Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

Le Général Leclerc en Indochine 1945-1946

 

Le Général LECLERC en INDOCHINE

 

 

 LA MISE SUR PIED DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE

par le Commandant LANGLOIS,
Chef de Cabinet du Général Leclerc
1947 – ancien aide de camp du Général en Indochine

 

L’ŒUVRE du général Leclerc en Indochine est mal connue des Français.

C’est d’abord parce que pour lui-même il n’a jamais recherché la « réclame » ni fait de propagande ; c’est ensuite parce que, dans le monde tel qu’il était en cet hiver 1945-1946, il a pensé que le silence pouvait faciliter la cause de son pays dans cette partie du monde ; c’est, enfin, ceci étant la conséquence de cela, parce qu’aucun événement à sensation n’a retenu l’attention de l’opinion publique ou de la grande presse, instinctivement tournées vers les préoccupations intérieures.
Cette œuvre est considérable.
Elle est à la base du retour de nos couleurs en Extrême-Orient.
Mais, à cette heure où le problème de nos relations avec les populations annamites n’est pas encore résolu, à cette heure où des négociations s’ébauchent ou se poursuivent, il est peut-être inopportun d’en citer toutes les données, d’en découvrir tous les aspects.
Par contre, il nous a paru qu’il pouvait être utile, dans le seul dessein de servir la mémoire de notre chef, d’attirer, dès maintenant, l’attention sur son action durant la période qui s’écoule du jour où il a reçu du gouvernement français la mission de se rendre en Indochine jusqu’au jour où il y est arrivé.

8 mai 1945 : c’est la victoire !

Pour les bons Français, c’est un grand moment ; pour ceux qui ont combattu, c’est le repos, c’est la détente.
Avec la nostalgie soudaine des heures glorieuses qu’ils viennent de vivre, les soldats se tournent déjà vers les occupations pacifiques, la famille, les plaisirs de chaque jour, bref, vers la vie normale, qu’ils apprécieront  d’autant plus qu’ils en ont été plus longtemps privés.
Mais le général Leclerc est d’une autre trempe. Les honneurs ne l’intéressent pas.
Le repos, l’a-t-il mérité? Il sent tout de suite que la tâche n’est pas terminée.
En Extrême-Orient, la lutte continue, et il reste une terre française à libérer : l’Indochine.
Refusant tous les postes qui lui sont proposés, il demande à prendre le commandement du corps expéditionnaire. Il demande…, il insiste.
Le 29 mai, il obtient satisfaction. S’il pressent les difficultés innombrables et de tous ordres qui vont s’opposer au retour de la France, il sait aussi qu’il est le plus apte à les surmonter. Les bases de ce corps expéditionnaire ont été jetées dès Alger par le général de Gaulle.
Qu’existe-t-il au 29 mai? Cinq cents hommes à Ceylan, la Ire D. C. E. 0. ou 3e D. I. C. en formation en France, aucun armement, pour ainsi dire aucun matériel. En quarante-huit heures, le Général a formé l’ossature de son état-major, qui s’installe rue François-Ier. Dès le 7 juin, il envoie son chef d’état-major à Washington prendre un premier contact avec les Américains : en même temps, il détache dans toutes les unités en formation des officiers qu’il a choisis dans sa division et qui vont diriger, accélérer l’instruction de la troupe. La 9e D. I. C., en occupation, est désignée pour être la 2e division du corps expéditionnaire. Le 30 juin, le Général fait sa première inspection dans le Midi. Aux troupes de la 3e D. I. C., un peu oubliées, un peu sceptiques sur un emploi qu’elles attendent depuis quelque temps, il apporte la certitude du combat, la foi dans la tâche à accomplir, il apporte son prestige, il apporte une âme.

Durant ces jours, son activité est inlassable ; il voit es ministres, les chefs d’état-major, les commandants le division, toutes les administrations qu’une telle expédition met en cause, il arrache un régiment par-ci, du matériel par-là, il étudie, il réfléchit, voit tous es volontaires… assiste aux conférences de l’Ecole les Langues orientales.

Le 10 août, le Japon capitule ; il faut faire vite. Le 15 août, le Général est nommé commandant supérieur des troupes françaises d’Extrême-Orient. Le départ pour Calcutta est fixé au 18. Des télégrammes partent dans tous les sens pour rappeler les officiers de l’état-major en mission dans toute la France ; un officier part pour Londres chercher des tenues de toile ; on boucle les valises. Le Général est souriant, l’heure de l’action a sonné. Le 18 août, c’est le départ : deux Dakotas d’Air France, onze officiers, quatre sous-officiers, quatre civils, dont M. Mus, actuel directeur de l’École de la France d’outre-mer. Adieux à la France, qu’il faut quitter à peine retrouvée ! On nous charge de lettres pour les Français d’Indochine, de messages, de recommandations…

A Karachi, le Général apprend qu’il est désigné pour représenter la France à la signature de la reddition japonaise et que l’amiral lord Louis Mountbatten, commandant interallié du théâtre d’opérations du Sud-Est asiatique, se trouve à Kandy. Il décide de s’y rendre. Kandy (Ceylan), poste de commandement de l’amiral Mountbatten, à 1.500 mètres d’altitude, au milieu de l’île. Certains en font l’emplacement du paradis terrestre. Déjeuner chez l’amiral. « Voulez-vous que nous parlions demain ? », dit l’amiral. « Ce soir », dit le Général, qui est pressé. Le but est d’obtenir des Alliés le maximum de bateaux pour le transport des troupes, l’équipement des cinq cents hommes de Ceylan, l’équipement de la 36 D. I. C.

Arrivé le 22 à Kandy, le Général en repart le 24 pour Calcutta (2.000 kilomètres), où se trouve un poste de la D. G. E. R. qui a de très sûrs et précieux renseignements sur l’Indochine, y a quelques agents et des liaisons avec Sainteny, parachuté à Hanoï, et Cédile, parachuté à Saïgon. Premier rapport à Paris. Le 25 août, retour à Kandy, anniversaire de la libération de Paris… Quelques souvenirs…

Et, de nouveau, ce ne sont que démarches auprès des Britanniques, pour obtenir des bateaux, des Américains, pour qu’ils équipent les troupes du général Alessandri, repliées en Chine après le coup de force japonais du 9 mars 1945. Il faut toute la puissance de persuasion du Général, tout son acharnement pour obtenir la moindre chose. Aux yeux des Alliés, en effet, rien ne presse ; la guerre est finie depuis la capitulation japonaise, mais, pour nous, elle ne le sera que lorsque nous serons rentrés dans notre dernier territoire, l’Indochine.

Le 29 au matin, départ pour Tokyo dans le York de Mountbatten, bel avion bien aménagé. Durant le voyage, le Général écrit des notes, médite, lit les ouvrages sur l’Indochine, ses mœurs, sa conquête…

Une heure d’escale à Calcutta. Le Général écoute les derniers renseignements, donne ses ordres.

Arrêt d’une demi-journée à Manille ; arsenal gigantesque, navires, aérodromes, matériels, ravitaillement.

Escale brève à Okinawa ; formidable porte-avions, quatre-vingt mille aviateurs ; des navires, des dépôts, des hommes.

Le 31 août, vers 16 heures, arrivée à l’aérodrome d’Atsugi. Une seule division américaine, la ne aéroportée, tient la tête de pont, dix-sept divisions japonaises sont autour ! Entrée pittoresque à Yokohama, en pleine nuit, sous la pluie, dans une vieille ambulance japonaise que chaque cahot risque de laisser en miettes. Entrevue avec Mac-Arthur. Très grand chef, simple, sûr de lui, énergique. Devant l’ampleur et la complexité de la tâche du général Leclerc, il doute un peu du succès. « En tout cas, amenez des troupes, le plus possible de troupes. » Ses pouvo rs de commandant en chef ont cessé à la capitulation ; c’est dom-mage, car il nous aurait sûrement aidés. Il écrira toutefois pour nous appuyer à Washington, en Chine… Ambiance très sympathique à cet état-major américain du Pacifique ; les généraux ont, pour la plupart, fait la guerre de 1914, suivi les cours de nos écoles militaires ; ils viennent de terminer une campagne gigantesque. Ce ne sont pas des politiciens, mais des réalisateurs. Promenade sur les pentes du Fuji-Yama, après avoir enfreint, riant comme un collégien, l’ordre de ne pas sortir de la tête de pont. Joli pays, habitants respectueux, à peine surpris. Tout se passe bien. Déjeuner dans un hôtel rempli d’Allemands réfugiés, un peu ahuris, ceux-là ! Le 4 septembre, départ. Le Général pousse la voiture en panne, rabroue le chauffeur japonais de quelques mots d’arabe ; nous perdons nos bagages, enfin, les voilà, et nous décollons. Mêmes escales qu’à l’aller et, le 6 septembre à minuit, nous nous posons à Calcutta, où l’on ne nous attend pas à cette heure. Le Général prend un taxi, va réveiller le colonel Roos à la D. G. E. R., il veut avoir les derniers renseignements, redonner des ordres. Il ramène le colonel au terrain pour ne pas perdre des minutes précieuses. Il était temps ; nos pilotes, quoique britanniques, commençaient à s’impatienter. Et l’on arrive à Kandy. Le 9, de Kandy le Général va à Singapour, où sera signée la capitulation des forces japonaises du Sud-Est asiatique.

Visite au « Richelieu », contacts avec les officiers et les hommes qui seront des premiers à rentrer en Indochine. Le Général mène tout de front, s’occupe de tout, imprime partout sa marque. Les divers départements ministériels français ont envoyé et continuent d’en-voyer des représentants qui, sans liaisons entre eux, sans ordres de Paris, sont « dans la nature ».

Le Général stimule notre trésorier-payeur en Chine, dirige nos envoyés diplomatiques au Siam, envoie l’un de ses officiers auprès de Tchang Kai Chek, approuve les plans de l’inspecteur des Finances. Les Alliés s’en rendent compte, sont impressionnés, et notre prestige s’en accroît d’autant ; avec lui on sait à quoi s’en tenir. Invité à droite et à gauche, car sa personnalité est attirante, il ne pense qu’au but à atteindre : « Donnez-moi des bateaux. » Cette période chez tous est à l’euphorie, pas au travail, la victoire est encore proche ; il faut secouer tout le monde. Que de démarches, que de colères, que de persuasion cela demande ! Seul, à Ceylan, le Général actionne Paris, Calcutta, l’Indochine…

Pas une fois, le Général ne doute… et pourtant les nouvelles ne sont pas toujours bonnes : la 9e D. I. C., qui doit être la première à débarquer, n’a pas encore quitté la France, les Chinois ne se conduisent pas toujours en alliés, etc. Cependant, il faut faire vite, car le temps travaille contre nous ; tout retard permet aux Japonais et aux révolutionnaires de mettre au point leur organisation, d’alimenter leur propagande.

Conformément aux plans alliés (Conférence de Potsdam) l’Indochine est divisée en deux parties par le i6e parallèle : le désarmement des forces japonaises du Nord est confié aux Chinois ( ?), celui des forces japonaises du Sud, aux Britanniques. Quel effet cette arrivée de troupes étrangères va-t-elle produire sur les Annamites, chez qui une propagande insidieuse développe le thème de notre faiblesse? Ah ! si nous avions des troupes sous la main… et de nouveau, le Général lance des appels, remue tout le monde.

Il obtient du commandement allié qu’aux premières troupes britanniques qui atterriront à Saïgon soit adjoint un commando français de deux cents hommes. Il obtient que l’on actionne Londres pour que soient rendus disponibles les navires nécessaires au transport de la 9e D. I. C. Cette question du shipping est la plus angoissante ; tous les navires alliés sont intégrés dans un pool qui les répartit, et les Américains ont besoin de bateaux pour rapatrier leurs troupes, assurer leurs communications, les Anglais de même, et les Hollandais en veulent pour l’Indonésie. Il faut se battre, il faut arracher bateau par bateau. Dans le même temps, le Général fait parachuter quelques hommes au Laos, intervient auprès des Chinois pour que ceux-ci calment les Annamites qui lancent à la radio des appels à la révolte. Plus la journée a été dure, plus les nouvelles sont alarmantes, plus le sourire du Général paraît libre, plus réconfortant. Quelle solidité, quelle confiance il inspire à tous ! Les « techniciens » indochinois l’abreuvent de bons conseils, de plans séduisants ; le général écoute, réfléchit, ne dit mot ; il verra sur place.

Début octobre ; le Général décide sans plus attendre d’aller à Saïgon. La révolte couve, les escarmouches sont quotidiennes, nos compatriotes n’en peuvent plus. La vue du Général, la certitude qu’il est là, avec eux, leur redonneront courage. Le départ a lieu le 3 octobre, les Anglais ont enfin promis des bateaux pour la 9e D. I. C., nous en connaissons les noms, les dates de disponibilité. Il est décidé que l’équipement de la 3e D. I. C. sera prélevé sur le matériel britannique déjà dans le Sud-Est asiatique. Escale à Calcutta, dernier télégramme pour aiguillonner l’arrière. Le 4, escale à Rangoon.

Le 5 au matin, départ pour Saïgon. Le Dakota qui nous emmène (le seul avion que nous ayons) est trop chargé et a beaucoup de mal à décoller. A 15 h. 30, atterrissage à Tan-Son-Nhut, aérodrome de Saïgon. A 16 heures, le Général se met au travail dans le palais du Gouvernement général.

C’est une nouvelle période de son œuvre indochinoise qui commence.

A cette date, se trouvent à Saïgon les cinq cents hommes des commandos du 5e R. I. C., quelques sections débarquées des navires de guerre, quatre cents hommes valides des anciennes troupes d’Indochine que l’on vient de réarmer, c’est peu ! Les premiers volontaires de la 2e D. B. arriveront fin octobre, les premiers détachements de la 9ème D. I. C., mi-novembre, les premiers avions, fin novembre. Le corps expéditionnaire ne sera au complet que dans six à sept mois. Le pays est plus grand que la France ; les Chinois en occupent le Nord, les Britanniques, le Sud.

Il y a 1.200 kilomètres de Sai’gon à Hanoï, 12.000 de Marseille à Saïgon. Les difficultés ne sont donc pas terminées, les obstacles ne sont donc pas tous franchis. Mais, arrêtons-nous et faisons le point. Parti de France le 18 août 1945, avec un simple ordre de mission, sans troupes, sans avoir jamais vu l’Extrême-Orient, sans aucun renseignement sérieux sur ce que peut êlre la situation générale en Indochine, le général Leclerc quittait Kandy le 3 octobre, à peine six semaines après, ayant imposé la présence de la France aux Alliés, acquis les connaissances nécessaires, formé son jugement, posé le problème, étudié les diverses solutions. Par son action indirecte en France, il avait donné une forme, un esprit aux unités disparates du corps expéditionnaire. Par son action directe sur place, il avait obtenu un plan précis de transport de ces unités de France en Extrême-Orient. Il en avait organisé l’équipement. Il avait réalisé l’armement des détachements présents. Laissant à Ceylan son sous-chef d’état-major, comme il avait laissé en France son chef d’état-major, pour assurer ses arrières, ses lignes de communications, il partait de l’avant, ayant résolu, en un minimum de temps, des quantités de problèmes à peine entrevus trois mois auparavant.

La machine était lancée.

Cette première victoire de la France, de combien de victoires quotidiennes était-elle faite? Et c’est bien, en effet, une victoire de la France, car il est certain que seulement deux mois plus tôt personne en Extrême-Orient — les Français mis à part — ne croyait à un retour possible.

Dans le très beau discours qu’il a prononcé lors des obsèques nationales du général Leclerc, discours qui nous a particulièrement touchés, M. Teitgen, ministre des Forces armées, parlant de la mise sur pied de la 2e D. B., disait : « C’est ainsi qu’il a déployé tous ses dons, tout son cœur, à préparer un merveilleux outil de précision… Cette victoire faite de ténacité, de méthode, d’action sur les hommes, ne porte aucun nom de lieu ; mais, c’est peut-être par excellence la victoire de Leclerc. » Je crois que ces paroles si justes s’appliquent exactement et de la même façon aux combats qu’a menés le général Leclerc jusqu’à son arrivée en Indochine. Elles sont la meilleure conclusion à ces quelques pages. Si la France est rentrée en Indochine, c’est d’abord et avant tout au général Leclerc qu’elle le doit.

Commandant LANGLOIS

Le retour de la France en Cochinchine.

Le retour de la France en Cochinchine

 

La guerre n’est pas finie en Extrême-Orient, les Japonais occupant de fait l’Indochine française depuis le coup de force du 9 mars 1945. Le nationalisme s’y est développé pendant la guerre, avec la création de la Ligue pour l’indépendance du Vietnam, dirigée par Hô Chi Minh.

Le général de Gaulle désigne le 29 mai 1945, le général Leclerc, chef du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient pour participer sous commandement américain. aux opérations dans le Pacifique où les Japonais mènent un combat jusqu’au-boutiste. Entre temps, les bombes atomiques lâchées par les Américains sur Hiroshima (6 août) et Nagasaki (9 août) contraignent l’empereur Hiro Hito à demander l’armistice. Leclerc représente la France à la signature de la capitulation japonaise le 2 septembre 1945. Le même jour, Hô Chi Minh, chef du Vietminh, en profite pour proclamer l’indépendance de la République du Vietnam.

Entre temps à son arrivée à Ceylan le 22 août, Leclerc a eu connaissance des résultats de la conférence de Postdam, qui a réuni du 17 juillet au 2 août, Américains, Anglais et Soviétiques. Y est décidé le partage de l’Indochine en deux zones d’occupation de part et d’autre du 16ème parallèle, au nord les Chinois, au sud les Britanniques, pour combattre les Japonais. La France se trouve ainsi évincée de sa colonie. La Grande-Bretagne ne s’oppose pas au retour de la France à la différence des Chinois. Leclerc entreprend, avec l’aide des Anglais, la reconquête de la Cochinchine.

Le Corps expéditionnaire y rétablit l’ordre et l’autorité française. A Saïgon, le général Leclerc accueille, le 15 octobre, l’amiral Thierry d’Argenlieu, nouveau haut-commissaire, son supérieur hiérarchique. A la fin de l’année, la Cochinchine et l’Annam sont pacifiés.

Le Tonkin

 

 Le Tonkin

 

La reconquête du Tonkin apparait plus délicate car il faut négocier avec les Chinois le retrait de leurs troupes hostiles aux Européens et trouver les termes d’un accord avec Hô Chi Minh dont le pouvoir révolutionnaire est solidement implanté. Le 20 janvier 1946, le général de Gaulle a quitté le gouvernement en recommandant à d’Argenlieu de maintenir ” le cap “.

Leclerc, haut-commissaire par intérim depuis le 13 février, presse Jean Sainteny, commissaire de la République au Tonkin de conclure un accord avec Hô Chi Minh en vue de débarquer les troupes françaises à Haïphong, le 6 mars, à cause des impératifs de marée. Le général Leclerc en a informé le Gouvernement et d’Argenlieu à Paris qui l’ont autorisé à lancer l’opération militaire. Les Français obtiennent des Chinois de Tchang Kaï-Chek qu’ils retirent leurs troupes pour la fin mars en échanges des concessions de Shangaï et Canton et de l’obtention d’une zone franche à Haîphong et d’avantages commerciaux au Tonkin.

L’accord signé le 6 mars 1946 entre Hô Chi Minh et Sainteny doit mettre fin à la guérilla dans tout le Vietnam, reconnu comme un Etat libre dans le cadre de l’Union française. Il est complété par une convention miliaire qui limite les effectifs français à 15000 hommes et qui envisage la relève progressive par l’armée vietnamienne dans un délai de cinq ans.

Les premiers éléments français sont accueillis à Haïphong par des tirs de soldats chinois. Ils ne ripostent pas malgré d’importantes pertes, mais réussissent à prendre pied et un cessez-le -feu est conclu. Les Français conduits par Leclerc font leur rentrée dans Hanoï le 18 mars. C’est l’ultime étape de la Libération. L’application de l’accord est difficile car d’Argenlieu veut en limiter la portée et reporte ses espoirs sur la création d’une République autonome de Cochinchine. Le général Leclerc incite l’Amiral d’Argenlieu à poursuivre les négociations, en vain. C’est la rupture entre les deux hommes. En désaccord avec d’Argenlieu sur l’évolution politique de l’Indochine, Leclerc demande au général Juin, chef d’état-major de la Défense nationale, en inspection en Indochine en avril 1946, une autre affectation.

LETTRE DE LECLERC À L'AMIRAL

LETTRE DE LECLERC À L’AMIRAL

 

CEDILLE vous renseignera exactement sur la situation. Voici à mon avis comment elle se présente. Situation dissidents zone Sud.

I- La ville elle-même de Saigon et Cholon est dégagée grâce à l’heureuse action de CEDILLE et du général GRACEY qui ont expulsé le VIET MINH.

II- Les bandes insoumises entourent actuellement la ville à proximité immédiate. Elles occupent une zone dont il est difficile d’évaluer la profondeur mais il est certains que SAIGON a désiré la grande majorité des divers groupements (VIETH MINH, Caodaïstes …)

III- Les bandes sont encore assez mal organisées, indisciplinées, mais de grands efforts sont certainement fait par HANOI pour leur donner directives et union (nombreux messages interceptés).Cette direction d’HANOI tente également de soulever la région de PNOM PENH et NHA TRANG, en un mot les points importants par leur situation politique et la présence de France.

IV- Les dissidents après s’être heurtés à SAIGON simultanément aux Anglais, Japonais et Français se sont rendus compte de leur erreur et essaient maintenant de reprendre la lutte sous une forme légale en séparant le problème français du problème allié comme ils ont pu le faire si facilement dans la zone nord puisque les alliés chinois sont entrés pleinement dans leur jeu.

Mesures prises ou projets

I- Maintenir à tout prix le Commandement britannique dans sa ligne actuelle, à savoir dégagement de SAIGON, utilisation des japonais pour assurer l’ordre dans les points éloignés (NHA TRANG) désarmement des annamites par japonais, groupement des japonais dans le triangle THUDAUMOT, BIEN HOA, SAIGON.

II- Intervention française immédiate au Cambodge (2 Cie aéroportées) et aussitôt après en région de PARKSE, afin de prévenir dans ces points les troubles qui n’ont pas encore éclaté.

III- Dés l’arrivée du groupement MASSU percer la croute de salopards. Nettoyer par petits détachements mobiles une zone minimum de 100 kms de rayon autour de SAIGON et pousser des détachements sur les points capitaux (NHA TRANG, DALAT, PAKSE). Les opérations de police doivent je l’espère au cours du mois de novembre nettoyer sinon tout le terrain du moins les grands axes de la zone Sud du 16ème.

Je vous demanderai d’appuyer des opérations de MASSU par l’exécution d’une politique réelle et effective : mise en place d’administrateurs français et annamites, consultations de notables indigènes … afin de prouver à tout le reste de l’Indochine et en particulier au TONKIN que la déclaration du général de GAULLE du 24 mars n’est pas un simple discours.

Si cette phrase réussit nous pourrons alors passer à la suivante qui sera la récupération de la zone nord. Condition primordiale pour réussir, de l’essence, des avions de transport et du personnel administratif qualifié. Une solution intéressante et rapide pourra être fournie par le CAMBODGE au nouvel ordre Indochinois, le ministre cambodgien de la guerre (anciens combattant 14-18) a vivement insisté pour que son pays ne soit pas rattaché à l’ANNAM.

Sous la protection de la France il désire que son pays soit entièrement séparé de l’Annam. Il est possible d’ici un mois que vous puissiez prendre une solution à cet égard si les choses ne se gâtent pas. Je suis entièrement d’accord avec CEDILLE sur tout ce qu’il vous dira et je me permets d’insister sur le travail qu’il a fait. On peut dire qu’avec l’aide du Général GRACEY c’est lui qui a sauvé SAIGON.

SIGNÉ : LECLERC

Lettre au Haut-Commissaire

LETTRE AU MINISTRE AUX ARMES
COMMANDEMENT SUPERIEUR DES TROUPES FRANCAISES D’EXTRÊME-ORIENT

SAIGON, le 19 novembre 1945
LE GENERAL
N°257/CAB

 

 

Le Général de Corps d’Armée LECLERC Commandant Supérieur des Troupes Françaises d’Extrême-Orient
A Monsieur le VICE AMIRAL D’ESCADRE HAUT COMMISSAIRE DE FRANCE POUR L’INDOCHINE

J’ai l’honneur de vous rendre compte de ce que j’ai été profondément surpris en recevant votre décision n°14/EM/1 portant création d’un ” Comité militaire d’Indochine “, du fait que je n’ai pas été prévenu et consulté avant que cette décision ait été promulguée. Cette décision est, d’ailleurs, en contradiction avec l’Instruction n°4887/201 du Général de GAULLE en date du 16 août 1945 (paragraphe 2), ainsi qu’avec les dispositions de votre note n°8/CAB/MIL- T.S du 27 septembre 1945.
Vous savez parfaitement, ainsi que je vous en ai déjà donné les preuves, que je n’exécuterai aucune opération sans vous en référer, que vous êtes destinataire de tous mes ordres, et que j’opérerai toujours sous votre haute direction. Je le fais depuis deux mois. D’autre part, l’élaboration des plans d’opérations doit dépendre d’un seul de vos subordonnés, et d’un État-major cohérent et fortement constitué, et non d’un COMITÉ. Ce subordonné ne peut être que moi, car, malgré la participation importante de la Marine et de l’Aviation, la prépondérance des forces terrestres amène l’Armée à jouer un rôle capital dans la mission de nettoyage de l’Indochine. Il est indispensable que mon État-major et moi-même puissions avoir la pleine responsabilité de notre travail.
Il est bien entendu – tous ceux qui ont servi sous mes ordres le savent – que je demanderai leur avis aux chefs qui ont à participer aux opérations que je monterai, et que je travaillerai en parfaite liaison avec eux. C’est dans ce sens que j’ai prie l’Amiral GRAZIANI et le colonel FAY de détacher un Officier auprès de mon État-major. Ma coopération avec l’Air, et, au début, avec la Marine, a parfaitement fonctionne. Le principe même de ce Comité détruit, par contre, tout ce qui a été ainsi établi et répond à certains désirs que je connais et que je sens percer, chacun voulant donner son avis : solution inadmissible. Les opérations seront longues, difficiles et surtout menées avec des moyens toujours insuffisants par rapport aux tâches. Dans ces conditions, la moindre DISPERSION du commandement doit, à tout prix, être évitée, les Etats-Majors- Terre, Mer, Air – travaillent en liaison étroite et constante.
J’estime, en conséquence, que les dispositions des instructions précitées, du Général de GAULLE et vous-même, constituent la seule solution acceptable et efficace dans les circonstances actuelles, en ce qui concerne l’organisation et le fonctionnement du Commandement. Je ne peux donc approuver la création d’un organisme qui modifierait non seulement la forme, mais l’esprit de cette organisation. Toutes les fois qu’une difficulté surgirait entre les différentes branches des armées et des organismes civils, et qu’une décision ne pourra-t- être prise à la suite de simple contacts, je demanderais à mon État-major d’étudier la question er les solutions possibles, et j’exposerais le problème soit à vous-même, soit à votre État-major.
Etant l’arbitre, il vous appartiendrait de prendre la décision, après avoir convoqué les intéressés, si vous l’estimez nécessaire. Cette solution ne présente pas l’inconvénient d’un Comité qui, d’ores et déjà, pose le principe de l’autorité du Commandement lui-même.

DÉCISION DU 13 NOVEMBRE 1945

DÉCISION DU 13 NOVEMBRE 1945
HAUT-COMMISSAIRE DE FRANCE POUR L’INDOCHINE

État-major Particulier
SAIGON, LE 13 NOVEMBRE 1945

 

DECISION

OBJET : Comité Militaire pour l’Indochine

REFER. : Décret du 17 Août 1945 et Instruction n°4887 du 16 Août du président du gouvernement provisoire de la République.

1. Il est crée un Comité Militaire pour l’Indochine

2. Sous la présidence du Haut-commissaire de France, Commandant en Chef, il est composé des membres permanents suivants :
Vice président : Général Commandant Supérieur les Troupes en Extrême-Orient.
Membres: Vice-amiral commandant les Forces Navales en Extrême-Orient.
– Contre-amiral commandant la Marine en Indochine,
– Général de Brigade aérienne Commandant l’Air en Indochine,
– Colonel Commandant les Forces Aériennes engagées,
– Le chef d’État-major Particulier du Haut-commissaire.
Le Comité peut-être assisté, à titre consultatif, par d’autres personnalités civiles ou militaires.

3. Le Comité Militaire pour l’Indochine ont chargé :
– D’étudier les problèmes d’organisation militaire ;
– D’émettre un avis sur le plan général d’action militaire et l’emploi coordonné des Forces Terres, navales et aériennes ;
– D’examiner les projets comportant des incidences d’un ordre militaire et civil.

Le comité se réunira sur convocation du président.

LETTRE À L'AMIRAL DU 26 NOVEMBRE 1945

 

LETTRE À L’AMIRAL DU 26 NOVEMBRE 1945

Le 26 Novembre 1945
Lettre à l’Amiral

Je tiens à vous écrire ces quelques mots à la suite de l’entretien que vous m’avez accordé.
Vous m’avez déclaré que ma première réaction était toujours défavorable, à l’occasion des mesures de commandement que vous preniez. Je suis certain que cette parole a dû dépasser votre pensée et je ne voudrai à aucun prix que cette impression puisse vous gêner le moins du monde dans l’action difficile que vous entreprenez pour sauver l’Indochine.
Si j’ai insisté pour vous signaler les dangers d’un comité de guerre, c’est en raison de la complexité de la situation militaire. La nature des fronts, la mise en oeuvre des moyens terrestres, maritimes et aériens, étroitement mélangés, exigent que le Haut-Commandement soit aussi simplifié que possible. La moindre formalité qui retarde de quelques heures une décision ou un ordre se traduit pour les troupes par un surcroit de fatigue, un emploi malheureux et des pertes.
Si mon désir est de vous aider au maximum dans votre tâche, j’estime que la manière optimume d’attendre le but recherché consiste, de notre part, à clarifier, à simplifier les contacts, les liaisons entre les divers État-major.
Je vous demande instamment de diriger les efforts de chacun dans ce sens, étant toujours bien entendu que, de mon côté, je n’agirai qu’en plein accord avec vous et après vous en avoir référé pour toutes les questions importantes.
Mais, avant tout, notre rôle consiste à commander et à agir vite ; il est inutile et pénible de passer de précieuses heures à résoudre des difficultés entre Etats-majore alors que nous avons suffisamment avec nos adversaires et mêmes nos alliés. Dans cet ordre d’idée, je ne vois aucun inconvénient à une réunion aussi proche que possible du Comité afin de préciser certains points, certaine méthodes de travail et de rendre ainsi notre tâche plus claire et plus facile.

 

Lettre au Général Leclerc-17/10/1946

LETTRE AU GÉNÉRAL DU 17 OCTOBRE 1945
HAUT-COMMISSARIAT DE FRANCE POUR L’INDOCHINE

Cabinet Militaire N°208
Chandernagor, le 17 octobre 1945

Mon cher Général,
Je vous envoie le Général ALESSANDRI avec lequel je me suis entretenu longuement de la situation au TONKIN.
Il m’a fait bonne impression : selon lui, le choix de SAINTENY était le meilleur.

Il a compris et pris de façon parfaite la décision le concernant. Le Général SALAN, enfin accorde, m’est arrivé hier. Je l’ai vu longuement lui aussi. Je vais les diriger vers vous ; ALEXANDRI d’abord, SALAN ensuite.
Je vous demande de me faire savoir vos intentions quant à leur affectation.
Voici pour moi les tâches éventuelles.

1) Commandement des Forces Françaises actuellement en CHINE, en vue de les prendre en main et de les conduire en territoire français. Nous avons eu les accords de principe à TCHUNGKING. Le groupe des Français, Laotiens, Mois (3.000 environ) doit venir au nord de LUANG-PRABANG. Le groupe des Annamites (2.000 environ) doit venir dans le premier territoire militaire parmi les Thos qui réclament des Autorités Françaises. Une masse de manoeuvres solides au Nord du LAOS en imposerait aux chinois plus que des groupes épars. Cette masse absorberait ultérieurement les 3.000 Français utilisables de la Citadelle d’HANOI. …/…

2) Commandement éventuel, sous votre autorité, dans le sud de l’INDOCHINE.

3) Délégation militaire auprès de l’amiral MOUNTBATTEN.

4) Mission d’un mois environ du Général ALESSANDRI aux États-Unis pour mener une action précise, ferme, documentée sur le plan de l’Information er de la Propagande auprès de l’opinion publique américaine. Je pense que l’on obtiendrait des résultats substantiels sur cette opinion déformée par les récits fantaisistes de leurs correspondants et agents divers.

Le Général ALESSANDRI accepterait volontiers.

II- Les négociations de TCHUNGKING : ensemble satisfaisant Vous avez eu mon compte-rendu. J’ai laisse le Colonel DE CREVECOEUR continuer sa tâche précise. Il est bon qu’il connaisse d’expérience ce que sont les pourparlers avec les Autorités Chinoises.

III- Situation dans le Sud J’ai bien reçu votre note qui me fait voir les choses comme elles sont.

IV- Mon arrivée a SAIGON J’arriverai à la fin de la semaine prochaine, je vous préciserai le jour.

V- PARIS m’annonce l’envoi de six Dakotas neufs. Je viens d’en acquérir trois ici. J’ai acquis, également, quatre FAIRCHILD (4 places). Les équipages sont demandés au Colonel FAY que j’envoie à PARIS, comme vous m’avez demandé.

VI- Au point de vue de la politique générale, nous agissons pour faire taire HANOI. L’on y continue les contacts avec le VIET-MINH pour gagner du temps. La commission mixte va fonctionner. Le Général LOUHAN n’est plus très solide.

Thème d’information et de propagande : Sous le slogan ” Indépendance ” au nom des grands principes le Viet Minh en fait constitue un mouvement totalitaire : (jeunesse fanatisée, chemises vertes, armées…).

Ils bousculent les fonctionnaires et par leur violence sèment le désordre, l’insécurité, la crainte. Radio Hanoi parle à la manière Hitler à NUREMBERG. Le Viet Minh rompt unilatéralement les traités avec la France. Tout ceci est absolument contraire à la charte de l’Atlantique et à la charte des Nations-Unies dont il ne cesse de se réclamer.
A très bientôt
Je salue nos morts du Jour dernier
Mon amitié fidèle

Général d’ARGENTIN

LETTRE AU MINISTRE AUX ARMÉES DU 14 JANVIER 1946

LETTRE AU MINISTRE AUX ARMÉES DU 14 JANVIER 1946

SAIGON, le 14 Janvier 1946

 

Monsieur le Ministre,

Je me permets de vous adresser cette lettre afin de vous exposer la situation actuelle en Indochine.
Dans le sud de la COCHINCHINE, malgré une résistance très bien organisée, nécessitant des combats et des opérations de nettoyage importants, la pacification progresse bien. Néanmoins de nombreux pirates ou anciens bagnards, n’ayant aucun intérêt à se soumettre et terrorisant la population, restent encore dans cette zone et nécessiteront le maintien d’effectifs assez importants en vue de maintenir l’ordre et la confiance des habitants.
Dans le Sud-ANNAM, les troupes vont procéder à l’extension de la zone pacifiée, dans le but de protéger la population française et les plantations, et de libérer nos communications avec l’ANNAM.
La question cruciale reste celle de l’Indochine du Nord où la situation s’aggrave de jour en jour. Tout retard à notre réinstallation au TONKIN permet l’amélioration de la situation des rebelles (armement, position politique, mainmise, économie) et accroit le caractère d’otages des Français qui, journellement, sont bafoués, assassinés, kidnappés. Le problème chinois est capital.

Les buts de la CHINE, bien que noyés dans toutes les politesses diplomatiques, sont que trop évidents.
Les chinois n’hésiteront pas – et ils commencent à le prouver – à tolérer, voire même à provoquer, toutes les atteintes possibles à notre prestige et à la sécurité de la population.
Le TONKIN, à un degré plus important que toute autre partie de l’INDOCHINE, est un lieu où convergent et jouent des intérêts internationaux plus ou moins cachés (U.R.S.S, CHINE, U.S.A). Notre position internationale en Extrême-Orient dépend en grande partie de notre rétablissement dans cette contrée.
Il importe pour nous d’agir vite et en force. C’est ce que je me suis permis d’indiquer au Général de GAULLE par l’intermédiaire du Général VALLUY.

Pour intervenir au TONKIN, du point de vue militaire, quatre facteurs interviennent : – Effectifs – Matériel – Avions – Bateaux

EFFECTIFS

Actuellement, dans sa constitution présente, le Corps Expéditionnaire comprend :
– 2 Divisions (9éme D.I.C et 3éme D.I.C)
– I Brigade d’Extrême-Orient (En cours d’organisation puisque toute la troupe noire est restée à MADAGASCAR.)
– Troupe de CHINE et d’INDOCHINE du Nord (Représentant 7 bataillons de valeur variable)
– Quelques éléments territoriaux
– E.O.C.A
Cet ensemble correspond à peine à 3 Divisions

Si on tient compte du fait que nous n’avons pas seulement en face de nous des Indochinois, mais des Japonais et des Chinois, et que les dimensions de ce pays sont une fois et demi celles de la France avec une population très dense, j’estime- et ceci correspond également à l’avis d’autorités anglaises qualifiées- que nous devons mettre en action en Indochine 4 divisions avec des services importants pour assurer leur vie, leur ravitaillement, leur soutien. Le général VALLUY vous justifiera d’une manière concrète cette estimation.

Il est en effet nécessaire :
– De maintenir en COCHINCHINE la valeur d’une division
– De disposer de 2 Divisions pour le TONKIN (région D’HANOI et du DELTA – à l’exclusion des Haute et Moyenne régions)
– De pouvoir mettre en action des éléments mobiles représentant la valeur d’une Division pour agir sur les centres principaux d’ANNAM, au LAOS et assurer la réoccupation des provinces prises par le SIAM.
Mais, le facteur ” temps ” est primordial, car plus on attend, plus la situation politique devient tendue, et moins notre souveraineté et notre puissance s’affirment avec force. D’autre part en raison des maladies et des pertes, dont l’effet commence à se faire sentir, des unités qui arriveraient seulement dans quelques mois constitueraient, en fait, une relève et un non renforcement.
Plus vite nous amènerons des forces en nombre important, plus intense et brutal sera notre effort, plus rapidement le problème sera résolu et plus rapidement aussi nous pourrons remettre à la disposition de la Métropole le personnel qui ne sera pas strictement nécessaire à l’occupation territoriale, une fois les opérations terminées. La meilleure solution – somme toute la plus économique et la plus efficiente- consisterait à affecter immédiatement une division bien organisée avec tous ses services et à la transporter dans les plus brefs délais.

MATÉRIEL

En ce qui concerne le matériel, tant pour la 9éme D.I.C. que pour le Groupement de Marche de la 2eme D.B., nous sommes ” à bout de souffle “. Ces véhicules ont participé à toutes les campagnes de France et d’Allemagne. Les circonstances nous ont imposé de les embarquer dans l’état où ces unités se trouvaient. Nous n’avons pas de matériel de rechange. Les camions et les chenilles sont complètement usés. Or les routes sont longues et mauvaises, le pays est immense, les convois doivent circuler pour assurer le ravitaillement et, en même temps il faut combattre ; nous avons besoin de disposer d’éléments très mobiles et surs, sinon nos troupes sont l’objet d’embuscades incessantes.
Je joins donc à cette lettre une fiche concernant le matériel de ” maintenance ” qui nous est nécessaire.

AVIONS

Tant pour nos opérations du TONKIN et du LAOS, que pour protéger les populations françaises de VINH et de HUE (un millier environ dans chaque ville) un minimum de 60 avions de transport nous serait indispensable.
En l’absence de ces avions, nous serons obligés d’abandonner la protection des Français d’ANNAM. Ce chiffre de 60 peur paraitre énorme en regard de nos disponibilités. Je me permets de vous indiquer, par comparaison, que, en CHINE, les Américains mettent en action chaque jour 100 avions transportant des troupes. Je demande que tout soit mis en oeuvre pour nous donner les avions demandés-notamment les Junkers précédemment prévus et qu’ils soient dirigés sur notre théâtre le plus rapidement possible, même si on ne peut les affecter que pour un temps limité.
La encore le facteur ” rapidité ” est capital

BATEAUX

La question du shipping pour le transport des troupes et du matériel, et celle de la mise à notre disposition de bateaux de débarquement revêtent une importance telle que je permets une fois de plus, d’insister. C’est le but de la fiche technique jointe.
Au problème technique est associé également le problème moral. Nos hommes ont un état d’esprit excellent, une ardeur et une combativité dignes d’éloge. Même les plus tièdes se sont rendus compte – comme nous tous – sur place de la grandeur et l’ampleur de l’oeuvre française en Indochine et de la nécessité de nous maintenir en de pays.
Mais le moral ne tient que si les hommes se sentent bien équipés et bien ravitaillés. La qualité de leurs efforts est donc aussi liée au problème de matériel. Tous nos efforts-troupes à terre, matériel, avions, bateaux, moral-doivent être conjugués. De la solution rapide de ces problèmes et de la mise en oeuvre immédiate de ces moyens dépend le rétablissement de la position Française en Indochine et même, par voie de conséquence dans tout notre empire.