusieurs enrayages, certains pouvant avoir des conséquences graves,

– au cours de la première opération, 2 avions sont rentrés l’un avec 4 petites bombes, l’autre avec 4 bombes incendiaires en partie déclenchées,

– au cours de la troisième opération, un avion est rentré avec une bombe de 250 livres non déclenchée.

Le radio a elle aussi pâti des conditions locales. L’existence d’une zone constante de vent et de brume de sable entre OUNIANGA et KUFRA provoque des extinctions à peu prés complètes et fausse les relèvements goniométriques. La poussière de sable a provoqué de nombreuses pannes à l’intérieur des appareils d’émission et de réception.

F- METEO

Les prévisions météorologiques sont à peu près impossibles à établir en raison du défaut de liaison. Les opérations n’ont pu bénéficier que de sondages locaux, en général insuffisants et de prévisions anglaises vieilles de 24 heures.

A chaque mission il a été constaté que le régime des vents à OUNIANGA n’avait aucun rapport avec le régime des vents au nord de la falaise de TEKRO. Des dérives passant de – 10 degrés à + 10 degrés ont été fréquemment mesurées.

C’est probablement là une des principales causes de l’incident du ” Bombay “, dont l’équipage est habitué à voyager avec des prévisions météorologiques précises.

G- PERSONNEL

Le personnel navigant et mécanicien s’est montré à la hauteur de sa tâche :

– Le personnel navigant en exécutant avec le plus bel esprit de sacrifice des missions périlleuses dans un pays rébarbatif où la panne pardonne rarement et sur un matériel peu adapté à ce genre de mission ;

– Le personnel mécanicien en travaillant jour et nuit pour lutter contre les éléments contraires et maintenir le matériel au potentiel maximum.

L’attention du commandant est particulièrement à attirer sur l’effort extraordinaire fourni par les équipages des 4 avions du détachement des FA du Tchad. Avec un matériel fatigué ou complètement inapte à la navigation, ils ont exécuté des missions chaque jour, quelques soient les conditions météorologiques, atterrissant sur un terrain de fortune en territoire ennemi, terrain non gardé malgré les assurances données par les troupes. Ils ont grandement aidé au sauvetage du Blenheim et du ” Bombay ” posés au sud du Jef-Jef.

Le personnel navigant qui a participé à de telles opérations est mûr pour toutes les missions, car rares seront mis à l’épreuve avec une telle intensité.

Lorsque d’autres missions auront permis à l’ensemble des équipages d’acquérir une discipline de vol totale, le Groupe sera digne des Groupes de bombardement de jour qui avaient la maîtrise du ciel en 1918.

REDDITION de KOUFRA

 

REDDITION DE KOUFRA 1er MARS 1941

Entre MM.

– le colonel Leclerc commandant les troupes françaises
– le capitaine Colonna commandant la place de Koufra

Ont été arrêtées les conditions suivantes de reddition.

1) Un hôpital mixte pour blessés français et italiens organisé immédiatement sous la direction du médecin dans les locaux sanitaires situés près de la […]

2) Tout le matériel d’armement collectif + individuel et automobile sera maintenu en place, les armes en position à l’extérieur du fort seront rapportées dans l’enceinte dans un local désigné par le commandant.

3) Aussitôt après la signature la section française composée uniquement d’européens prendra possession du fort : le bastion et le fort seront occupés.

4) La garnison est autorisée à envoyer des messages radio privés et sera ensuite autorisée à mettre hors d’état le poste radio.

5) Toute la garnison sera rassemblée à 14h sans arme dans la cour et sera passée en revue par le colonel Leclerc ; les Askaris seront ensuite dirigés en ordre sur leur camp. Commandement du camp des Askaris Lt Fabre ayant comme adjoint un officier italien.

Le commandement français prendra toutes les dispositions pour assurer aussi rapidement que possible :

– Le retour des armées des Askaris originaires de Koufra

– La libération des Askaris étrangers à l’oasis.

6) Les officiers, sous-officiers et hommes de troupes nationaux italiens seront dirigés le plus tôt possible sur Faya et Fort-Lamy et le général commandant supérieur règlera leur stationnement.

7) Dès la signature du présent acte, le commandant du Fort du Tag passe au colonel Leclerc autorité militaire sur son poste de commandement.

Koufra, le 1er mars 1941

Le colonel Leclerc Le colonel Colonna

 

LES DÉBUTS DE LECLERC AU SAHARA

 

LES DÉBUTS DE LECLERC AU SAHARA PAR GUILLEBON
(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

Koufra représentait pour le Tchad une menace plus qu’un objectif. La décision de l’attaquer c’était du LECLERC tout pur.

Mais en Décembre 1940, nous ne connaissions pas LECLERC et nous lui énumérions toutes les objections ; les distances : 900 kilomètres Fort-Lamy – Largeau, plus 800 kilomètres Largeau-Koufra : l’absence de pistes ; le mauvais terrain ; le manque d’eau depuis que les Italiens avaient dynamité les puits de Sarra et de Bichara ; la supériorité des Italiens en aviation et en matériel saharien.

Mais le colonel répondait qu’il était nécessaire de se battre et que la saison était propice. Il disait que, dans son bureau de Londres, le général de Gaulle en lui parlant du Tchad lui avait montré Koufra sur la carte et que c’était pour lui comme un ordre ferme de le prendre.

Une grande quantité d’essence, laborieusement mise sa place à Largeau en vue de la défense des confins, servirait aussi bien à ses buts offensifs. Nous avions un peu de matériel : les casiers Kadford encore en bon état, 25 camions Bedford que nous avions demandés le jour du ralliement de la France Libre et qui venaient d’arriver du Cameroun avec une demi-douzaine de camionnettes variées qui serviraient de voitures de commandement.

Et puis noue avions les excellentes unités des confins : compagnie portée, groupes nomades, aux cadres sélectionnés, à la troupe bien entrainée. Tous ces hommes avaient frémi d’impuissance pendant la campagne de France, ils venaient de rallier la France Libre, il ne fallait pas les décevoir.

Nous avions l’appui d’un groupe d’aviation de reconnaissance et de bombardement : il est vrai que les distances, la rareté des approvisionnements et l’absence de terrains équipés devaient rendre sa tâche plus héroïque et son rendement moins efficace.

Enfin le QG du Caire nous donnait l’appui de la patrouille britannique qui venait de réussir le coup de main de KOURTOUCK ou d’Ornano avait été tué.

Tels étaient les éléments sur lesquels le Colonel LECLERC pouvait étayer sa décision.

Arrivé le 2 décembre au Tchad où il mettait les pieds pour la première fois, le colonel est le 16 à Largeau et le 17 à Zouar. Dans ces deux postes il donne les ordres préparatoires de deux opérations distinctes Koufra d’une part, Mourzouk et Tedjerre de l’autre.

Le 28 décembre, pour avoir au plus tôt les résultats d’une reconnaissance d’itinéraire menée par le commandant MOOS, il atterrit à OUNIANGA en plein vent de sable après avoir erré pendant une heure avec un équipage sans expérience de la navigation saharienne. Le colonel rentre à Fort-Lamy, donne les derniers ordres et repart le 16 janvier sur Largeau laissant son chef d’Etat-major à l’arrière jusqu’à la dernière minute. Telle sera toujours sa ligne de conduite : il donne à l’arrière très précis, matérialisés par un carnet dont les délais sont vraisemblablement son raisonnables malgré l’impatience ; puis il s’envole le plus en avant préparer la colonne et combattants. Il approuve toujours aucune discussion toutes les initiatives que prenait son représentant à l’arrière, pourvu que le but final ne soit pas perdu de vue.

Vis à vis de commandement qui pourrait s’opposer è l’entreprise, il ne s’agira que d’une reconnaissance: pour tous les exécutants il est entendu que s’est une attaque en règle tout est prévu jusqu’à l’assaut final du poste fortifié.

Le 26 janvier 1941, nous partîmes de Largeau précédés et couverts par la patrouille britannique dont nous enviions 1e magnifique matériel et l’expérience.

Hélas, la frontière à peine franchie, nous voyions refluer sur nous cette belle patrouille qui venait d’être accrochée par une partie de la compagnie saharienne de KOUFRA. Elle avait perdu son chef trois équipages et plusieurs véhicules détruits par le tir de 75 automoteurs. Le successeur du commandent disparu décidait de rentrer au Caire tout droit.

Ainsi étaient présentées les choses au petit conseil-de guerre assis à même le sable : trois britanniques, le colone1 et son chef d’état-major.

Devant nous, l’ennemi était alerté, il avait pu prendre connaissance de nos ordres d’opérations dans la voiture du commandant anglais : il était plus puissamment armé que nous le pensions et nous serions privés de l’appui de la patrouille britannique.

Derrière nous, les rames successives prenaient du retard, nos calculs sur la mobilité de nos unités et sur la conservation de carburant s’avéraient trop optimistes.

Or il y avait une variante à l’opération de KOUFRA : c’était l’attaque de l’avant-poste Italien du Djebel Aouenat, objectif beaucoup moins prétentieux.

Dans cette situation quel chef raisonnable n’aurait décidé d’abandonner KOUFRA et de se limiter à Aouenat ?

Le colonel LECLERC demanda l’avis de sen chef d’état-major qui opina pour KOUFRA, parce qu’il doutait de l’existence des 75 automoteurs

(Vérification faite, car nous en capturâmes, c’était des canons de 20 m/m qui venaient de la frontière tunisienne où l’armistice franco- italien les rendaient inutiles.)

La décision du colonel fut instantanée : renvoyer presque tout en arrière, .constituer une patrouille légère montée sur les meilleures voitures et laisser au puits quelques travailleurs et un peu de protection en effet, sans eau à Sarra, pas d’opération ultérieure possible.

Il réussit à déterminer une voiture néo-zélandaise à nous accompagner pour nous aider dans la navigation. Dès Sarra, en évitant la piste italienne, nous nous enfonçâmes deus le désert pour arriver un soir entre chien et loup, en vue des palmeraies de KOUFRA.

L’idée du colonel était de négliger le poste lui-même, grosse forteresse située à 3 kilomètres plus au Nord et de patrouiller de nuit le village, le poste de carabiniers, les stations météo et génie indispensables aux liaisons entre l’Abyssinie et la métropole.

Deux patrouilles désignées à l’avance partent à pied, enviées par ceux qui restaient aux voitures et parmi eux le plus impatient : le colonel.

On l’entendit bientôt dire à son ordonnance de préparer une musette avec un casse croûte et deux grenades et pour qu’il ne parte pas seul à la recherche d’une des deux patrouilles, il lui fut proposé de faire un peu d’action politique en allant visiter le chef du village voisin.

Nous avions en poche des proclamations rédigées en arabe par des Senouasiutes notoires et nous les remîmes au chef du village. Perplexe, le brave vieil homme, d’ailleurs appointé par l’administration italienne regardait nos papiers et écoutait le colonel LECLERC discourir dans son meilleur dialecte marocain, quand il réalisa soudain qui nous étions.

– Vous Français, répéta-t-il trois fois sur un ton de surprise croissante et devant l’incroyable réalité, il pointa l’index vers le ciel en disant d’un ton pénétré : allah Kebir ! Le temps passait et les deux patrouilles revinrent presque ensemble vers 2 heures du matin. L’ennemi paraissait s’être replié dans le poste fortifié. Pas mal de documents et de matériel avait été capturé, les postes météo et génie détruits un seul prisonnier avait été ramené. Le terrain d’aviation semblait mal gardé, mais faute de temps, personne n’y était allé.

Le colonel, désigna immédiatement une patrouille peur visiter ce terrain et comme il était trop éloigné, il décida d’y aller an voiture afin d’avoir décroché avant l’aube.

Une demi-douzaine de voitures partirent avec la voiture néozélandaise comme guide. Le reste attendait sur place, prêt à venir à la rescousse au signal convenu d’une fusée verte. Le nuit était très froide et obscure, le terrain encombré de gros blocs de basalte et à mi-chemin la voiture néozélandaise s’empala sur un de ces blocs. Pendant près d’une heure, nous essayâmes de la remettre sur ses roues. Les câbles de traction enserrent tandis que tous les hommes, colonel en tête unissaient leurs efforts pour dégager la voiture, mais en vain. La mort dans l’âme le colonel ordonna la retraite. Le fait que let italiens nous aient laissé faire tout ce chahut sans réagir prouvait que le terrain était en effet mal gardé et qu’on pourrait aisément y faire du bon travail. Le colonel autorisa son chef d’état-major à s’y rendre avec

3 voitures.

Le terrain est vite atteint : il n’y a qu’un appareil en état de vol, qui est mis en flammes. A ce moment une arme ennemie non localisée tire quelques rafales, une fusée verte est lancée par quelque guetteurs italien et à 3 kilomètres de là, 1es nôtres, pensant que cette fusée venait de nous, obéirent à l’ordre ” en avant ” qu’elle était censée représenter.

Comme nous roulions aux phares, île nous imitèrent et bientôt une quinzaine de voitures s’avancèrent vers l’ennemi, balançant lentement leurs lumières sur le terrain chaotique.

Le colonel remit difficilement de l’ordre dans la colonne qui se retrouva nu complet dans l’aube pâle. Quelques éléments de la compagnie saharienne italienne rencontrée dans l’obscurité n’avaient guère manifesté d’agressivité. C’était la réaction aérienne que nous redoutions le plus nous filions plein sud en ordre dispersé.

Les Savoïa partiront vers huit heures : nos fusils mitrailleurs appui de fortune ne pouvaient leur faire grand mal : ils s’en rendirent compte et s’enhardirent. La première étape était un petit massif montagneux et le camouflage, la dispersion et une certaine protection étaient possibles.

Le dernier à y arriver fut le colonel qui avait lui-même poussé les voitures ensablées. Un groupe d’hommes poussant un véhicule en difficulté sur le sable est particulièrement vulnérable. Un officier qui surveillait le ciel tout en poussant dit soudain ” voici les avions ! ” Il s’attira cette réplique da colonel :

– Il n’y pas d’avion – ” et le groupe continue à désensabler le camion.Zone de Texte: .

Par chance les Savoïa ne s’occupèrent pas de cette proie.

Cette réplique était bien caractéristique du colonel qui avait été excédé pendant la campagne de France de l’attitude de certaines troupes devant l’aviation ennemie. Il était opposé aux mesures paralysantes de prudence : il fallait se camoufler, prendre toutes sortes de précautions pour ne pas être vu, mais si, dans l’action, l’aviation intervenait, il n’était pas question de s’arrêter ou de se mettre dans des trous.

Cette reconnaissance avait suffisamment éclairé le colonel sur l’ennemi pour le décider à entreprendre sans tarder l’attaque de KOUFRA. Il ne craignait plus les forces mobiles ennemies et le terrain lui paraissait favorable. Il n’avait pas encore quitté le palmeraie qu’il préparait le développement de l’opération future.

Jamais aucune de nos décisions si soudaine soit-elle n’a été une improvisation. A partir du moment où il envisageait une opération, son esprit y travaillait sans arrêt, jour et nuit, car il dormait peu. Sans cesse, il revenait à son idée, regardant indéfiniment la carte, mesurant les possibilités que lui laissaient les approvisionnements et les moyens de transport, rêvant aux moyens de les augmenter.

Il connaissait les limites que les distances, le terrain, l’état des véhicules et des approvisionnements lui imposaient. Il forçait nos limites par tous les moyens humains, mais il ne les niait pas. Il n’y a pas de miracle dans les campagnes de LECLERC, mais une merveilleuse préparation qui tenait compte de toutes les possibilités, les amenait à un rendement jamais atteint.

Il a opposé nos camions à caisse de bois aux Panzer de Rommel ; d’un régiment quelconque de l’armée coloniale, il en a fait un régiment de légende ; il s’est imposé lui-même malgré les préventions et les doutes, non par un don surnaturel, mais par un ensemble de qualités et de vertus très humaines dominées par la volonté et la foi.

Colonel de GUILLEBON

JOURNAL DE LA MISSION DE KOUFRA

 

JOURNAL DE LA MISSION DE KOUFRA

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

KOUFRA

I1 y a soixante ans, Koufra. Ces deux syllabes passent sur les ondes d’un monde en guerre depuis plus d’un an pour annoncer la victoire d’une poignée de Français sur un détachement italien, au coeur du Sahara libyen. On peut dire que personne ne connaît cette oasis, on peut dire qu’ils sont peu nombreux ceux qui savent qu’en Afrique, sous l’impulsion du général de Gaulle et aux ordres de Leclerc, de Larminat, Koenig, Monclar, des soldats français ont, selon l’expression consacrée, ramassé le glaive brisé en juin 1940, pour prendre l’offensive, aux côtés des alliés britanniques, contre l’ennemi le plus proche : l’Italien d’Erythrée, de Cyrénaïque, de Libye.

Nous sommes en mars 1941, mais pour mieux comprendre le pourquoi et le comment de cette bataille, nous sommes obligés de remonter quelques mois en arrière.

Après les armistices franco-allemand et franco-italien de juin 1940, l’occupation du territoire national et la naissance de la France libre par l’Appel du 18 juin lancé de Londres par le général de Gaulle, est survenu le ralliement de l’Afrique-Equatoriale française en août 1940, réalisé par Pleven et Colonna d’Ornano pour le Tchad, par Hettier de Boislambert et Leclerc pour le Cameroun, par de Larminat pour le Congo et l’Oubangui-Chari, et encore par Leclerc pour le Gabon en novembre. Nous retrouvons ce colonel Leclerc, nom de guerre de Philippe de Hauteclocque, le 2 décembre 1940, à Fort- Lamy où il vient de recevoir le commandement militaire du Tchad ainsi que celui du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad.

Un mois auparavant, à Libreville, le général de Gaulle, devant une carte d’Afrique à grande échelle, a montré du doigt à ce jeune colonel, le Fezzan et Koufra, en disant : ” Et puis, il y a ça et ça “. Jamais d’aussi brèves directives ne furent suivies avec plus de rigueur, de hargne et de flamme.

Tout de suite, Koufra devient une obsession, Koufra l’oasis lointaine réputée inaccessible, Koufra la païenne, Koufra la mystérieuse.

Sont présentés d’abord, l’objectif, puis les forces en présence, et ensuite la chronologie des faits pour essayer de faire revivre cette équipée saharienne.

Sont présentés d’abord, l’objectif, puis les forces en présence, et ensuite la chronologie des faits pour essayer de faire revivre cette équipée saharienne.

L’objectif

Koufra est un groupe d’oasis dans une dépression de 50 km de long sur 20 km de large. C’est une étape des caravanes reliant la Méditerranée au Borkou. C’est la capitale des Senoussistes, indépendants de l’Islam. C’est environ 4 500 habitants vivant de 100 000 dattiers, d’oliviers, de vignes et de quelques céréales. Mais c’est aussi le symbole de la puissance italienne en Afrique. En 1931, le maréchal Graziani l’a conquise de haute lutte, mettant en oeuvre 300 camions, des milliers de chameaux, une vingtaine d’avions et 3 000 hommes. On y trouve le fort d’El Tag, sur un éperon rocheux, un carré de 150 mètres de côté et quelques défenses accessoires, le tout étant protégé par des moyens aériens et motorisés.

Koufra est un point stratégique notoire. Pratiquement, il est à égale distance de Tripoli, capitale de la Libye, du Caire, capitale de l’Egypte et de Khartoum, capitale du Soudan anglo-égyptien. S’il est situé à 800 km de la Méditerranée, il est aussi à 800 km de la première oasis importante du Tchad : Faya Largeau. Bien sûr, tout autour c’est le désert dans toute son aridité, d’où le caractère primordial de son aérodrome permettant une escale indispensable aux liaisons italiennes de la Tripolitaine vers l’Éthiopie.

En plus de cette volonté de reprendre la lutte armée qui anime les Français libres d’A.E.F. et qui détermine le choix de l’objectif, il y a cette grande idée de manoeuvre que le général de Gaulle avait exprimée à plusieurs reprises : créer une force militaire au coeur de l’Afrique noire, de façon à permettre, un jour, en liaison avec les forces britanniques sortant d’Egypte, de s’emparer du Fezzan et de la Tripolitaine et de déboucher sur la Méditerranée. C’est effectivement ce que réaliseront les hommes de la colonne Leclerc moins de deux ans après Koufra.

Les forces en présence

Que sait-on, à l’époque, des forces italiennes ?

Les renseignements parlaient d’un bataillon de 580 hommes, bien équipés, bien ravitaillés. De plus le moral de leurs cadres était entretenu par les nombreuses exhortations du Duce.

La garnison est commandée par un aviateur, le lieutenant-colonel Léo. De façon plus précise, Koufra est tenue par : – une compagnie de canons de 20 mm – une compagnie d’occupation du fort – une compagnie motorisée : la ” Compagnia Sahariana di Cufra “, d’une trentaine de véhicules SPA équipés pour le combat (mitrailleuses de 12,7mm) et qui bénéficie de l’appui d’une escadrille d’avions Ghibli et Savoïa-Marchetti.

M. Lami, administrateur du Tchad, avait eu, en 1938, l’autorisation de rejoindre son poste, après son congé, par voie de terre. Il avait emprunté la Via Sirtica, partant de Tripoli vers Benghazi et, piquant vers le sud, il avait fait escale à Koufra. Au cours d’une liaison en décembre 1940, il avait fait au colonel Leclerc une description assez précise du fort et de son environnement ainsi que des difficultés de la piste pratiquement inexistante de Koufra vers le Tchad.

Voilà ce que l’on sait des Italiens à Koufra. Et du côté français ?

Tout d’abord, il faut préciser que le colonel Leclerc, cavalier, dès qu’il indique son intention d’attaquer Koufra, se heurte à tous les coloniaux en séjour depuis plusieurs années et en particulier aux méharistes, fins connaisseurs du désert. Ceux-ci ne pouvaient admettre, sans la taxer de folie, l’organisation d’un tel raid à 1 700 km de Fort-Lamy, dont les derniers 500 km devraient se faire en terrain inconnu ; enfin, au bout de la piste, les survivants auraient à attaquer une citadelle. Très rapidement, un des principaux traits du caractère de Leclerc apparaît : son ascendant sur les gens qui l’approchent. Ceux-ci dénotent également ses qualités d’organisateur et adhèrent alors sans compter. Ils sont conscients de la pauvreté de leurs moyens motorisés ou aériens, mais ils ont, à l’instar de Leclerc, la foi implacable dans la victoire de la patrie. Et cette foi va en faire des hommes d’une activité intense.

Le Tchad n’est ravitaillé à l’époque que par un cordon ombilical de 4 000 km de Pointe- Noire à Fort-Lamy, constitué de fleuves, de pistes forestières et de déserts. Pour amener 200 litres d’essence, de la mer à la capitale du Tchad, on en consomme dix fois plus.

Le matériel auto est d’un modèle ancien, beaucoup de camions civils sont réquisitionnés (les ” cawadji “) ; ils sont peu aptes aux dunes ou au fech-fech. Les équipes de mécaniciens vont avoir à en faire des ” voitures de combat ” en enlevant les pare-brise et les toits pour y installer des supports d’armes. On les peindra en ocre et on les baptisera par ironie ” caisses à savon “. Pour toute artillerie, il y a deux canons de 75 de montagne.

Quant à l’aviation, le détachement permanent de liaison et d’appui du Tchad dispose de 6 appareils, Bloch 120 et Potez. Mais le groupe de bombardement n° 1 arrive d’Angleterre. Les Blenheim et les Lysanders qui l’équipent ont débarqué à Douala le 9 octobre 1940, en caisse, et ils ont été remontés sur place pour participer, dès novembre, à la campagne du Gabon.

Une des caractéristiques de l’opération Koufra est le temps vraiment minimum de sa préparation :

– 2 décembre : prise de commandement de Leclerc au Tchad ;

– 16 décembre : il est à Faya-Largeau et décide d’en faire la base de départ ; il envoie le commandant Hous en reconnaissance vers le nord. ;

– 28 décembre : il est à Ounianga qui sera la base avancée ;

– 31 décembre : il fait effectuer les reconnaissances aériennes sur Koufra qui ramènent des photographies ;

– 16 janvier : il vérifie l’avancement des préparatifs à Faya-Largeau et à Ounianga ;

– 7 février : il part personnellement en reconnaissance au contact même de Koufra ;

– 10 février : de retour à Faya-Largeau, il donne les ordres définitifs à la colonne qui enlèvera Koufra.

Préparatifs pour Koufra

Leclerc a donné rendez-vous au commandant Hous à Ounianga le 28 décembre pour que celui-ci lui rende compte de la reconnaissance vers le nord. Hous a quitté Faya Largeau le 23 avec 2 véhicules et après de courtes haltes à Ounianga et Tekro, il quitte ce poste le 25. A peine à 5 km, une falaise rocheuse constitue un obstacle que les véhicules mettront une heure et demi à franchir. Ensuite, le terrain est bon pendant 70 km pour atteindre le rocher de Tomma. Il y a là une balise, avec une boîte aux lettres dans laquelle le lieutenant Garbit, avant la guerre, avait inscrit les coordonnées astronomiques du lieu. Ensuite, pendant 20 à 25 km, les voitures trouvent un plateau vallonné, parsemé de cailloux qui risquent de crever les carters ou de casser les ponts arrière, et, avec quelques difficultés, le Rocher Noir est atteint. C’est une autre balise. C’est là que les Italiens avaient voulu creuser un puits, et sur place il y a les restes d’un fût de 200 litres et un petit carré entouré de murettes.

La zone de Jef-Jef est passée, le guide affirme que jusqu’au puits de Sarra c’est du sable dur. Le commandant Hous considère que sa mission est terminée et il rentre à Ounianga par le même chemin le 27 décembre au soir. Son compte rendu est prêt et comme prévu, il le fera le lendemain au colonel Leclerc.

Effectivement, le 28. Leclerc atterrit à Ounianga par vent de sable, après un voyage assez mouvementé. Deux Blenheim sont partis ensemble de Fort-Lamy et ont fait escale à Faya Largeau. Ils sont destinés à aller photographier, l’un Koufra, l’autre El Aouenat. A cause de la météo, ils ne pourront décoller que le 31 décembre. Celui de Koufra reviendra de sa mission avec les clichés pris par le lieutenant de Pange et ensuite développés et tirés par le sergent Lefebvre. Comme ces photos ont été prises à 1 heure le 31 décembre, date proche du solstice d’hiver, et que Koufra est sous le tropique du Cancer, les spécialistes diront que les rayons solaires arrivent au sol sous un angle de 45°. Ainsi, sur une surface plane, les ombres portées sont égales à la hauteur des obstacles. Voilà comment de Pange a pu expliquer, par exemple, que les murs d’El Tag avaient 5 mètres de haut et bien d’autres renseignements que le colonel Leclerc, impatient, venait chercher dans la case même où travaillait l’aviateur.

Le chef de l’opération dispose maintenant d’une photo aérienne à la place du blanc de la carte. Le Blenheim lancé sur El Aouenat ne reviendra pas. Posé en catastrophe dans le désert, l’équipage composé du lieutenant Maisant, du sous-lieutenant de Stadieu et du sergent-chef Privé, sera fait prisonnier et amené à Koufra puis à Tripoli, et en Italie.

Dès la mi-décembre, tout a été mis en oeuvre pour l’organisation des unités et la montée en puissance de la base d’Ounianga. Cela s’est fait à partir de Faya Largeau, avec les convois chameliers qui mettent huit jours entre les deux bases.

A Faya Largeau, le commandant Hous, dès le début janvier, a mis en condition les troupes prévues pour la grande chevauchée :

– la compagnie portée du capitaine de Rennepont (23 Bedford) ;

– le groupe nomade de l’Ennedi, du capitaine Barboteu (120 hommes renforcés par des cadres du GN Borkou), motorisé pour la circonstance, 1 pick-up et 16 Matford V.B. ;

– la section d’artillerie du lieutenant Ceccaldi avec 2 camions Laffly portecanon et 4 autres Matford ;

– deux automitrailleuses Laffly et un camion Matford d’approvisionnement ;

– deux sections de la 7e compagnie du capitaine Florentin sur 1 pick-up et 8 Matford ;

– le P.C. de l’opération avec le commandant Hous, le capitaine de Guillebon et le commandant Dio, équipé d’un break Matford, 2 pick- up Chevrolet, 1 Austin (V.L.), 2 camions Bedford 500 kg dont 1 avec la TSF.

Le tout représente à peu près 400 hommes (100 Européens et 300 indigènes) que l’on peut classer en 250 combattants et 150 conducteurs et aides, montés sur 60 véhicules.

Leclerc arrive le 16 janvier 1941 à Largeau. Il récupère huit jours après la patrouille des Long Range Desert Group (LRDG) du major Clayton, qui a mené l’action sur Mourzouk le 11 janvier avec quelques Français ; elle passe par Faya Largeau pour rejoindre l’Egypte. Le colonel Bagnold, officier de liaison britannique auprès de Leclerc, propose que cette patrouille serve d’avant- garde à la colonne qui va démarrer vers Koufra. Proposition acceptée.

Le 24 janvier, le lieutenant Combes quitte Faya Largeau avec son convoi de Matford et de ” cawadji ” pour installer un dépôt d’essence à la frontière libyenne, exactement à Rocher Noir. Il fera plusieurs allers et retour.

Le 26 janvier, la colonne s’ébranle par échelons. On a adjoint au major Clayton, depuis Zouar, deux voitures et un mortier de 81 aux ordres du lieutenant Dubut. Nous allons tout de suite traiter la question des 2 A.M. Laffly pour ne plus y revenir. Elles arriveront péniblement au puits de Sarra. Après la prise de Koufra, une atteindra le fort et réussira à revenir à Faya Largeau en mars. L’autre refusera tout service sur la piste avant Koufra.

Le 28 janvier, il règne une atmosphère fébrile à Ounianga, au pied du poste qui domine le grand lac d’eau bleu natronée : révision des voitures, répartition des vivres, des réserves d’eau et d’essence, vérification de ces tôles qui sont si précieuses à glisser sous les roues lorsque les véhicules s’enfoncent dans le sable mou.

Le 29 janvier, le poste de Tekro est atteint sans difficultés, sinon que l’Austin du P.C. a rendu l’âme !

Le 30, la falaise qui avait déjà retardé la reconnaissance du commandant Hous, va retarder bon nombre de véhicules. Certains mettront une grande partie de la journée pour faire quelques kilomètres. Cet obstacle franchi, c’est un peu plus roulant. Malgré de nombreux ensablements, toute la colonne sera regroupée le 31 à Tomma. Mais ce même soir du 31 janvier, une mauvaise nouvelle arrive au P.C. Le L.R.D.G. du major Clayton a été repéré en atteignant le djebel Chérif, situé à 100 km au sud de Koufra, attaqué par des motorisés et des avions italiens et obligé de se replier en subissant des pertes importantes.

L’engagement a été effectivement très sévère. Dès l’ouverture du feu au canon de 20 mm, trois voitures anglaises sont incendiées : le major Clayton est blessé par le tir d’un avion en piqué. La patrouille se replie 30 km au sud ; il manque 4 voitures et 8 hommes. On apprend que le major Clayton a été fait prisonnier avec 2 hommes. On trouvera à Koufra, pour confirmation, le rapport adressé au P.C. du secteur par le lieutenant Minutillo commandant la compagnie d’intervention. Ce compte rendu est très précis : les écoutes radio italiennes avaient décelé un poste radio en mouvement, les avions de reconnaissance ont localisé la patrouille anglaise et ont conduit les 5 camions Fiat italiens à la rencontre du L.R.D.G. Ils ne pouvaient pas le manquer.

Le réflexe de Leclerc, à l’annonce de cet accrochage, est rapide et se traduit par un seul mot : ” en avant “. Il est possible que les Italiens aient récupéré les plans et les documents que possédait le major Clayton sur l’opération. L’effet de surprise qui pouvait être escompté est sûrement annulé ; il faut donc faire vite. Les ordres de Leclerc seront pratiquement exécutés à la lettre : – le commandant Hous avec Dio et Sammarcelli partent le 1er février pour le puits de Sarra avec ordre de remettre le puits en état et de placer là un dépôt d’essence. Sarra est le seul point d’eau entre la frontière et Koufra – un élément de reconnaissance légère vers Koufra est organisé avec une autonomie d’essence de 1 000 km – le gros de la colonne se replie à Tekro en attente – les restes du LRDG rejoignent l’Égypte par El Aouenat, le lieutenant Corlu les accompagne pour pouvoir donner rapidement le renseignement de l’occupation ou non de ce poste italien.

Au puits de Sarra

Leclerc a donc constitué une reconnaissance légère ; il en prend le commandement. Elle est formée par :

– le peloton du capitaine Geoffroy : 4 officiers, 4 sous-officiers, 10 voitures ;

– le peloton du capitaine de Rennepont (nom de guerre d’un cousin de Hauteclocque) : 3 officiers, 9 sous-officiers, 11 voitures.

En plus, le capitaine Mercier Nayme a laissé auprès du colonel Leclerc une voiture du L.R.D.G., la Manouka, équipée d’un compas solaire, avec le sergent Néo-Zélandais Kendall et son équipage qui était volontaire pour aller jusqu’au bout.

Avant de partir de Tomma, Leclerc a décidé le bombardement de Koufra. 1S on aviation a, en effet, été renforcée par une escadrille de 8 Blenheim, arrivée en Nigeria aux ordres du capitaine Astier de Villatte. Il y a donc maintenant une douzaine de Blenheim à Ounianga.

De Fange, qui a déjà photographié Koufra le 31 décembre, est désigné pour être le navigateur-guide de cette formation et il raconte leurs difficultés. Ils sont 6 à décoller le 2 février à 10 heures au lieu de 6 heures à cause du vent de sable. Ils ont chacun 4 bombes de 250 livres. De Fange, qui avait le terrain d’aviation de Koufra comme objectif, affirme avoir vu, après son virage de demi-tour, les quatre explosions de ses bombes autour des hangars du terrain et chacun des 6 Bleinheim a fait la même observation. A la radio, les Italiens diront qu’ils ont repoussé une attaque aérienne franco-anglaise.

De Sarra, le 3 février, Leclerc demande un avion. D’Ounianga, le Lysander de Thuisy et Labas et un Potez 29 décollent et vont revenir se poser 6 heures après sans avoir trouvé le puits.

Le lendemain, grâce au temps plus clair et donc aux traces des voitures plus visibles, ils atterrissent pour s’entendre dire par Leclerc que les aviateurs sont tous des fumistes. Par la suite, son opinion évoluera.

Le 4 février, nouvelle demande de bombardement de Koufra adressée par Leclerc à Ounianga. Astier de Villatte désigne le lieutenant de Saint-Péreuse, l’adjudant Grasset, le sous-lieutenant Claron et le sous-lieutenant Hirlemann, qui décollent le 5 février.

Résultat décevant et coûteux pour les aviateurs ; de Saint-Péreuse, en panne, se pose dans le désert. Grasset, qui a aussi fait demi- tour, l’a vu. Hirlemann s’est perdu au retour et posé près de Gouso à 120 km au nord-ouest d’Ounianga. Quant à Claron, aucune nouvelle L’équipage Claron-Le Calvez-Devin a été retrouvé en octobre 1959 à 250 km au sud- ouest d’Ounianga. Dix-huit ans après, les corps étaient momifiés. Il n’est pas question de jeter la pierre aux aviateurs ; il faut savoir :

– qu’ils n’ont reçu qu’une instruction rapide sur les Blenheim livrés sans notice technique

– que les viseurs de bombardement sont sommaires et rustiques et retirent toute précision

– que la méconnaissance du désert et l’inexpérience des équipages leur ont souvent fait confondre des mouvements de terrain, par suite de l’absence d’aide-gonio venant du sol

– que les moteurs ont beaucoup souffert du sable aspiré quand ils chauffaient au sol, aucun filtre suffisant n’était prévu.

Une chose est certaine et elle ne peut pas être mise en doute : c’est la volonté, le dévouement et l’abnégation de ces équipages du groupe de réserve de bombardement n° 1 qui va donner naissance peu de temps après, au groupe Lorraine pour la Cyrénaïque et au groupe Bretagne pour le Fezzan.

Les pertes du groupe pour ces premiers mois attestent de leur engagement : 2 appareils détruits, 4 indisponibles, 5 aviateurs tués ou portés disparus, 3 blessés et 3 prisonniers.

Première reconnaissance sur Koufra

A 6 heures du matin, la reconnaissance légère que Leclerc a montée démarre de Sarra vers le nord. Tout se passe à peu près bien le 5 et le 6.

Le 7, en vue de la palmeraie de Koufra, Leclerc décide de reconnaître les environs à pied et de nuit.

Trois patrouilles sont constituées et partent vers 19 h 30 :

– la patrouille Geoffroy avec 30 hommes s’infiltre dans le village d’El Giof. Aucun signe de vie. Au moment de repartir, il découvre le poste de radiogoniométrie avec le sous-officier italien ; le poste est détruit, le prisonnier se lamente (300 000 lires, ne cesse-t-il de répéter), mais conduit quand même la patrouille au poste des carabiniers vide où elle récupère des paquets de documents.

– la patrouille Arnaud avec 10 hommes reconnaît les abords et la piste du terrain d’aviation à 3 km au sud-est du fort. Aucune mauvaise rencontre.

– la patrouille colonel Leclerc et de Guillebon s’infiltre dans la palmeraie et réveille le chef de village. Leclerc lui délivre un message du bey Ahmed, chef senoussi réfugié au Tchad, et lui explique pourquoi les Français font la guerre aux Italiens. Allah ! Akbar ! est la réponse du vieil homme indigène qui donne tous les renseignements possibles sur les habitudes des Italiens. A 1 heure du matin, tout le monde est revenu aux voitures. Leclerc prend la tête de 7 voitures, dont la Manouka, et avec de Guillebon, ils partent, tous phares allumés, sur le terrain. Deux avions sont incendiés. Les Italiens lancent une fusée verte, c’est l’alerte pour eux mais pour les nôtres c’est le signal ” à l’aide “. Alors le reste de nos véhicules fonce sur le terrain. Le fort d’El Tag ouvre le feu mais aucun élément n’en sort et le repli se fait, avant le jour, en ordre dispersé. La pauvre Manouka s’est empalée sur un caillou on l’allège de son chargement et on y met le feu. Vers 8 h 30, la colonne regroupée est surprise par deux Ghibli qui mitraillent.

Ils s’en prennent à la voiture d’Arnaud qui est gravement blessé au bras. Approchant des rochers, les véhicules réussissent à échapper aux vues aériennes. L’affaire a tué un Africain et fait quatre blessés.

Le général de Larminat, venu en Glenn Martin de Brazzaville à Ounianga, veut voir Leclerc. Son équipage ne trouvera jamais le puits de Sarra. Leclerc revient à Faya Largeau le 11, décidé à lancer rapidement l’attaque sur Koufra pour profiter de l’ascendant moral acquis sur l’adversaire, sachant aussi combien ses hommes ont envie d’en découdre.

Progression de la colonne

Nous avons laissé le 11 février le commandant Hous et les éléments de la colonne en partie à Tekro et un détachement près du puits de Sarra. Quant au colonel Leclerc, il est à Faya Largeau, soucieux de vérifier comment les recomplètements en vivres, en carburant et en munitions vont s’effectuer. Le 16 février, tout le monde est regroupé près du puits de Sarra. Le commandant Hous n’est plus là. Leclerc lui a donné une autre mission vers le Fezzan. La colonne qui doit attaquer a toujours la même composition :

– le P.C. du Colonel ;

– la compagnie portée divisée en deux pelotons ;

– le groupe nomade de l’Ennedi motorisé ;

– les 2 sections de la 7e compagnie sur ses camions Matford ;

– les hommes du dépannage avec le lieutenant Ruet ;

– l’équipe sanitaire du capitaine Mauric ;

– l’artillerie du lieutenant Ceccaldi mais là, Leclerc a décidé de n’emmener qu’un seul 75, de façon à pouvoir disposer du double de munitions ;

– les camions du lieutenant Combes qui assureront le ravitaillement par des rotations incessantes.

Le 17 février, Leclerc, à la tête de la compagnie portée sur Bedford, reprend les traces de sa précédente reconnaissance. Derrière, à 24 heures, suivent le commandant Dio et le reste de la colonne.

La ” Compagnia Sahariana “

Le 18, au matin, on a bien roulé et à l’horizon se dressent les pylônes de la radio du fort d’El Tag. Comme un avion italien les a survolés, l’ennemi doit être en alerte et les véhicules débordent largement le fort par l’est pour se retrouver au nord dans une zone vallonnée, prêts à faire face au sud. Effectivement, à midi, du haut d’une colline, Leclerc a aperçu, dans une dépression dénudée, une quinzaine de voitures… C’est la ” Sahariana “. Ses réflexes de cavalier jouent instantanément. Sur son ordre, les hommes mettent pied à terre. La fusillade éclate et Leclerc fait signe de la main à Geoffroy, qui n’a pas la radio, de filer sur la gauche. Malheureusement, les Italiens font face et la cadence de leurs tirs augmente. De notre côté, des voitures s’immobilisent en feu, des armes s’enrayent… Le coup est loupé. Alors Leclerc fait stopper le peloton Geoffroy et va effectuer, avec le peloton de Rennepont, un large débordement par la droite. Craignant d’être encerclée, la ” Compagnia Sahariana di Cufra ” décroche en direction du fort. Mais, harcelée par les tirs des voitures de Geoffroy, elle change de direction vers 15 h 30 pour prendre un azimut nord-ouest vers El Houari. Jusqu’à la nuit, le peloton de Rennepont, toujours avec Leclerc, va suivre ses traces. Ils arrivent à capturer un véhicule SPA avec ses trois occupants mais ne rejoindront pas la Sahariana. Le peloton Geoffroy est resté en surveillance à 2 ou 3 km au nord-est du fort et le peloton de Rennepont est à 6 ou 8 km dans le secteur d’une petite colline cotée 432. La garnison du fort est restée muette. Nous avons 3 blessés. La nuit se passe en alertes et patrouilles.

Le 19 février, dès le lever du jour, les Savoïa, avions de bombardement léger, attaquent le peloton Geoffroy à la mitrailleuse et à la bombe de 6 h 30 à 11 heures C’est une véritable noria qui nous cause des pertes : trois Européens sont gravement blessés. Pendant ce temps, un peu avant 8 heures, une douzaine de voitures de la Sahariana débouche devant le peloton de Rennepont, manifestant l’intention de rejoindre le fort. Leclerc est là et il réédite la manoeuvre de la veille en utilisant les deux demi-pelotons, un en fixation, l’autre en débordement. Heureusement, les Savoïa s’acharnent sur le peloton Geoffroy et ne s’occupent pas des autres voitures françaises. La surprise a bien joué. Les tirs s’intensifient et les Italiens hésitent. Alors, Leclerc lance ses véhicules en avant, et la Sahariana, croyant sans doute que des renforts français sont arrivés, voyant la route du fort coupée, décroche vers le nord- ouest et rompt le combat. Le sergent-chef Briard a été gravement blessé dans cet engagement. On ne reverra plus la ” Compagnia Sahariana di Cufra “, dont on a réussi à prendre le fanion. De Rennepont va la poursuivre en vain sur 150 km.

Siège du fort d’El Tag

Il reste la forteresse d’El Tag, accrochée sur son piton, flanquée de bastions et de défenses extérieures qui disposent de champs de tir étendus. Inutile de penser à un assaut, surtout avec la faiblesse de nos moyens en artillerie… Un canon et quelques mortiers. On ne sait pas non plus si la Sahariana ne va pas revenir en force. Sans complexe, Leclerc organise le blocus. Tout d’abord 5 voitures en liaison-radio avec le P.C. s’installent en surveillance à 10 km nord-ouest du fort dans le but d’alerter en cas de retour offensif de la Sahariana et en cas de repli de la garnison du fort dans cette direction. On va harceler le fort jour et nuit, à partir d’un quartier d’El Giof, le village en lisière de la palmeraie, qui n’est pas battu par les armes du fort. Comme le terrain d’aviation est visible du fort, on va aménager une autre piste à 15 km au sud-ouest. Les équipages des plotons portés mettant, autant que faire se peut, leurs voitures à l’abri, commencent à installer des emplacements de tirs enterrés, de façon à bloquer toute sortie offensive de la garnison.

Le 75 du lieutenant Ceccaldi, aux ordres du maréchal des logis Albert Grand, entre en action. Il dispose de 20 à 30 coups par jour et se déplace continuellement pour faire du volume.

Ce n’est qu’à la tombée de la nuit, le 19 février au soir, que le commandant Dio et le reste de la colonne rejoignent la palmeraie. Aussitôt, Dio prend à sa charge le blocus.

L’intoxication va se poursuivre les jours suivants. Nos éléments exécutent des patrouilles au plus près des défenses ennemies. Aucun répit n’est laissé à l’adversaire. Le 75 fait merveille. Ses coups ouvrent des brèches dans le mur d’enceinte. Un jour, un éclat coupe la drisse du drapeau italien qui s’abat pour ne plus réapparaître. Le colonel Leclerc entreprend auprès des chefs de village une véritable action de séduction. Prenant le thé avec eux, assis dans le sable. Inlassablement, il leur répète l’intention de la France de les libérer de la domination italienne.

Les deux ou trois premiers jours, des Savoïa mitraillent et bombardent nos positions, pratiquement à l’aveuglette, si bien que les résultats sont nuls. Très rapidement, on ne les verra plus et on saura que les deux Lysanders et le Potez 29, qui sont venus chercher les blessés, ont été baptisés chasseurs par le renseignement italien.

Les réactions de la garnison du fort sont toujours vives ; des tirs, heureusement imprécis, saluent pratiquement chaque mouvement de nos hommes. Un matin, un guetteur aperçoit un mouvement de terrain anormal au pied du fort. Il faut aller voir de quoi il s’agit. Une patrouille s’approche au plus près et découvre un boyau creusé sous la muraille et qui permet une sortie des assiégés vers l’extérieur. Au cours de l’engagement sérieux qui s’ensuit, le commandant Dio et le lieutenant Corlu sont blessés.

Devant ces réactions de la garnison du fort, nos hommes et leurs cadres se demandent comment résoudre le problème. L’assaut en force est exclu. Leclerc a demandé un appui aérien. En vain, il n’y a plus de Blenheim disponibles ; d’ailleurs, ils sont rentrés à Fort Lamy.

Reddition d’El Tag

Et puis le 28 février, les événements prennent une autre tournure. Par l’intermédiaire d’un notable, le commandant du fort adresse un message écrit, en un français approximatif, au commandant des troupes françaises. Il demande que le sort des blessés des deux côtés soit étudié.

Le colonel Leclerc fait répondre que cette question ne peut se traiter qu’entre officiers et il demande au lieutenant Ceccaldi d’augmenter la cadence des tirs du 75.

Peu après, un officier porteur d’un drapeau blanc sort du fort. C’est le lieutenant Miliani qui s’avance vers nos lignes. Leclerc envoie à sa rencontre le capitaine de Guillebon et le lieutenant Sammarcelli qui parle italien. Le plénipotentiaire est porteur d’un billet, semblable au premier, à en-tête du ” Presidio Militare Cufra ” et signé du capitaine Colonna, commandant le fort d’El Tag. Mais là, le papier est daté du 29 février. L’année 1941 n’est pas bissextile et on peut en déduire, soit la nervosité, soit le désarroi du capitaine qui demande les suites réservées à sa première intervention.

Dans le cours de la conversation, l’officier italien s’enquiert à titre personnel des conditions d’un cessez-le-feu. Pour Leclerc, tout de suite informé, c’est un signe du destin, le moral de la garnison est atteint et c’est lui qui tient l’affaire en main. 11 renvoie le plénipotentiaire à son chef.

Le lendemain, au lever du jour, le lieutenant Ceccaldi est derrière sa binoculaire pour savoir où plus précisément envoyer les coups du réveil. Il aperçoit un drapeau blanc à la poterne de la citadelle et encore le lieutenant Miliani, accompagné d’un autre Italien, qui se dirigent vers la palmeraie. Une deuxième fois, de Guillebon et Sammarcelli engagent le dialogue, cette fois dans l’école d’El Giof. Palabre interminable mais Leclerc, contrarié parce que le Lysander qui devait l’emmener faire une reconnaissance n’a pu décoller, entre dans l’école et voit tout de suite le parti à tirer de cette situation.

Jouant peut-être la comédie de la colère, il pousse les deux Italiens dans son Matford, appelle de Guillebon et ordonne au conducteur de se diriger vers le fort. Quelques minutes après, la massive porte du fort s’ouvre, les défenseurs médusés ont laissé passer la voiture. Le capitaine Colonna arrive de son bureau en face du colonel Leclerc qui, sans beaucoup de difficulté, convainc l’Italien de rassembler ses cadres auxquels il veut s’adresser. Effectivement, il se retrouve devant eux, au mess, et leur déclare qu’abandonnés par leur commandement, ils se sont quand même bien battus, mais que le combat devait cesser. Et sans perdre de temps, Leclerc fait signer à Colonna les conditions de reddition de la garnison que le colonel de Guillebon avait toutes prêtes dans sa poche. Les conditions de reddition reflètent, de la part de Leclerc, à la fois sa volonté déterminée d’imposer la loi du vainqueur en ce qui concerne les hommes et le matériel et surtout le souci d’appliquer à ces combattants vaincus, des mesures humanitaires qui sont bien dans le droit fil du caractère du colonel. Le premier paragraphe fait rassembler tous les blessés, des deux partis, aux soins du capitaine Mauric. Puis les armes seront rassemblées et une section, composée uniquement d’Européens, occupera le fort et ses dépendances, les prisonniers auront le droit d’envoyer des messages à leurs familles et, enfin, la garnison rassemblée sans armes sera passée en revue par le colonel Leclerc. Faisant suite aux palabres que Leclerc avait entretenus avec les chefs locaux, tout un paragraphe traite du sort des Askaris, ces Libyens servant sous l’uniforme italien. Alors que les nationaux italiens doivent être dirigés sur Faya et Fort Lamy, les Askaris seront rassemblés dans un camp avec commandement mixte, le lieutenant Favre et un officier italien… L’histoire ne dit pas si cet officier ne serait pas le lieutenant Miliani, le plénipotentiaire.

Les familles des Askaris originaires de Koufra seront. recherchées pour rejoindre l’oasis et tous les Askaris étrangers à Koufra pourront rentrer chez eux.

Le dernier message de Koufra à ses supérieurs a été capté à Faya le 1er mars au début de la matinée, il disait :

” 1- Par suite de la persistance du manque d’automobiles, nous sommes obligés de capituler – Stop- Rassurez nos familles

2- Je détruis la station. Vive l’Italie victorieuse, Vive le Duce, Signé Capitaine Colonna. Stop. “

Et peu de temps après, part de Koufra sur les ondes, le télégramme français :

” De Koufra. Le 1er mars à 12 heures A tous postes. Fort Tag capitule aujourd’hui 9 heures – Stop- Renseignements détaillés suivront – Stop- Vive la France – Fin. “

En tout, on a fait 302 prisonniers dont 11 officiers.

Quant au matériel, il y a là, dans la cour :

– 4 canons de 20 mm, 3 mitrailleurs de 12,7 mm. et 50 mitrailleuses (Schwartzlose, Fiat ou autres). On ne compte pas les centaines de fusils.

– 4 voitures légères, 8 tracteurs SPA d’artillerie et 2 camions Fiat sont alignés le long du mur face au monument représentant les faisceaux des licteurs. Dans les magasins et les dépôts du fort, seront inventoriées des tonnes de vivres, de munitions, de matériels divers, radio en particulier et du précieux carburant.

Le serment de Koufra

Le lendemain 2 mars, au lever des couleurs, françaises cette fois, dans le ciel de Koufra, la poignée de Français marqués de la Croix de Lorraine, écoutent la voix de leur colonel, la voix de celui qui, depuis plusieurs mois, les a poussés, éperonnés, harcelés, de celui qu’ils ont vu depuis quelques jours toujours présent là où le combat fait rage, de celui, qui en un mot, a toute leur confiance car il les a menés à la victoire.

Et que dit-il à la fin de son allocution ?

” Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg “

Certains écrivains, historiens ont dit que Leclerc avait évoqué ” Metz et Strasbourg ” en faisant référence au nom de baptême de sa promotion de Saint-Cyr. Depuis de nombreuses années, on a adopté les mots de cette phrase par souci d’unité et pour que le ” serment de Koufra “, puisqu’il est appelé ainsi, soit toujours énoncé en ces termes, tels qu’ils ont été gravés dans la pierre sur les lieux mêmes de la victoire.

Quels qu’en soient les mots, Leclerc a voulu donner à ses hommes fatigués mais fiers, un deuxième élan. En évoquant Strasbourg, la ville martyre sous la botte nazie, la ville de France la plus à l’Est, sur les bords du Rhin, Leclerc leur a fait entrevoir les merveilleuses joies de la libération du territoire national. Nous n’oublierons pas qu’à la même époque, nos camarades de la brigade d’Orient, au sein d’unités britanniques, démontrent aussi la valeur des armées françaises en Erythrée, à Cub-Cub, Keren et Massoua. Le 3 mars, le général de Gaulle envoie à Leclerc le message suivant : ” Vous avez ramené la gloire sous les plis du drapeau. Je vous embrasse ” et il le fait Compagnon de la Libération.

Alors que la BBC rend compte de la prise de Koufra, le commentateur insiste sur ce premier acte offensif courageux mené contre l’ennemi par des forces françaises partant de territoires français, aux ordres d’un commandement uniquement français.

H est indéniable que le monde entier en a parlé. Un tout petit encart dans un journal de la France occupée. Par contre, un article plus complet avec même un croquis apparaît sur un des tracts que les avions de la R.A.F lançaient sur la France : Le courrier de l’Air. Le général de Boissieu, alors lieutenant, en captivité dans un oflag de Poméranie, a rapporté que la prise de Koufra était citée dans le bulletin quotidien des nouvelles de la guerre affiché sur les baraques du camp.

Enfin étaient concrétisées ces rumeurs qui parlaient de soldats sous les armes, de soldats ” dissidents ” pour Vichy qui va jusqu’à les condamner à mort, de soldats combattants avec de pauvres moyens et ces soldats, là c’est un fait incontesté puisqu’il est relaté par tous les moyens d’information, ces soldats sont victorieux.

On a attribué à Koufra de nombreux adjectifs : la victoire de l’impossible, la victoire de la volonté, la victoire de la foi et du courage. C’est avant tout l’affirmation que la France combattante a fait la preuve de sa détermination, que l’on a eu raison d’espérer et donc que l’on a raison de croire.

Sur le plan militaire, on a vu l’importance que représentait Koufra. Pour l’Italie, la prise de Koufra représente donc la perte d’une escale aérienne vers l’Abyssinie et la mer Rouge, perte si grande qu’Hitler lui-même s’engagera auprès du vice-roi italien d’Ethiopie à la reconquérir.

Rommel est arrivé en Cyrénaïque en février 1941 avec son Afrika Korps et il ne va pas tarder à lancer son offensive victorieuse contre l’armée britannique. Koufra devient alors la base secrète des L.R.D.G. aux ordres du colonel Bagnold. Leclerc est même conduit à renforcer le groupe nomade de l’Ennedi du capitaine Barboteu, resté sur place, par des éléments de la compagnie portée du capitaine de Rennepont.

Dans l’année 1942, l’ennemi ira même jusqu’à lancer des attaques aériennes sur Koufra, ce qui suffirait à expliquer le rôle que joue cette place forte au cours des combats de Cyrénaïque. Le commandement du Middle- West a donc été particulièrement heureux que Koufra ait été occupée en temps utile. Quant aux enseignements à tirer de l’opération elle- même, le colonel Leclerc y consacrera, dès l’été 1941, une note de service de plusieurs pages qui donnera naissance aux compagnies de découverte et de combat. Ces unités motorisées légères appliqueront ses directives pour conquérir le Fezzan l’année suivante. Tout y est étudié : la recherche du renseignement, le combat offensif et le combat défensif. L’accent est mis sur la manoeuvre de ces moyens motorisés. Et il est plus que certain qu’en rédigeant cette note, le colonel Leclerc avait, présents à l’esprit, les combats des 18 et 19 février contre la Sahariana.

Koufra du côté italien

Le professeur Romain Rainero, dans son intervention au colloque international d’histoire ” Du capitaine de Hauteclocque au général Leclerc “, en 1997, fait savoir que les archives italiennes sont peu prolixes sur le sujet. Certains textes rapportent que le fort (Koufra) fut contraint à la reddition par manque de ravitaillement. Il est intéressant de noter que pour les autorités centrales militaires italiennes de l’époque, leur adversaire au Sahara est ” l’Anglais ” comme dans le secteur qu’elles appellent l’Afrique Septentrionale italienne. Ce n’est que dans l’étude reconnue comme seule valable de Mario Montanari que l’on trouve proche de la réa lité, l’évaluation des forces de Leclerc alors qu’en février 1941, le commandement suprême italien publie une information selon laquelle ” les forces gaullistes seraient d’environ 25 000 hommes avec des moyens mécaniques fournis par les Anglais “.

Quant aux communiqués du quartier général, destinés au public, ils sont bien sûr influencés au plus haut point par la propagande fasciste : le 19 février, c’est l’annonce de la victoire sur les assaillants, les 21, 24 et 26 février, les assiégés résistent et même le 28, on parle d’un certain succès. Seulement, le 3 mars, on ne peut plus falsifier la vérité et c’est la nouvelle de la reddition : ” notre petite garnison de Koufra… a été écrasée par l’ennemi “.

Monsieur Montanari conclut son étude par une affirmation peu élogieuse pour la garnison italienne qui ” possédait un système de défense bien organisé à même de résister pendant longtemps, mais la conduite de la défense fut… absolument passive “.

De là à conduire le capitaine Colonna devant un tribunal militaire, il n’y a qu’un pas qui ne fut jamais franchi, vraisemblablement parce que ce n’est qu’en 1985 que ces lignes furent écrites.

Conclusion

Pour Leclerc, Koufra est la certitude qu’en améliorant les moyens et en enrichissant les unités, le Fezzan, l’autre objectif désigné par de Gaulle, n’est pas loin d’être à sa portée. C’est bien à partir de Koufra que Leclerc prend une dimension légendaire, mais de cela il n’en a cure, à tel point qu’il refusera les étoiles que lui attribue le général de Gaulle quelques mois plus tard. C’est à partir de Koufra que s’affirme le climat de confiance entre les hommes et leur chef, c’est de là que part le rayonnement exceptionnel de cet homme qui lui permettra, deux ans et demi plus tard, de rassembler dans une même grande unité des soldats de toutes origines pour créer un outil de combat qui ira de victoire en victoire : la 2e D.B.

Et le 23 novembre 1944, lorsque la 2e D.B. libère Strasbourg, un groupe de Spahis du 5e escadron du R.M.S.M. décide de monter les trois couleurs sur la flèche de la cathédrale. L’un deux, Maurice Lebrun, réalise un exploit d’alpiniste pour arriver au paratonnerre. Il n’était pas à Koufra mais il avait, comme beaucoup d’autres, entendu raconter les exploits des Français libres en Afrique, par ses camarades de combat.

Le général Leclerc pourra alors lancer au monde son ordre du jour n° 73 : ” Le serment de Koufra est tenu “, en même temps que, dans la salle du palais du Rhin, il disait au colonel Dio, son compagnon du Tchad : ” Ça y est mon vieux, maintenant on peut crever “. On sait que la route était loin d’être finie pour notre général et qu’elle sera encore très riche d’exemples à suivre avant d’arriver à son terme, le 28 novembre 1947, dans les sables du Sahara.

Le colonel Maurice Courdesses, après une carrière d’officier d’infanterie de marine, dirige depuis 1994, au Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris, l’équipe des Anciens de la 2e DB qui apportent leur aide et leur concours à l’équipe du centre de documentation et de recherche pour les étudiants, chercheurs et historiens venant consulter les archives. Il est vice-président de l’association des Anciens de la 2e DB.

Cet article a été rédigé à partir des archives du maréchal Leclerc conservé au centre de documentation et de recherche.

Sources bibliographiques

· Général Vézinet, Le général Leclerc, réédité par France-Empire, 1997.

· Raymond Dronne, Le serment de Koufra, Les éditions du Temps, 1965.

· Général Ingold, L’épopée Leclerc au Sahara, Berger-Levrault, 1945.

· Jean-Noël Vincent, Les Forces françaises dans la lutte contre l’Axe en Afrique, SHAT, 1983.

· Jean de Fange Nous en avons tant vu, Editions Serpenoise, 1990.

· Colonel Ceccaldi, ” Koufra, souvenirs de l’artilleur “, Revue Historique des Armées, 1984.

· Capitaine Kouzamy, ” La prise de Koufra “, Revue de la France Libre, ter juin 1946.

· Colonel Moutard, ” Le serment de Koufra “, bulletin de juin 1979.

· Général Fonde, ” Koufra, la victoire de la volonté “, l’Ancre d’Or-Bazeilles n° 225, 1985.

· Actes du colloque international, Paris 1997: ” Du capitaine de Hauteclocque au général Leclerc “, sous la direction de Christine Levisse-Touzé, Editions Complexe, 2000.