Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

Création de la 2e DB – 24 août 1943

Naissance de la 2e DB

 

 

La “Force L” en Tunisie

février-juin 1943

 

Après avoir abandonné le commandement des troupes de l’Afrique française libre au général Marchand, Leclerc rencontre à Ghadamès le général Delay, commandant le front Est-saharien du Sud algérien : c’est la première liaison des FFL et de l’armée d’Afrique (2 février 1943). Dix jours plus tard, la “Colonne Leclerc” devient “Force L” (comme Leclerc) dans le cadre de la 8e armée britannique.

Le 20 février, jour où Rommel s’empare de Kasserine, Leclerc parvient à Ksar Rhilane ; sa mission est de couvrir le flanc gauche de la 8e armée britannique, qui contrôle Tatahouine et Medenine. Quatre jours plus tard, le BIMP (1re DFL) prend position dans le secteur. Dans les premiers jours de mars, Rommel lance l’opération Capri, destinée à reprendre Medenine et à atteindre le golfe de Gabès ; il est repoussé par les Alliés et subit des pertes importantes. La Force L – rejointe par le “Colonne volante” – est violemment prise à partie à Ksar Rhilane, mais elle résiste vaillamment – avec l’appui de la Royal Air Force.

Rommel, partisan d’évacuer la Tunisie, est remplacé par le général von Arnim, mais celui-ci ne parvient pas à renverser le cours des événements. Le 20 mars, Montgomery passe à l’offensive sur la ligne Mareth ; il se heurte à une vive opposition ennemie, qui l’oblige à un manœuvre de débordement, appuyée par plusieurs groupements de la Force L.

Huit jours plus tard, la prise de Gabès par Leclerc obligera les Allemands à décrocher et permettra aux Américains du général Patton de reprendre Gafsa. Le 2 avril, Leclerc rencontre Giraud à Gabès : il tente vainement de le persuader que seul de Gaulle peut réaliser l’union de tous les Français.

La Force L entre à Kairouan le 12 avril. Jusqu’au bout, les forces de l’Axe opposeront aux Alliés une résistance acharnée, mais l’issue des combats de peut faire de doute. Tunis et Bizerte sont libérées le 7 mai ; le 20, Leclerc participe au défilé de la victoire à la tête d’un détachement de tirailleurs. Il est nommé général de division le 25 mai ; le 30, la Force L devient officiellement 2e DFL. Giraud, qui possède encore le commandement militaire en Afrique du Nord, décide de renvoyer en Libye cette unité beaucoup trop “gaulliste” à ses yeux (10 juin 1943).

Formation de la 2e DB au Maroc (juillet 1943-avril 1944) :

Leclerc va profiter de ce séjour forcé au camp de Sabratha pour réorganiser sa division et surtout l’étoffer avec de nouvelles unités, prélevées sur l’armée d’Afrique ou constituées par de jeunes évadés de France, arrivés par l’Espagne. Malgré tous ses efforts, ses effectifs demeurent modestes (moins de 4.000 hommes, alors qu’une division classique en compte quatre fois plus !), mais cette insuffisance numérique est compensée par le prestige dont jouissent “l’armée Leclerc” et son chef depuis l’affaire de Koufra.

[justify]Le 13 août, entre deux missions à Alger et au Maroc, Leclerc confie à ses subordonnés : “Pendant trois ans, dans notre coin, nous avons représenté la France au combat et tenu son épée. Aujourd’hui, l’armée française reprend la lutte, notre mission est terminée. Nous avons été le trait d’union. Il ne nous reste plus qu’à rentrer dans cette armée puisqu’elle est décidée à combattre. (…) Il convient toutefois de conserver intact l’esprit de la France Combattante car il a fait ses preuves et représente l’esprit de la France.”

Le 24 août 1943, la 2e DFL devient officiellement la 2e division blindée (2e DB), sur le modèle des brigades américaines, avec des Combat Command (groupements tactiques), formations interarmes adaptées aux conditions du combat. Leclerc souhaite faire de sa division un symbole de l’unité nationale, sous l’autorité du général de Gaulle, chef suprême et unique de la France Combattante. En septembre, la 2e DB est regroupée au camp de Temara (Maroc), où elle va parfaire son entraînement et compléter ses effectifs jusqu’en avril 1944. A partir du 10 avril, elle commence à quitter le Maroc pour l’Angleterre, où elle est affectée à la 3e armée américaine de Patton.

(Source : www.france-libre.net)

 

 

 

 

 

Le 24 août 1943, sous l’impulsion du général Leclerc, le général de Gaulle et le « Comité français de libération nationale d’Alger » créent la 2ème division blindée, selon le modèle des divisions américaines, dans le cadre de la réorganisation de l’armée d’Afrique. « La constitution de la 2′ division blindée fut ma plus belle victoire » dira plus tard Leclerc.

Elle compte 16000 hommes entièrement équipés par les États-Unis et 4 000 véhicules américains, dont les chars Sherman.

Elle quitte ainsi l’appellation « 2′ division française libre » donnée par le général Giraud après la libération de Tunis.

Elle rassemble des soldats d’origines diverses : des marsouins du Tchad, des spahis d’Egypte, des compagnies de chars reconstituées en Angleterre, des régiments entiers d’Afrique du Nord et une unité de fusiliers marins.

Des volontaires venus du monde entier rejoignent aussi la 2e DB pour se battre : jeunes gens et cadres de métropole, réchappes des prisons espagnoles; corps-francs d’Afrique ; jeunes femmes arrivant des États-Unis avec leurs ambulances, …

Tous ces éléments ont donc été rassemblés au cours du mois de septembre 1943 dans la forêt de Temara près de Rabat.

Le reste de la préparation est effectué à Dalton Hall, dans la campagne anglaise du Yorkshire,
en vue de la grande opération « Overlord », le débarquement en Normandie.

 

 

 

 

L’ARTISAN DE LA 2e DB

(Sources : Mémorial Maréchal Leclerc de hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

Créée le 24 août 1943, la 2e DB (division blindée) est constituée d’hommes et de femmes venant d’horizons multiples, d’opinions politiques et religieuses diverses. Aux Français libres d’origine se joignent des spahis d’Egypte, des compagnies de chars reconstituées en Angleterre, des unités entières d’Afrique du Nord (12e régiment de chasseurs d’Afrique, 12e régiment de cuirassiers), une unité de fusiliers marins, deux groupes d’artillerie. Des volontaires sont venus de nombreux points du monde, des évadés de France par l’Espagne (près de 3 000), des Corses, des prisonniers de guerre évadés par la Russie, des Alsaciens-Lorrains, des hommes du Corps Franc d’Afrique, des républicains espagnols, des quakers, objecteurs de conscience qui intègrent le bataillon médical. Des femmes, venant des Etats-Unis avec leurs ambulances, forment le groupe Rochambeau, en souvenir de l’aide du général français lors de la guerre d’indépendance américaine, et des Marinettes, conductrices appartenant à la marine française. 3 600 soldats originaires d’Afrique noire, d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, illustrent l’importance de la contribution de l’Empire à la libération de la France. Fin avril 1944, la 2e DB (environ 15 000 hommes) est acheminée dans le sud de l’Angleterre où sont concentrées les troupes alliées (Américains, Anglais, Canadiens, Polonais, Belges, Néerlandais, Tchécoslovaques). Tous ces hommes se préparent à débarquer en France. Lors d’une prise d’armes, à Dalton Hall, le 3 juillet 1944, le général Koenig remet leurs drapeaux aux unités et Leclerc fait distribuer à chacun l’insigne de la 2e Division blindée.

 

 

 

 

Un mot sur la façon dont les unités se sont retrouvées
pour former la 2e Division blindée

 

Extrait de LA 2e DB – Général Leclerc – Combattants et Combats – EN FRANCE

 

 

Chargé par le général de Gaulle de rallier le Cameroun, le colonel Leclerc débarque à Douala en 1940 avec vingt-deux compagnons (quelques-uns comme le capitaine Quiliquini sont encore à la Division). Dans la nuit du 26 au 27 août, ils passent la barre en pirogue, doivent eux-mêmes entrer dans l’eau, et la première chose qu’ils cherchent à terre sont des vêtements secs.

A Douala se trouvent le commandant Dio, qui vient de Fort-Lamy avec un détachement du Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad. Épaulé par lui, le coup de force réussit. Leclerc prend le commandement militaire du territoire, qui est tout entier rallié le 29 août. Le i” septembre, le capitaine Dronne part pour la première liaison avec le Tchad, qui, lui, s’est rallié le 26 août.

Le général de Gaulle arrive à Douala le 8 octobre. Avec lui, outre la légion, qui ira ensuite en Abyssinie, débarquent les douze chars du futur JQI. Ces troupes participent aux opérations que les hésitations du gouverneur Masson rendent nécessaires au Gabon et qui se terminent par la prise de Libreville.

Le colonel Leclerc gagne alors le Tchad, où il prend à la fois le commandement militaire et celui du K.T.S.T. A côté de quelques fidèles du Cameroun qui l’ont suivi, comme Geoffroy, qui tombera en Lorraine, il trouve sur place les d’Ornano, les Guillebon, les Massu et tous les autres, qui sous son impulsion se mettent à la tâche. Ils amalgament des Camerounais, des unités prélevées sur l’Oubanghi, le Moyen-Congo, le Gabon, auxquels se mêlent des volontaires arrivés d’Angleterre et de Syrie.

Ils drainent toutes les ressources matérielles de l’Afrique, reçoivent de l’extérieur un appoint qui une fois débarqué nécessite un long et laborieux acheminement. Crépin, l’artilleur de la côte, jette les bases de ce qui deviendra le 3e Régiment d’Artillerie coloniale, puis toute l’Artillerie de la Division et Dio forme le Régiment de marche du Tchad, tous deux issus du R.T.S.T.

La colonne, qui s’est fait un embryon de génie et de services, combat et traverse le Sahara. Venue de Syrie, la colonne volante se fond à elle en Tripolitaine : elle formera alors le Ier Régiment de marche de Spahis Marocains et le joie Régiment de chars de combat.

Après la bataille de Tunisie, tous ces éléments se regroupent à Sabratha, en Tripolitaine. Ils forment alors la 2e Division Française Libre, dont le Génie vient de Beyrouth avec le commandant Gravier. Elle est bientôt transportée au Maroc pour y former la 2e Division blindée.
Pour cette croissance, qui va se faire entre une plage et une forêt, à Témara, au sud de Rabat, elle va voir arriver des camarades qui se sont battus en Tunisie: le Corps franc, qui avec P«/^ donnera au R.M.T. un troisième bataillon; le 12e Chasseurs, qui en se dédoublant fournit des cadres AU 12e Cuir.; deux régiments d’artillerie, le 64e et le 40e , à qui Crépin va communiquer sa foi et sa solide méthode. Toutes les autres unités et le matériel nouveau indispensables à cette puissante machine arrivent par paquets, les effectifs se complètent des jeunes Français évadés par l’Espagne.

Le colonel Bernard, qui de Brazzaville avait patiemment épaulé ces garçons fous vers le désert, apporte maintenant, comme chef d’état-major, à tant de gens disparates une infatigable et bienveillante intelligence. En avril 1944, au moment d’embarquer pour l’Angleterre , la Division est rejointe par le Régiment blindé de Fusiliers Marins. Le long voyage en convoi à toucher les Acores, puis deux mois et demi dans la magnifique hospitalité anglaise achèvent de mûrir et de souder tous ces hommes : par-dessus les figures de chaque unité, qui n’en restent pas moins bien vives et bien personnelles, la Division, la «• D.B. », prend sa figure propre. Elle est faite, derrière son chef, de la liberté d’esprit qui donne à chacun le sentiment d’avoir accepté une place — et le désir de tenir exactement cette place — au service d’une très grande cause.

R. P.

 

 

 

 

Le creuset - TÉMARA

 

T É M A R A  (MAROC) 1943 – CREUSET DE LA 2e D.B.

LE GÉNÉRAL INGOLD DANS SON OUVRAGE «LECLERC DE HAUTECLOCQUE (JUILLET 1948) PRÉSENTE LA TRANSFORMATION DE LA 2E D.F.L. EN 2E DIVISION BLINDÉE.

«Peu après leur arrivée en Tunisie, le Commandement français en Afrique du Nord décide de refouler en Tripolitaine les FORCES FRANÇAISES LIBRES. En exécution de cet ordre, la FORCE L se dirige sur SABRATHA – ancienne ville
romaine de TRIPOLITAINE. Par ordre du général DE GAULLE, elle devient 2e DIVISION FRANÇAISE LIBRE. La transformation implique une refonte complète, des étoffements considérables et une mise à l’instruction prolongée. Travail immense, car il s’agit de devenir DIVISION BLINDÉE.

* *

Trois ans de faits d’armes sahariens justifient-ils « la sanction de Sabratha » ? LECLERC m’écrit au TCHAD son amertume, ce fut son temps le plus dur. Puis vint l’apaisement, l’exil au désert fécond les caractères et épure les âmes. « En rentrant
l’autre jour, écrit-il, à son frère, j’ai encore vu pas mal de gens. Très bien reçu partout, convaincu qu’il s’en faut de peu pour queces divisions stupides prennent fin. A Alger j’ai vivement appuyé dans le sens unification de l’Armée, et j’ai réussi… »

* *

La quarantaine de SABRATHA s’achève en août 1943; il est enfin décidé d’interrompre l’exil des Free-French, en les ramenant dans les territoires de notre EMPIRE.

Les gourbis, tranchées dans le sable recouvertes de tôles et de palmes, sont quittés sans regret. Cap ouest vers le MAROC.
Deux mille cinq cents kilomètres d’étapes et la Division s’installe à TÉMARA, au sud de RABAT, où elle doit terminer sa mise sur pied.
Témara devient ainsi le coeur de la 2 e D.B. LECLERC a choisi sa région, malgré l’inquiétude de’ certains formalistes qui la trouvaient défavorable au point de vue sanitaire. Il la connaît bien. La mer est proche et RABAT assez loin pour éviter les ennuis d’une grande ville. Il garde de TÉMARA le souvenir de son profil longtemps entrevu quand on vient de RABAT, le grand minaret, les larges murs de pisé d’où s’échappe la floraison très verte de vieux arbres, et vers la mer les longues croupes où abondent les cailles au moment des passages.

* *

On aura une idée de l’ampleur de la tâche nouvelle dévolue au général LECLERC en étudiant le tableau de composition de la Grande Unité motorisée qu’il a pour mission de mettre sur pied. Son encadrement exige plus de spécialistes que le RÉGIMENT DU TCHAD ne comptait en 1940 de TIRAILLEURS SARAS…
Avec ses véhicules de combat, ses Jeep de commandement, ses camions G.M.C. de transport et ses véhicules spéciaux, la 2e D.B. compte près de 3.000 véhicules représentant sur route en ordre de marche une longueur de colonne de plus de 300 kilomètres. Ses effectifs atteignent 16.000 hommes environ.

Quel changement depuis le TCHAD. Les «charrettes à savon» du désert ou de la TUNISIE sont devenues Half-track, Destroyer, Sherrman. Combien vétuste paraîtrait la colonne de Koufra croisée par la 2 e D.B.

Plus d’armement disparate pris à l’ennemi et réparti en butin parfois non sans drame – au soir des combats, mais l’armement le plus moderne et la plus puissante unité aux ordres du plus jeune divisionnaire de l’Armée.

* *

Mais dans l’âme rien ne changera. L’esprit du TCHAD deviendra l’esprit de la 2 e D.B. dont les chars porteront les noms des victoires du FEZZAN ou de la TUNISIE : « MOURZOUK », « KOUFRA », « KSAR-KHILANE »… Mais, si le matériel est « Standard », le problème des effectifs se complique d’une donnée psychologique. Certes, le personnel ne manque pas, mais il s’agit de fondre dans la même unité les anciens du TCHAD et les nouveaux venus. LECLERC réalisera la fusion des esprits et… il fera « l’amalgame ».
« – La 2 e D.B. est la première grande unité dans laquelle se trouvent réunis des Français qui, depuis trois ans, étaient séparés par les circonstances. Je vous demande de réfléchir à l’importance de cette réunion. Notre Pays ne peut plus se payer le luxe de divisions intestines. L’union est plus nécessaire que jamais pour rendre à la France sa grandeur nationale », écrit-il et bientôt, le travail en commun, la camaraderie, la parenté des tempéraments de baroudeurs, car les nouveaux venus sont des volontaires pour la plupart – les uns d’AFRIQUE DU NORD, les autres ÉVADÉS DE FRANCE qui ont connu les prisons d’Espagne : tous, comme ceux du Tchad, sont animés par un ardent désir de combattre, tous ces facteurs joueront dans le sens d’une cristallisation : SYNTHÈSE D’ÉLÉMENTS DE TOUT PREMIER ORDRE.

Comme autrefois l’a fait CARNOT, et comme plus tard le fera de LATTRE, LECLERC poursuit une amélioration de la valeur militaire de l’ensemble en prenant comme base les unités parvenues au niveau le plus élevé, un nivellement sur le haut.
Ainsi verrons-nous souvent à la tête des groupements de la 2 e D.B. les grands anciens du Tchad :

DIO, MASSU, GUILLEBON et tant d’autres…

Le Général, d’ailleurs, fait sa politique personnelle de l’amalgame… le travail de la journée terminé, chaque soir, il invite chez lui des officiers d’unités différentes. Les réunions sont intimes et LECLERC se montre aimable et gai. Il apprend à connaître ses officiers. Entre eux et lui se nouent des liens qui les associent à une tâche commune, la volonté de réussir devient collective et « l’amalgame » se réalise dans le travail quotidien de création de l’outil.

* *
Mais le matériel n’arrive pas. LECLERC s’impatiente. Souvent il se rend à CASABLANCA et bientôt y détache des observateurs chargés de surveiller l’arrivée des bateaux américains et de le renseigner sur leur chargement.

C’est ainsi qu’un jour, un coup de téléphone discret l’avertit de la présence dans le port d’un navire chargé de Sherman, Half-Track,… LECLERC se précipite, offre au commandant américain six cents hommes pour décharger sa cargaison, la met à terre effectivement et entre ainsi en possession d’un matériel destiné à une division sœur: Esprit cavalier teinté de légionnaire, disons esprit du TCHAD. Mépris du formalisme aussi :
«-Plus que partout ailleurs les résultats seront nuls si les différents échelons ne commandent que par le papier ou attendent pour agir de recevoir un ordre ou un papier. Je demande à tous de résoudre les difficultés quotidiennes dans le cadre et dans l’esprit de la mission reçue, de provoquer les ordres nécessaires en signalant à l’autorité supérieure les erreurs ou les omissions».
Un des traits marquants de son caractère.
C’est en évoquant cette époque que le général KOENIG écrit : « Il reçut un matériel solide, flambant neuf, luxe auquel il n’était pas habitué. Du coup il devint odieusement exigeant : il lui manquait toujours quelque chose ; le matériel n’était jamais aussi beau qu’il aurait voulu ; les cadres et les hommes n’arrivaient jamais aussi nombreux qu’il le désirait. L’ensemble devint magnifique : ce fut la fameuse 2 e D.B. ».

Les jours de manoeuvres, quand les véhicules se déploient dans la campagne, LECLERC ressent une joie étrange. «- Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent un jour faire venir la victoire.».
Devant toute cette puissance maintenant à ses ordres, il en évoque une autre, celle de l’ennemi en 1940. La revanche est en vue et, plus le temps de l’action approche, plus grandit son désir d’agir…».

 

 

TÉMARA – L’AMALGAME

 

LE GÉNÉRAL LECLERC FORGE LA REDOUTABLE FORCE DE FRAPPE QUE CONSTITUERA LA 2e D.B.

EXTRAIT DE L’OUVRAGE « POUR COMBATTRE AVEC DE GAULLE »
PAR LE GÉNÉRAL ALAIN DE BOISSIEU.

 

Le 501 e R.C.C. et le Peloton de Protection«-Plus que partout ailleurs les résultats seront nuls si les différents échelons ne commandent que par le papier ou attendent pour agir de recevoir un ordre ou un papier.

Je demande à tous de résoudre les difficultés quotidiennes dans le cadre et dans l’esprit de la mission reçue, de provoquer les ordres nécessaires en signalant à l’autorité supérieure les erreurs ou les omissions».

Un des traits marquants de son caractère.
C’est en évoquant cette époque que le général KOENIG écrit : « Il reçut un matériel solide, flambant neuf, luxe auquel il n’était pas habitué. Du coup il devint odieusement exigeant : il lui manquait toujours quelque chose ; le matériel n’était jamais aussi beau qu’il aurait voulu ; les cadres et les hommes n’arrivaient jamais aussi nombreux qu’il le désirait. L’ensemble devint magnifique : ce fut la fameuse 2 e D.B. ».

Les jours de manoeuvres, quand les véhicules se déploient dans la campagne, LECLERC ressent une joie étrange.
«- Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent un jour faire venir la victoire.».
Devant toute cette puissance maintenant à ses ordres, il en évoque une autre, celle de l’ennemi en 1940. La revanche est en vue et, plus le temps de l’action approche, plus grandit son désir d’agir…»

«Depuis un siècle et même plus, lit-on dans l’historique de la Division LECLERC, jamais vit-on pareille mosaïque de peuples, de races, de religions, de convictions politiques, Français des F.F.L. de la première heure, ralliés de Syrie, hommes venus du Tchad, du Sénégal ou de Guinée, Libanais, Tunisiens, Algériens, Marocains, Noirs d’A.E.F., Indiens des Comptoirs, Étrangers au service de la France, Catholiques, Protestants, Juifs, Musulmans, Libres penseurs, Quakers, mais tous unis dans le désir de libérer la France de l’occupant allemand. »

A titre d’exemple dans un régiment de chars où j’eus l’honneur de servir comme le 501 e R.C.C., la première compagnie avait commencé sa carrière en NORVÈGE; puis, ralliée aux F.F.L., elle avait été commandée successivement par les capitaines
VOLVEY, DIVRY, BUIS, elle avait fait la campagne du GABON, puis celles de Syrie et d’EL ALAMEIN. La 2 e compagnie avait été formée au NIGÉRIA à KANO, par le capitaine RATARD, pour être à la disposition du général LECLERC au TCHAD en cas de besoin; elle fut pendant la CAMPAGNE DE FRANCE commandée par le capitaine de WITASSE, évadé d’ALLEMAGNE dans des circonstances exceptionnelles de courage. La 3° compagnie, formée en ANGLETERRE par le capitaine Jacques BRANET, en grande partie avec des évadés d’ALLEMAGNE par l’U.R.S.S., comprenait dans ses rangs des jeunes CHILIENS, MEXICAINS,
ARGENTINS, VÉNÉZUÉLIENS, AMÉRICAINS, qui étaient venus volontairement se battre pour libérer notre Pays, « par amour pour la France, sans qu’aucune loi humaine ne les y contraignît ».

La 4 e compagnie, commandée successivement par le lieutenant de GAVARDIE qui sera tué à sa tête, puis par le capitaine NANTERRE, était composée en majorité de jeunes ÉVADÉS DE FRANCE par L’ESPAGNE. Le premier chef de corps, le
commandant CANTAREL, eut probablement, au début, l’impression d’avoir sous ses ordres une «FÉDÉRATION DE CAPITAINES», mais rapidement, sous son autorité calme, tenace et réfléchie, ce très beau régiment devint l’un des meilleurs de
la 2 e D.B. Il sera fait COMPAGNON DE LA LIBÉRATION. Il avait sur
les autres l’avantage de comprendre dans ses rangs un très grand nombre de cadres qui avaient fait la CAMPAGNE DE FRANCE ou du désert dans les blindés.
Tous ces éléments, venant de tous les horizons, furent rassemblés au Maroc en bordure de la route de RABAT à CASABLANCA, autour du hameau de TÉMARA. Les unités d’infanterie étaient cantonnées le long de la côte, les formations de chars
réparties dans la forêt des ZAËRS.
Les groupes de combat et les équipages passèrent l’hiver de 1943 à 1944 dans des conditions souvent précaires, mais cette installation sous la tente dans la nature ainsi que l’entraînement physique intensif aguerrissaient les corps et les
âmes. Les unités d’artillerie campaient le plus souvent à proximité d’une zone de tir où elles s’entraînaient avec leurs canons tractés, leurs canons automoteurs n’ayant pas encore été perçus, ce qui provoquait la mauvaise humeur du général LECLERC chaque fois que l’on abordait ce terrible sujet…
… Je me trouvais, en cette fin d’année 1943, muté, d’officier de liaison du 3° Bureau Opérations que j’étais depuis la Tunisie, au rôle de commandant du P.C. avant du général LECLERC et d’un escadron dit « DE PROTECTION », composé d’un peloton de cinq chars légers aux ordres de Pierre de la FOUCHARDIÈRE et de deux pelotons de six obusiers de 75 aux ordres d’Hervé de LENCQUESAING et de Philippe DUPLAY.
Ces douze obusiers primitivement destinés, sur les tableaux d’effectifs américains, à la défense du quartier général, puis de la base arrière de la division, ainsi que les cinq chars légers, avaient été regroupés en un escadron, sur ordre du général LECLERC. Il voulait ainsi faciliter leur instruction et surtout avoir à son entière disposition une réserve de feux extrêmement mobile, prête à bondir d’un axe de progression vers un autre, afin de faciliter lui-même certaines manœuvre d’infiltration et de débordement de ses groupements tactiques. Mais le général LECLERC se servait encore de moi pour exécuter certaines missions de liaison, notamment auprès du général de GAULLE à ALGER, puisqu’il savait que j’avais servi à LONDRES à l’état-major particulier du CHEF DE LA FRANCE LIBRE par périodes alternées en 1941 et 1942…».

7 ANS AVEC LECLERC

LE GÉNÉRAL MASSU DANS SON OUVRAGE « 7 ANS AVEC LECLERC »NOUS DIT COMMENT LE GÉNÉRAL LECLERC PRÉPARE

« L’UNION ÉTROITE AU COMBAT… D’UNITÉS DE SENTIMENTS OPPOSÉS».

« Fin octobre, enfin, dans une atmosphère de tension et d’exaspération intenses, arrive l’ordre de départ tant attendu. Le 30, le bataillon quitte dans l’enthousiasme le bivouac de M’ZAÏR et ses chênes-lièges, grimpant dans les camions qui vont nous emmener en une première étape jusqu’à BOUGIE ; c’est par le train que, de là, nous parviendrons enfin, le 3 novembre, au MAROC, à SKHRIRAT-PLAGE, à 17 km
au sud de RABAT.

Je traversais, à ce moment, une crise pénible. Très frappé par la malchance qui m’avait poursuivi pendant la période d’attente et d’instruction à M’ZAÏR et particulièrement par la mort du capitaine de BAZELAIRE, chef magnifique, enthousiaste et rayonnant, qui avait derrière lui, comme méhariste au TIBESTI,
un passé légendaire et que j’aimais comme un jeune frère, j’en arrivais à craindre de n’avoir plus la «BARAKA» suffisante pour assurer mon commandement.
Peu après notre arrivée à SKHRIRAT, je suis convoqué à TÉMARA où le général LECLERC a installé son Poste de Commandement. Son AIDE DE CAMP, notre sympathique camarade
GIRARD, me guide, dans le jardin d’un modeste bungalow de bois, jusqu’au camion bureau de notre chef, cadeau du général KOENIG. C’est dans cette « CARAVANE », où j’accède par une échelle de fer, que je le trouve entouré de cartes, travaillant à son petit bureau.
Je lui fais part aussitôt de mes scrupules et de mon trouble. Avec un bon sourire et une tranquille assurance il me remonte le moral. Sa confiance en moi, sobrement exprimée, ranime la mienne et j’écoute ses instructions claires avant d’aller dîner avec lui dans la petite maison blanche voisine dont il a fait sa demeure. Repas simple, cordial, auquel sont invités, avec moi, deux ou trois Chefs de Corps que je n’avais pas encore rencontrés.
Je saurai plus tard que sa politique consiste à réunir ainsi des hommes venus d’horizons différents et à créer entre eux, par la chaleur de ces petites soirées, les liens auxquels il tenait tant.
Après le dîner, au coin du feu, il est détendu, gai, et sa manière directe d’aborder les questions, de s’intéresser à nos problèmes achève de créer une atmosphère infiniment sympathique.
Quelques jours plus tard il réunira tous les officiers de la Division au CASINO DE TÉMARA (qui fut avant la guerre une des petites stations de détente et de plaisir les plus prisées du MAROC).
Avec cette éloquence simple, cette facilité qui exclut cependant toute parole inutile, il brosse devant nous un tableau de la situation générale, nous expose ses buts, ce qu’il attend de nous pour y parvenir. Chacun a l’impression qu’il lui parle personnellement et tous se sentent concernés. Il sait créer ainsi, sans démagogie ni effort, une atmosphère de confiance et d’émulation extraordinaire. Combien de réunions aurons-nous ainsi, tout au long de la grande aventure et chaque fois que la marche rapide de la Division le permettra ?
Après son exposé, une collation nous réunit autour de lui, dans les jardins du CASINO.
Le général, nous le savons tous, a réalisé une opération d’une extrême difficulté. La création d’une DIVISION BLINDÉE, entreprise depuis le mois d’août, à ALGER d’abord, aurait pu décourager un autre homme que lui ! L’utilisation du maté-
riel ultra moderne, compliqué, que lui attribuent les AMÉRICAINS, exigeait des spécialistes et des techniciens. Les personnels encadrés, issus de Régiments stationnés en AFRIQUE DU NORD, se sont ajoutés à ceux qui l’avaient suivi depuis le TCHAD. Leur passé est totalement différent. Des sentiments souvent violents les ont longtemps dressés les uns contre les autres. Pour réunir ces hommes, les
amener à travailler ensemble, leur insuffler un esprit commun il faut la puissance énorme de sa personnalité, son prestige et sa volonté.
Il a exigé que soient cantonnées, les unes auprès des autres, dans un
savant dosage; les unités de sentiments les plus opposés ; les petits drames quotidiens que provoquent ces voisinages explosifs ne l’inquiètent pas. Il juge bon que se rodent, même avec brutalité, les rapports entre ceux que le combat, plus tard, se chargera d’unir étroitement..»