Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

Afrique Française Libre – 1940

Premiers ralliements

 


Les débuts de la France Libre sont difficiles : les ralliements de soldats et officiers à de Gaulle sont peu nombreux.
Quelques territoires lointains de l’Empire français, telles les Nouvelles- Hébrides, sont les premiers à rallier la France Libre.
En Afrique, le gouverneur général Félix Eboué est favorable au ralliement du Tchad.

Le 6 août 1940, Leclerc, accompagné d’un civil, René Pleven et du capitaine Boislambert, est envoyé par de Gaulle pour rallier l’Afrique équatoriale française.

Parti du Nigéria, Leclerc, avec une vingtaine d’hommes, prend Douala dans la nuit du 25 au 26 août et rallie ainsi le Cameroun cependant que le Tchad et le Congo rejoignent la France Libre à l’initiative de Félix Eboué et du général de Larminat.
Le 28 août, le ralliement de l’Afrique-équatoriale au général de Gaulle, à l’exception du Gabon.

Le général de Gaulle, de passage à Douala le 8 octobre, donne son accord à l’opération militaire réalisée avec l’aide des Forces françaises libres, repliées après l’échec de l’expédition de Dakar (23-25 septembre).
Le débarquement a lieu près de Libreville, le 8 novembre, et Leclerc obtient le ralliement du Gabon le 10.

Pour de Gaulle, l’Empire colonial doit servir de base pour continuer la lutte aux côtés des Alliés, permettre la libération du territoire
et priver Vichy d’un atout face aux Allemands.

Français européens et Saras (tribus du Tchad), forment l’essentiel du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad, noyau de la colonne Leclerc qui participera aux opérations en Libye.

 

Tous veulent combattre jusqu’à la libération de la France

 

 

Documents +

Liste Nominative du Détachement venant de Nigéria Britannique et débarqué à DOUALA

 

Liste Nominative du Détachement venant de Nigéria Britannique et débarqué à DOUALA (Cameroun) dans la nuit du 26 au 27 Août 1940.

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

Colonel 

Commandant

Capitaine

Lieutenant

Lieutenant

Lieutenant

Lieutenant

Aspirant

Adjudant-chef

Margis-Chef

Sergent

Sergent

Margis

Sergent

Sergent

Caporal-chef

Caporal

Caporal

Caporal

Caporal

Révérend-Père

Soldat

Soldat

Soldat

LECLERC de HAUTECLOCQUE 

HETTIER de BOISLAMBERT

TUTENGES

DENISE

FOUGERAT

QUILI CHINI

SON

PENANHOUAT

DROUIHL

BEZAGU

FRATACCI

FRIZZA

de BODART

CIVEL

LACROIX

THEVENET

ARNAL

LAUMONIER

MARTIN

HUGUES

DEHON

LAVIGNE

MERCIER

MOSER

Philippe 

Claude

Emile

François

Henri

Robert

Jean

Marcel

 

 

Philippe

Henry

Jacques

Armand

 

Fernand

Henri

Paul

Jacques

Henri

Emile

Noel

Eugène

Ernest

 

 

 

Mémoire du COLONEL TUTTENGES

 

Mémoire du COLONEL TUTTENGES
Premier Compagnon du Colonel LECLERC
ayant débarqué à DOUALA dans la nuit du 26 Aout 1940

 

C’est le mois de Juin 1940, je me trouve au DAHOMEY depuis le 29 Juin 1939, je finis mon temps de commandement afin d’accéder au grade de Chef de Bataillon. J’avais été promu Capitaine au grand choix en décembre 1933.

En octobre 1938, j’avais été affecté à DAKAR à l’Etat-major du Commandant Supérieur 2e bureau. Je m’étais fiancé avant de partir de France et j’avais remis mon mariage à fin 1940.

En mai 1939, j’avais demandé au colonel NYE , qui avait succéder au Colonel BONAVIT comme Chef .d’Etat-major , l’autorisation de parfaire mon temps de Commandement et j’avais obtenu satisfaction, J’avais chois le DAHOMEY car je connaissais le Colonel MARGUET commandant de ce Territoire. J’avais servi sous ses ordres au 2e bureau à HANOI, quelques années auparavant, et sa femme était de CHELLES en Seine et Marne ou demeurait le frère de ma tante.

J’avais été affecté au Nord DAHOMEY à KANDI, et m’y trouvais depuis peu de temps quand la guerre éclata. Le Colonel MARGUET m’appela à COTONOU siège du Commandement Militaire comme chef d’Etat-major des Troupes du DAHOMEY-TOGO­NIGER OUEST.

A la drôle de guerre avait succède l’invasion puis l’écrasante défaite. Officiers d’active nous assistions impuissants et inactifs à ces événements qui nous bouleversaient. COTONOU est un port. Alors que pendant des mois et des mois les noirs mobilisés s’entassaient dans les dépôts faute de navires pour les transporter, en ce mois de juin des bateaux souvent étrangers venaient les chercher. C’est ainsi que le 15 Juin 1940 le commandant d’un navire NORVEGIEN nous annonce que la France allait signer un armistice.

Cette nouvelle nous stupéfia.

Officiers célibataires nous prenions nos repas chez un restaurateur.

Nous parlâmes longuement de cette question de l’armistice et nous convînmes que nous continuerions la guerre aux côtés des ANGLAIS car nous pensions que ceux-ci poursuivraient la lutte.

Le 17 Juin 1940 nous étions en train de déjeuner atterrés par toutes les mauvaises nouvelles concernant le déroulement de la lutte en France quand survint AGIER sous-officier de réserve, sortant d’HEC et servant à mon Etat-major , Il nous dit : ça y est le Maréchal PETAIN , en qui nous avions grande confiance , venait d’annoncer qu’il allait signer l’armistice . Nous décidâmes de mettre notre projet le soir même à exécution.

En fin d’après midi nous nous mettions en route en utilisant deux véhicules pour nous rendre à LOME Capitale du TOGO ou AGIER travaillait avant la guerre dans une maison d’import-export.

De là nous comptions franchir facilement la frontière dans la nuit.

Nous partîmes à six dans deux voitures, moi mine j’étais le plus ancien dans le grade le plus élevé, selon la formule bien connue dans l’armée, le Capitaine OLLIVIER de l’artillerie coloniale, les lieutenants QUILICHINI de mon Etat-major, FOUGERAI, POL et le sergent AGIER.

Nous parvînmes à LOME sans difficulté, là AGIER nous mena à son domicile ou nous nous restaurâmes abondamment. Le temps passait et nous étions toujours là.

Nous apprîmes par la suite qu’AGIER avait pris contact avec son ancien patron et que celui-ci n’approuvait nullement notre plan.

Il alerta le Colonel MARGUET à COTONOU et le Gouverneur du TOGO MONTAGNE. Agier essayait de faire trainer les choses en longueur mais l’impatience nous gagna et nous nous mîmes enfin en route.

Ayant appris que la barrière frontière de LOME ville toute proche de la GOLD­COAST avait été fermée sur ordre du Gouverneur nous empruntâmes alors une route qui longeait la frontière et qu’AGIER connaissait. Au bout de quelques kilomètres nous arrivâmes à une barrière frontière qui était également fermée. Le chef douanier était un noir. Certains parlaient d’utiliser les armes en leur possession. Je descendis du véhicule et m’avançai vers lui, et lui demandai, pourquoi la barrière était abaissée. IL me répondit qu’il avait reçu l’ordre d’empêcher de passer, tout véhicule qui voudrait se rendre en GOALD-COAST. Je Lui dis alors : mais nous sommes une mission militaire chargée d’aller prendre la liaison en GOLD-COAST et je lui demandai de lever la barrière ce qu’il fit. Par La suite, je pensai qu’il avait du se faire sérieusement attraper par ses chefs. Nous voulions nous rendre à ACCRA capitale de la GOLD-COAST mais la douane ANGLAISE nous demanda de passer chez le DISTRICT COMMISIONER (Commissaire de District). Celui-ci était en tournée et il fallait l’attendre pendant plusieurs heures. Nous arrivâmes à ACCRA à la nuit tombée. Nous passâmes chez te Consul de France et nous apprîmes alors que le général de GAULLE venait de lancer un appel de LONDRES.

Nous fûmes invités à diner par des officiers anglais en particulier le secrétaire général du Gouvernement m’apprit que le Gouverneur de La Gold-Coast avait demandé à me recevoir le lendemain matin 19 Juin. Les Anglais m’offrirent de servir dans l’armée Anglaise avec notre grade. Ils manquaient d’Officiers.

Le lendemain matin au moment de me rendre chez le Gouverneur je vis arriver le Colonel MARGUET ! Dès qu’il fut averti que nous étions partis il s’était lancé sur nos traces.

Nous nous rendîmes tous les deux chez le Gouverneur. Alors que je lui disais notre résolution de poursuivre la lutte à leurs côtés mon chef était plus réticent.

Le Colonel MARGUET nous apprit que l’armistice n’était pas signée et que la lutte continuait et nous convainquit de repartir avec lui en nous disant que le moment venu si l’armistice était conclu nous combattrions à côté des Anglais.

Revenu à COTONOU le Colonel MARGUET me garda à l’E/M/V mais envoya QUILICHINI dans une compagnie. Notre contact avec le Gouverneur de Gold-Coast fut connu de LONDRES et aida je suppose le Général de GAULLE dans son action le 19 Juin. Il n’avait à peu prés avec lui que GEOFFROY de COURCEL.

La Gold-Coast envoya peu de temps après une commission en NIGERIA pour tenir les autorités Britanniques de cette colonie au courant de ce qui s’était passé. Je revis à COTONOU le Secrétaire Général de Gold-Coast et lui dis que notre résolution demeurait la même.

Les Britanniques envoyèrent des commissions de liaison dans toutes les colonies françaises de l’AOF et de l’AEF voisines de leur possession. L’une d’entre elles se rendit au CAMEROUN Français.

Les jours passaient, l’armistice était signé et peu à peu les Gouverneurs et Commandants Militaires se rangeaient sous la bannière du Maréchal Pétain.

Nous reçûmes des instructions pour libérer les prisonniers Italiens. Le Colonel MARGUET établit un plan de défense contre tout débarquement britannique à COTONOU. Puis ce fut MERS EL KEBIR. J’avais beaucoup réfléchi depuis le 17 Juin. Je savais que si je partais à nouveau je serais considéré comme un déserteur c’est ainsi que le Gouverneur MONTAGNE nous avait appelé en rendant compte à DAKAR de notre passage en GOLD COAST. D’autre part est-ce que les Anglais allaient poursuivre seuls la lutte ? MERS EL KEBIR me convainquit de leur résolution. Pour en arriver là, il fallait qu’ils soient décidés à se battre contre l’Allemagne. Je décidai aussitôt de repartir mais cette fois du côté de la NIGERIA. Je prévins QUILICHINI, FOUGERAT et AGIER. Les deux premiers me donnèrent leur accord quant à AGIER il me dit que pout l’instant ses affaires l’empêchaient de partir, mais qu’il nous rejoindrait. Sur le champ je crus à un échappatoire, j’eus un jour l’heureuse surprise de la voir arriver au CAMEROUN FRANÇAIS.

Je mis un Anglais, appartenant à une compagnie anglaise de commerce, et que je fréquentais depuis mon arrivée à COTONOU en Octobre 1939 dans la confidence. Je regrette d’avoir oublié son nom. Il mit sa voiture à notre disposition et nous donna le nom d’un commerçant grec de POTO NOVO qui pourrait mettre une embarcation à notre disposition pour nous amener en NIGERIA pat la lagune. Ce plan réussit parfaitement. Réveillé par nous en pleine nuit le commerçant montra en nous voyant en uniforme une grande frayeur. Il pensa sans doute que nous venions L’arrêter.

C’est ainsi que dans la nuit du 7 au 8 Juillet 1940 nous fîmes un voyage enchanteur. Par une nuit magnifique nous naviguâmes en silence dans une végétation luxuriante, traversant des villages lacustres, le jour pointait quand nous débarquâmes sur un ponton flottant en pleine lagune. C’était un poste de douane Anglaise.

Celui-ci prévint le District Commissionner de BADAGRAV petite localité voisine. Dans la matinée nous partîmes en barque pour cette ville. Nous restâmes là 48h.

LAGOS où se trouvait le Gouvernement général envoya une chaloupe avec trois officiels. Ce voyage sur la lagune dura quelques heures. Nos hôtes nous apprirent quelques jeux de cartes qui permirent de passer agréablement te temps. J’eus par la suite l’impression que par ce moyen ils avaient cherché à déceler notre caractère et notre tempérament.

A LAGOS les autorités anglaises nous séparèrent. Nous étions les hôtes d’hommes charmants mais qui cherchaient à déceler quelles étaient non intentions. Il était beaucoup question de cinquième colonne à cette époque et FOUGERAT qui comprenait un peu l’Anglais avait entendu parler d’elle au cours d’une conversation entre Anglais. Quoiqu’il en soit les autorités du NIGERIA décidèrent de nous éloigner du DAHOMEY en nous envoyant servir au CAMEROUN Britannique. LAGOS n’était pas pour moi une vitre inconnue car peu de temps avant l’armistice le Colonel MARGUET m’avait désigné pour une mission de Liaison, et le Gouvernent m’avait reçu a sa table. J’avais conservé le souvenir d’un repas étrange ou l’on avait servi de la confiture avec je ne sais quel plat de viande.

Un beau jour nous embarquâmes sur un bateau à destination de VICTORIA capitale administrative du Cameroun britannique. Nous fîmes relâche à PORT-HARCOURT où noua rencontrâmes du Français qui étaient de coeur avec nous.

A VICTORIA nota fûmes affectés avec notre grade dans des unités britanniques. Je sus par la suite que nous ne touchions pas la même solde que non camarades britanniques du grade correspondant. QUILICHINI et moi testâmes à VICTORIA qui était dominé pat te Mont Cameroun qui dépasse 4000 Mètres et ressemble à un corps d’éléphant et FOUGERAT fut affecté à une unité de l’intérieur. Les cadres britanniques comprenaient un capitaine d’active et deux lieutenants de réserve. Nous allions à l’exercice tous les jours ? Chaque Officier était muni, d’un parapluie car c’était l’époque des pluies et les averses étaient diluviennes. Je ne connaissais pan un mot d’Anglais et il me fallait cependant commander les mouvements dans cette langue. Les soldats avaient l’air de comprendre. C’étaient des camerounais, mais je pense qu’ils manoeuvraient aux cris. Parmi la troupe se trouvait un vieux sergent originaire du DAHOMEY, je crois qu’il avait rengagé dans l’armée britannique ne me cacha pas qu’il regrettait d’avoir quitté l’armée française.

Une vieille Anglaise, femme d’un officier de marine de réserve qui était responsable du port de VICTORIA me donna des leçons d’anglais. Au bateau je passais mon temps à apprendre cette langue… mes progrès étaient lents. Nous faisions quelque bridges et je me rappelle que cette vieille anglaise n’était pas très contente quand je contrais ses annonces.

Un jour le capitaine décidé que les officiers feraient un cross mais sur route de quelques kilomètres ? Nous partîmes un beau matin sous la pluie. Le Capitaine menait le train et assez rondement. Ayant fait du cross dans ma jeunesse et étant alors assez doué je n’eus aucune peine pour le suivre tandis que QUILICHINI était semé. Les autres lieutenants avaient également tenu te coup.

Le dimanche matin nous nous rendions QUILICHINI et moi à la messe dans une petite localité voisine où se trouvaient une petite mission Hollandaise. Ces prêtres parlaient très bien le Français et étaient très aimables pour nous et ne manquaient pas de nous inviter au petit déjeuner après l’office.

Notre existence poursuivait ainsi son train quand nous fîmes connaissance de jeunes Anglaises dont une était très jolie. Peu de temps après me trouvant un dimanche matin au bureau c’était une décision toute récente de travailler le matin dominical un officier britannique vint nous prévenir qu’on nous attendait à la maison du Gouverneur de la Colonie. Là quelle fut notre surprise de trouver deux officiers français. Nous nous saluâmes en anglais, nous portions l’uniforme britannique et sans doute n’avait on pas fait connaitre aux nouveaux arrivés notre qualité.

Le Commandant LECLERC nous dit qu’il avait l’intention de tenter une action sur un territoire français afin de le rallier au Général de Gaulle et nous demanda si le cas échéant nous serions prêts à le suivre. Je répondis par l’affirmative mais à la condition que nous n’aurions pas à nous battre contre d’autres Français.

Le soir même rentrant vers minuit, nous avions été invités à diner par un ménage Anglais, je trouvais un mot de LECLERC. Il nous annonçait que le départ pour l’expédition projetée était pour le lendemain matin à 6h.

A notre arrivée à VICTORIA les anglais nous avaient désarmés !! Nos pistolets avaient été déposés dans le magasin d’armes. Avant de nous coucher nous allâmes aux bâtiments de notre compagnie pour récupérer nos armes. Le garde magasin indigène nous ouvrit la porte et ne fit aucune difficulté pour nous remettre nos armes. Le prestige de l’Européen à cette époque là était bien réel.

A l’heure dite le Commandant LECLERC et de BOISLAMBERT nous prirent, QUILICHINI et moi avec eux, dans une auto que de BOISLAMBERT conduisait. En passant dans la localité où se trouvait FOUGERAT nous embarquâmes ce dernier avec nous. Nous arrivâmes dans la matinée dans une petite localité située au bord de la mer TEKO, là nous trouvâmes 21 Camarades français qui avaient quitté le CAMEROUN pour reprendre la lutte. J’avais appris entre temps que le Commandant LECLERC avait décidé brusquement de se rendre à DOUALA pour s’emparer de cette ville et du Cameroun Français. La décision avait été prise si vite car il avait appris que le sous-marin PONCELET avait reçu l’ordre de se rendre à DOUALA ou la situation n’était pas sûre, en raison de nombreux partisans du Général de GAULLE, et où le Gouverneur BRUNOT et te colonel BUREAU Commandant militaire que je connaissais bien ; devaient être remplacés.

J’appris par la suite que le Commandant LECLERC avait cependant reçu l’ordre du Général de LARMINAT chargé du ralliement de BRAZZAVILLE, d’attendre pour faire cette opération l’arrivée d’un bataillon formé en GOLD COAST, de Français en provenant de colonies voisines, COTE D’IVOIRE et GUIGNEE. Dès ce moment là s’affirmait l’esprit de décision de ce Chef incomparable qui n’hésitait pas de se lancer avec 22 Compagnons dans une telle aventure !!!

Dans l’après midi nous embarquâmes dans une chaloupe dans laquelle se trouvait un officier de marine britannique qui était chargé de nous conduire jusqu’à la limite des eaux territoriales. Là nous attendaient trois pirogues avec quelques piroguiers indigènes qui devaient nous débarquer de nuit sur les quais du port de DOUALA. Nous savions que des emplacements de mitrailleuses étaient installés pour défendre le port contre tout coup de main. Il fallait donc arriver en pleine nuit et sans bruit.

Dans la chaloupe je remarquais que LECLERC portait des galons de colonel mais seulement sur une manche. Il avait en effet décidé de se donner ce grade en raison du grade de BUREAU Commandant militaire du CAMEROUN. Je lui fis remarquer qu’il avait perdu un galon. J’appris alors qu’il n’avait pas eu assez de galon pour les deux manches. A ce sujet bien des années captés Mr MASCART Directeur des Douanes de la Région Midi Pyrénées me rappelait qu’après notre débarquement à DOUALA j’étais allé lui demander du galon pour te Colonel LECLERC. Se fait ne m’était pas resté en mémoire.

Nous embarquâmes donc en fin d’après midi dans trois chaloupes. LECLERC et de BOISLAMBERT étaient dans une embarcation et moi et QUILICHINI dans une autre avec quelques camarades. J’en étais te Chef. Pour ne pas arriver avant 1 heure ou 2 heures du matin le Colonel LECLERC nous fit mettre pied à terre sut une île spongieuse garnie de palétuviers. Là nous prîmes debout un léger repas. Puis nous repartîmes mais nous ne tardâmes pas à nous perdre de vue les uns et les autres. La nuit était tombée, puis il se mit à pleuvoir. Notre chaloupe accosta vers 2h00 du matin sur les quais de DOUALA. Ayant prévu que nous pouvions être séparés, notre chef nous avait donné rendez-vous dans une maison amie.

Dès notre débarquement nous aperçûmes un petit groupe de douaniers indigènes, pistolet à ta ceinture. Je m’approchai du Chef et lui demandai de nous ouvrir une porte cadenassée afin de nous permettre de nous rendre en ville. Il faut que je précise qu’avant de quitter VICTORIA et le CAMEROUN Britannique les anciens militaires, car il y avait des civils parmi nous, avaient revêtu la tenue militaire française.

Le brigadier des douanes obtempéra sans hésiter. L’un d’entre nous connaissait la maison amie nous n’eûmes aucune difficulté pour nous y rendre. En essayant de pénétrer dans la maison dont la barrière était fermée je tombai dans un profond fossé rempli d’eau. Quelques ouvrages, au moins deux ; font mention de ce détail que j’avais du reste oublié.

Ayant pénétré dans la maison nous trouvâmes LECLERC et de BOISLAMBERT en grande discussion avec un groupe de trois ou quatre Français en civil qui ne voulaient absolument pas que nous fassions le coup de main cette nuit là. Ils prétendaient que c’était trop tôt, qu’il fallait attendre alors que le temps pressait. Je leur dis que nous arrivions du DAHOMEY et que c’était pour agir. Nous étions quatre maintenant qui n’étaient pas du CAMEROUN. Au bout d’une demi-heure ils se laissèrent convaincre. Ils craignaient cependant qu’une compagnie venant de BANGUI et commandée pat le lieutenant DIO ne fasse obstacle. On décida de faire venir le Lieutenant DIO qui sans hésiter se rangea de notre côté. Pendant ce temps les amis étaient prévenus. Nombreux étaient les officiers qui étaient des nôtres. On apprit que certains qui faisaient opposition avaient été relevés de leur commandement. Le Capitaine PRADIER commandant de la place menaça d’arrêt de rigueur les officiers qui allèrent le prévenir. Quelques jours après il était nommé au grade de Commandant avec GARDET. Justice, justice tu n’es pas de ce monde.

Nous reçûmes une mission et chacun partit à son poste. Pour ma part je devais occuper le bureau de la Place. Quand le jour se leva tous les points sensibles du Gouvernement, PTT, poste radio etc étaient entre nos mains. Nous étions les maitres de La ville. Le drapeau à Croix de Lorraine flottait sur tous les bâtiments publics. Tout s’était passé sans incident notable. Nous avions fait cependant quelques prisonniers. QUILICHINI avait été chargé de les surveiller ; de temps en temps me raconta t-il, il manoeuvrait la culasse de son arme.

Le Colonel LECLERC s’installa à la résidence du Gouverneur à DOUALA, YAOUNDE est ta capitale du CAMEROUN, et se proclama GOUVERNEUR et COMMANDANT MILITAIRE.

Il me désigna comme Chef d’Etat-major. Je me rappelle que ce jour là je ressentis deux grands plaisirs, celui de voir des Françaises et de manger du pain. Nnous étions au 27 août 1940 au matin et il s’était écoulé près de deux mois depuis notre départ de COTONOU. QUILICHINI fut envoyé dans l’après-midi par le train à YAOUNDE la capitale pour mettre au courant le Gouverneur BRUNOT et le Colonel BUREAU des événements de DOUALA et surtout obtenir leur accord. Tout se passa sans mal.

LECLERC m’envoya à MANOKA à l’embouchure du WOURI pour mettre au courant le Capitaine CREPPIN commandant la batterie.

Nous nous mîmes au travail. Je montai mon E.M. Je pris avec moi QUILICHINI, LANGLOIS et BONNET. J’avais à YAOUNDE un couple ami le Capitaine BERNARD qui était intendant du CAMEROUN et sa femme Madeleine. Je Les fis descendre à DOUALA.

BERNARD fût pour moi un collaborateur très précieux. L’administrateur des colonies qui était en poste à DOUALA refusa de marcher avec nous. C’est un nommé de VILLEDEUIL qui le remplaça. Au moment de la passation des pouvoirs il prit soin de me dire d’être présent et consigna que cette passation s’était faite en la présence d’un officier. Ainsi il était en partie couvert. On ne sait jamais.

VILLEDEUIL devint l’adjoint de LECLERC pout les questions civiles et fut remplacé plus tard pat COURNARIE.

De bonnes nouvelles étaient arrivées. Le TCHAD ou Le Gouverneur EBOUE et Le Commandant MARCHAND se trouvaient s’était rallié dès que l’envoyé du Général de GAULLE je crois que c’était PLEVEN était arrivé à la capitale FORT-LAMY de même BRAZZAVILLE et le Congo Français où s’était installé le Général de LARMINAT après l’arrestation du Général Commandant Militaire, Le GABON aussi s’était rallié.

Mais ce ne fut que pout une courte durée.

Je décidai alors que les traités en vigueur l’interdisaient, le CAMEROUN étant sous mandat de la Société des Nations de créer un régiment de Tirailleurs de Cameroun. Je montai un jour à YAOUNDE pour une courte mission.

LECLERC s’absentait de temps en temps pour parcourir le territoire. Une nuit je fus réveillé par des camarades civils ; Magnanimes, nous avions offert à ceux qui ne voulaient pas se ranger à nos côtés de partir avec armes et bagages pour les territoires de t’Afrique Française se trouvant sous les ordres de Vichy. Un bateau transportant des Français venant de BRAZZAVILLE et autre lieu faisant escale à MANOKA à l’embouchure du WOURI et l’on me demandait de ne pas l’autoriser à repartir. Je refusai.

En raison de ses absences fréquentes LECLERC avait fait paraître un Décret dans le J.O officiel du CAMEROUN pat lequel il me déléguait ses fonctions de Gouverneur pendant ses absences. Auparavant au retour de l’un de ses voyages il m’avait dit ” côté militaire ce dont je m’occupais tout à bien marché mais il n’en a pas été de même du côté civil.

Survinrent les événements de DAKAR. Un dimanche après-midi nous étions nombreux dans un café quand la radio annonça que le Général de GAULLE, appuyé par la flotte britannique, venait d’investir DAKAR ou de BOISLAMBERT s’était fait parachuter pour préparer te débarquement et ou il fut fait prisonnier. D’un seul mouvement nous nous levâmes et nous chantâmes La MARCHE LORRAINE qui était notre chant de ralliement. Seul un magistrat resta assis. La chose vint aux oreilles de LECLERC qui le convoqua mais tout finit par s’arranger.

Le GABON ai-je dit s’était rallié mais le Gouverneur MASSON et le Colonel CLAVEAU Commandant Militaire dirent allégeance à nouveau à Vichy. Un jour un avion survola DOUALA et lança des tracts signés par l’Evêque de LIBREVILLE. Il fut décidé que deux colonnes L’une partant du CONGO et l’autre du CAMEROUN seraient lancées en direction du GABON. Celle du Commandant DIO avait pour mission de se diriger sur OYEM, MITZI et LAMBARENE. Mais elle ne tarda pas à être harcelée par des tireurs perchés sut de arbres de la forêt Gabonaise. LECLERC fit plusieurs liaisons avec cette colonne et un jour il me dit que DIO piétinait et ne se montrait pas assez décidé. Ici un point d’histoire l’identité de notre chef nous était connue depuis longtemps car il y avait un militaire au Cameroun qui l’avait connu avant La guerre.

Le débarquement projeté à DAKAR avait échoué. Les britanniques tenaient rigueur au Général de GAULLE de cet échec et la rupture entre eux et lui était presque consommée. J’appris par la suite par des camarades ayant participé à l’action que l’un de nos bateaux de guerre léger avait pu accoster à RUFISQUE mais le Général de GAULLE ne donna pas l’ordre de débarquement. Je suis convaincu que le Colonel LECLERC n’aurait pas à sa place hésité une seconde et bien des choses auraient changé. Les Anglais dirigèrent la flotille transportant le Corps Expéditionnaire Français vers VICTORIA au Cameroun Britannique. Elle y demeura quelques jours. DOUALA était le seul port de la France Libre où elle pouvait se rendre. Nous apprîmes donc un jour que le Général de GAULLE et le Corps Expéditionnaire allaient venir à DOUALA. Deux ou trois jours avant leur arrivée, LANGLOIS, de mon E.M., fut envoyé en mission à VICTORIA afin de prendre liaison avec le Général de GAULLE. A son retour il me dit que celui-ci était sans entrain. 1l avait été déçu de ce contact.

Dès que le Général eut pris pied sur un territoire Français tout changea.

J’eus à préparer l’arrivée de ces troupes, ce qui n’était pas une petite affaire. Il fallait songer au logement de tous, troupe et officier et à leur nourriture. Le Colonel Leclerc me laissait entière liberté de manoeuvre pour toute la partie militaire.

Il était très pris par ses fonctions de Gouverneur et aussi par la conduite de La colonne DIO dont il s’occupait personnellement. Je fus grandement aidé par mon ami l’Intendant Jean BERNARD. Tout marcha bien puisque le Général SPEARS qui, était chargé de cornaquer le Général de GAULLE, s’étonna devant moi de la façon dont l’accueil avait été organisé.

Vers La mi-octobre Le corps expéditionnaire arriva. Le même soir nous étions quatre à diner au Gouvernement Général, le Colonel LECLERC notre hôte, le Général de GAULLE; Pierre TISSIER Chef d’E.M. du Corps Expéditionnaire et moi-même. Je n’oublierai jamais cette soirée pour moi émouvante. Le Général de Gaulle parla peu. Je cédai ma chambre à Pierre TISSIER et logeai dans une plus petite. Nous formâmes avec lui et BOUTON popote dans mon appartement qui était spacieux et Luxueux. Le 25 Septembre 1940 je fus promus au grade de Chef de Bataillon.

Je. vis arriver un beau jour à DOUALA les jeunes anglaises dont nous avion fait connaissance quelques jours avant notre départ de VITTORIA., Nous passâmes des heures agréables.

De tout temps les administrateurs des Colonies nous avaient traités en gens de deuxième zone. Depuis notre débarquement à DOUALA ils se tenaient à carreau.

Mais COURNARIE reprenait peu à peu du poil de la bête et je savais qu’ils tenteraient de reprendre un jour la direction. J’en parlai au Colonel LECLERC.

Quand il apprit l’arrivée du Général de GAULLE il n’était pas rassuré.

Je demandai à voir le Général de GAULLE. Au cours de cette entrevue je lui dis qu’à mon avis les militaires devaient garder La direction des affaires durant toute La durée de La guerre. Il me fit observer que lui même était à notre tête que de LARMINAT était à BRAZZAVILLE et que le colonel LECLERC était gouverneur du CAMEROUN et Commandant Militaire. Je Lui répondis qu’il fallait en affirmer le principe. Les événements allaient me confirmer que ces craintes n’étaient pas Vaines. Je parlerai, à son heure de l’instant ou LECLERC comprit que je voyais juste. La conquête du GABON s’éternisait. Nous avions appris que là-bas c’était la grande purge. Tous ceux qui étaient soupçonnés de sentiments Gaullistes étaient embarqués à bord d’hydravion et expédiés à DAKAR.

Nous avions une plaie à notre flanc et LECLERC comprenait la nécessité de la faire disparaitre. Il ne voyait qu’une solution c’tait un débarquement à LIBREVILLE.

Le Général de GAULLE était toujours à DOUALA quand le Colonel LECLERC
s’ouvrit à lui de cette idée. Il s’y opposa. Il devait penser à l’expédition de
DAKAR. LECLERC revint à la charge et le Générai finit par se ranger à son avis.

Le Général de GAULLE nous réunit un jour pour nous annoncer que la décision avait été prise d’opérer un débarquement à LIBREVILLE.

La préparation de cette expédition demanda beaucoup de soins. Le Colonel en était le chef, KOENIG commandait Les forces de terre, d’ARGENLIEU la marine et de MARMIER l’aviation. J’en étais le chef d’E.M. A propos de d’ARGENLIEU blessé à DAKAR, LECLERC me conseilla un jour d’aller lui laite une visite. J’allai donc le voir et je n’ai rien retenu de notre conversation mais je me rappelle qu’à quelques jours de là d’ARGENLIEU s’excusa à mon égard ? Je me demandai, pourquoi ? Je ne savais pas me dit-il quand vous êtes venu me voir que vous étiez le Chef d’E.M. de LECLERC.

Le 7 Novembre nous quittâmes DOUALA. Je me trouvai, avec LECLERC a bord de l’aviso SAVORGNAN de BRAZZA. Nous n’avions pas de bateaux. Il avait été décidé de débarquer à quelques kilomètres au sud de LIBREVILLE, puis de se porter sur cette ville par des canaux et par voie de terre. Après une traversée sans incident nous mouillâmes non loin de cette île. Un détachement du bataillon BOUILLON devait être envoyé en avant-garde pat voie d’eau pour s’emparer du terrain d’aviation de LIBREVILLE et un autre devait prendre pied sur le continent pour préparer notre venue. A propos du Bataillon BOUILLON, un point d’histoire. Quelqu’un parmi les officiers de cette unité eut l’idée de porter sur l’épaule des galons semblables à ceux de la marine. Je les autorisai officiellement à ce port et de là a été lancée la mode des galons portés sur l’épaule par les gradés de l’armée de terre.

Je me rendis sur le bateau ou se trouvait BOUILLON pour lui donner les dernières instructions et là j’appris qu’un espagnol qui avait été pris à DOUALA comme guide pour naviguer sur les canots paraissait plus que douteux. On jugea prudent de ne pas l’utiliser. Bien nous en pris car nous apprîmes plus tard qu’une embuscade avait été tendue à l’aboutissement du canal qu’il conseillait de pendre. Dans la nuit de notre arrivée alors que nous
couchions à bord je fus réveillé par le Colonel LECLERC qui me montra un télégramme annonçant que notre élément d’avant garde avait été mitraillé dans son embarcation par un avion et qu’il y avait trois ou quatre mots dont un officier. J’avais vu ce dernier sur le bateau de BOUILLON et il paraissait triste alors que tout te monde était plein d’entrain, sans doute un pressentiment.

Je sentais que LECLERC était touché par cet incident. Je lui demandai si le détachement avait pu prendre pieds sur terre il me répondit par l’affirmative. Je lui dis que nous avions gagné la partie.

Toute la journée du lendemain fut employée au débarquement sur l’île de MANOKA de tout le personnel et du matériel ce n’était pas une petite affaire.

Le colonel LECLERC avait décidé que L’E.M débarquerait pendant que le SAVORGNAN de BRAZZA se porterait sur LIBREVILLE.

Pendant le débarquement le désordre sur l’ile était indescriptible et j’admirai KOENIG responsable de l’opération qui conservait tout son calme.

Dans la nuit nous prîmes pied sur le continent c’était la fret gabonaise avec ses arbres magnifiques. Nous couchâmes par terre, sans couverture, heureusement la température était agréable.

Au matin pendant que nous nous organisions pour le départ nous fûmes survolés par un avion. C’est une chance que ceux-ci ne nous aient pas repéré la veille pendant notre débarquement.

Nous partîmes le Colonel LECLERC se plaça parmi les éclaireurs de tête Nous marchâmes ainsi, à la file indienne pendant un certain temps puis aux approches du terrain d’aviation la troupe se déploya. Dès que nos premiers éléments débouchèrent sur le terrain d’aviation ils furent pris à partie par de violents tirs d’armes automatiques, la lutte s’engagea meurtrière de part et D’autre. Nos troupes furent d’un courage incroyable ; n’hésitant pas à prendre d’assaut les nids de mitrailleuses plusieurs officiers de part et d’autre trouvèrent la mort. De notre côté tomba glorieusement le Lt DESPIAN un brillant officier qui devait partir avec moi en NIGERIA. A la mi-octobre le Général de GAULLE m’avait en effet désigné pour aller en NIGERIA où je serai le Chef de Mission de la France Libre dans cette colonie Anglaise. Ma mission était de travailler au ralliement du DAHOMEY tandis que DESPIAN travaillerait en liaison avec le NIGER d’où il provenait.

Plus tard j’appris de la bouche du Colonel CLAVEAU qu’un officier de marine avait été tué à ses côtés alors qu’il défendait t’entrée d’un pont. Cet officier de marine se trouvait là car lorsque l’aviso SAVORGNAN de BRAZZA, sur lequel se trouvait le capitaine de vaisseau d’ARGENLIEU, s’était présenté devant LIBREVILLE, l’aviso BOUGAINVILLE qui croisait devant ce port avait tiré au canon sur le BRAZZA qui répondit et le toucha. Le BOUGAINVILLE coula et dut être évacué.

J’admirai nos aviateurs qui n’hésitaient pas à atterrir alors que le terrain d’aviation était balayé de balles.

La nuit tomba et le combat cessa chacun couchant sur ses positions.

Vers minuit alors que je dormais avec le Colonel LECLERC dans un hangar d’aviation, chacun de notre côté, je fus subitement réveillé. Le Commandant KOENIG se trouvait devant moi. Il me dit que le Colonel CLAVEAU commandant les troupes de vichy était venu lui faire savoir qu’il arrêtait le combat. J’allai prévenir LECLERC. Celui-ci voulait obtenir de CLAVEAU que la lutte cessa sur tout le territoire du GABON. Plus tard dans la nuit il apprit que d’ARGENLIEU était en pourparlers avec les autorités du GABON. Il me donna alors pour mission de me rendre à LIBREVILLE pour prendre contact avec d’ARGENLIEU et pour que je voie le Colonel CLAVEAU afin d’obtenir de lui la reddition de toutes les forces qui poursuivaient la lutte au GABON.

Je partis en voiture et sous mes yeux j’eus le spectacle d’une débâcle. Les troupes d’en face profitant de la nuit avaient fui en abandonnant armes et bagages.

Arrivé à LIBREVILLE je me rendis au port. J’y trouvai un poste de marins civils. Par eux j’appris que toutes les embarcations du port s’étaient enfuies et qu’il n’y avait pas une seule pour me conduire à bord du BRAZZA. Heureusement ce poste put communiquer avec le BRAZZA par signaux optiques et une embarcation me fut envoyée. Je fis réveiller d’ARGENLIEU pour lui communiquer les ordres de LECLERC. Je revins à terre et pris contact avec CLAVEAU que j’avais connu à DAKAR, alors que j’appartenais au 2eme BUREAU du Génésuper, lui, commandait le 7e R.T.S. Il ne voulut rien savoir pour ordonner le cessez le feu sur tout le territoire. Au cours de la conversation il me dit qu’il avait été contraint d’arrêter le combat parce que ses troupes s’étaient enfuies. Il me demanda en quel point nous avions débarqué et me dit alors qu’ils avaient étudié toutes les possibilités de débarquement sauf cette-là.

La matinée était très avancée quand je revins au terrain d’aviation ou m’attendait le colonel LECLERC. Celui-ci était visiblement très impatient.

IL me demanda le résultat de ma mission et quand je lui fis part de la réponse de CLAVEAU il me dit : Et bien nous allons attaquer. Je lui fis remarquer qu’il n’y avait plus aucune force devant nous.

La troupe se forma en ordre de marche et nous partîmes à pied pour LIBREVILLE distante de quelques kilomètres. Il y avait fort peu de monde dans les rues pour nous accueillir. Comme je l’ai dit plus haut nos partisans avaient été dirigés les uns après les autres vers DAKAR. Nous étions le 10 Novembre 1940.

Le Colonel LECLERC s’installa à la résidence du Gouverneur. Je couchais dans une petite chambre attenante à la sienne. Le lendemain 11 Novembre une messe avec TE DEUM fut célébrée. Aucun prêtre de LIBREVILLE ne voulut officier.

It faut dire que dès notre arrivée l’évêque avait été arrêté et envoyé en résidence surveillée. Ce fut un aumônier de nos troupes qui officia. Nous restâmes à LIBREVILLE une dizaine de jours. En raison de mes qualités d’organisateur LECLERC m’avait donné mission de remettre de l’ordre.

A PORT GENTIL la garnison de Vichy était toujours en place. Je connaissais le commandant aussi je fus désigné pour me rendre avec un de nos petits bateaux de guerre commandé par le lieutenant de La PORTE des VEAUX un officier des plus originaux qui s’était trompé d’époque. Il aurait très bien figuré parmi les corsaires. Le commandant de PORT GENTIL se tendit à nos raisons et tout se passa donc sans lutte.

DÉFINITION DE LA MISSION DE DÉLÉGATION DU 6 AOÛT 1940

 

DÉFINITION DE LA MISSION DE DÉLÉGATION DU 6 AOÛT 1940

 

La mission de la Délégation consiste:

1- A représenter le Général de Gaulle dans toute négociation qu’il pourrait y avoir lieu d’engager, ou d’accepter dans toute déclaration qu’il pourrait y avoir lieu de faire, dans toute initiative qu’il pourrait y avoir lieu de prendre, en vue d’amener tout ou partie des Colonies françaises d’Afrique occidentale et équatoriale et le Cameroun à se joindre au Général de Gaulle pour refuser l’exécution des armistices et continuer la guerre contre les Allemands et les Italiens.

2-A prendre contact aussi, complètement que possible avec les personnalités françaises des colonies, qu’elles aient ou non un mandat officiel.

3- A établir et à maintenir la liaison avec les autorités britanniques de Gambie, Sierra-Leone, Gold Coast Nigeria, et, éventuellement, avec d’autres autorités étrangères.

4- A renseigner le Général de Gaulle sur la situation où se trouvent à tous points de vue les Colonies françaises d’Afrique occidentale et équatoriale, et sur les meilleures possibilités d’action dans ces colonies.
Dans l’exécution de cette mission commune, le Commandant LECLERC est spécialement chargé de représenter le Général de Gaulle auprès du Général commandant les Troupes britanniques de l’Atlantique sud et de l’Amiral commandant les Forces navales britanniques de l’Atlantique sud.

Le Commandant Leclerc aura donc sa résidence principale à Akkra.

M. Pleven et le capitaine de Boislambert constituent la partie ” mobile ” de la Délégation se portant aux points qui leur paraîtront les mieux appropriés pour les contacts qu’ils auront à prendre.

Les renseignements télégraphiques sont fournis par la Délégation au Général de Gaulle et lui seront transmis par l’intermédiaire des autorités britanniques.

Les communications télégraphiques du Général de Gaulle à la Délégation seront acheminées en principe à celle-ci
par l’intermédiaire du Gouverneur britannique du Gold Coast ou par le Général commandant les troupes britanniques de l’Atlantique Sud, ou par ces deux autorités en même temps.

C. DE GAULLE

 

 

ALLOCUTION DU COLONEL LECLERC DU 6 SEPTEMBRE 1940

ALLOCUTION DU COLONEL LECLERC DU 6 SEPTEMBRE 1940

RADIODIFFUSION

Allocution du colonel LECLERC ( le 6 septembre 1940).

En inaugurant le poste RADIO-CAMEROUN, poste destiné à vaincre l’isolement souvent dur de la brousse, je tiens à préciser le but de ma présence ici.

Appelé et reçu par l’énorme majorité de la population, mon intention est de permettre au Cameroun de combattre aux ordres du général DE GAULLE pour la libération de la patrie et de l’Empire.

Combattre ne veut pas dire se jeter immédiatement contre un adversaire imaginaire.

Combattre veut dire entrer le maximum de moyens dans la lutte générale de l’univers civilisé, contre les barbares.

Cela signifie pour les officiers et tous les mobilisés, une mise en état de défense immédiate du pays. Celle-ci, est en très bonne voie, et je renvoie ceux qui y travaillent sans cesse depuis dix jours.

Cela signifie une augmentation aussi rapide que possible de nos forces militaires, elle est déjà entreprise, d’abord par l’ouverture de bureau d’engagement européen, ensuite par la création des Volontaires français du Cameroun.

Enfin, je compte dès la semaine prochaine commencer le recrutement indigène.

En cas de nécessité les rappels de cadres européens seront exceptionnellement effectués.

Combattre cela signifie pour le corps des Administrateurs décidé à servir le pays une politique énergétique n’hésitant pas à prendre les initiatives raisonnables et utiles.

Ils devront collaborer droitement avec les autorités militaires, ils pousseront sans hésiter les travaux de première urgence tels que les routes et stations de repos. Ils maintiendront l’activité économique du pays, empêchant les indigènes d’abandonner leurs cultures, puisque la Grande-Bretagne nous promet la possibilité d’une vie normale. Je n’hésite pas à reconnaître le travail important déjà exécuté.

Combattre cela signifie  pour les civils de toutes catégories, planteurs, hommes d’affaires, commerçants, une bonne volonté active.

Vous savez déjà que la vie économique va reprendre dans le but d’augmenter, non pas le confort, mais la puissance du pays.

Un prêt exceptionnel a été consenti aux planteurs pour éviter toute perte de temps. Le traité de commerce avec la Grande Bretagne est sur le point d’être signé. Elle s’engage déjà à acheter 6000 tonnes de palmiers er tous les stocks de cacao en bon état.

Combattre, cela signifie encore aider les bons français des colonies voisines poursuivant le même but que nous. N’hésitez pas à leur venir en aide.

En résumé, toute suggestion ayant un but national sera étudiée.

Toute initiative réalisable sera encouragée.

Toute volonté de travail sera appréciée.

Toute entrave, même indirecte à la vie du Territoire sera réprimée.

Je maintiens la capitale à Douala, malgré les difficultés matérielles car j’estime que cette ville constitue actuellement le meilleur poste de commandement.

Les bureaux administratifs demeurent à Yaoundé.

Une circulaire précisant le fonctionnement des liaisons et du courrier vous parviendra incessamment.

En terminant, je ne peux mieux faire que de vous répéter l’idée obsédante qui détermine mes actions depuis deux mois.

 

 

LETTRE LECLERC DU 1ER NOVEMBRE 1940

LETTRE LECLERC DU 1ER NOVEMBRE 1940

Honneur et patrie

Douala, le 1er Novembre 1940

Monsieur l’Administrateur Dubois.

 

Cette lettre n’set pas une circulaire, elle constitue une simple conversation, conversation écrite hélas puisque les distances et les délais ne me permettent pas de vous voir fréquemment.

Je ne vous apprendrai rien de neuf, néanmoins, j’estime utile si nous sommes appelés à travailler ensemble, que nous parlions le même langage.

J’ai voulu attendre avant de vous écrire, non pas de connaître le Cameroun, car je ne le connais pas encore, mais d’avoir au moins un aperçu d’ensemble sur le  pays, et surtout sur les hommes.

Avant l’entreprise de tout travail, il est nécessaire de connaître exactement le but. Quel est le nôtre ? C’est de permettre au Cameroun de prendre part aussi efficacement que possible à la guerre contre le bloc germanique.

Il peut y prendre part militairement et économiquement.

Militairement, le Cameroun apportera sa contribution directe aux forces de la France Libre et fournissant les effectifs compatibles avec ses ressources en matériels, cadres et troupes. Cet effort est déjà commencé, d’une part par la Légion des Volontaires, d’autre part par l’amélioration des unités existantes et par le recrutement.

Il apportera en outre sa contribution indirecte par son Territoire qui permettra le transit aérien terrestre et maritime des troupes.

Economiquement le Cameroun peut être utile en fournissant aux colonies voisines et à nos Alliés, certaines denrées alimentaires (par exemple viande) ou minérales (étain et or).

Enfin il sera utile au point de vue économique en cherchant à constituer une charge aussi légère que possible pour ceux qui le soutiennent. Cette dernière forme de la guerre économique du Cameroun ne sera ni la moins importante, ni la moins facile.

Voilà le double but que je vous demande de ne pas perdre de vue. Toutes les fois que vous travaillerez dans ce sens soit en aidant le développement de nos forces militaire soit en activant l’aide économique, soit en permettent les sacrifices nécessaires, nous serons d’accord ;

Cette collaboration à la guerre du Territoire ne peut être effective que si la politique intérieure de la colonie est parfaitement saine : c’est  là le rôle capital des administrateurs.

Echangeons quelques idées au sujet de cette politique.

Vous connaissiez mieux que moi la nature des luttes intérieures qui constituaient le propre de la Société Française depuis de nombreuses années. Les uns déclaraient : l’ennemi c’est le riche, le capitaliste. D’autres affirmaient, l’adversaire c’est l’ouvrier, le paysan. Malgré ces affirmations et les messes prodiguées en période électorale la vie quotidienne de notre pays était constituée par une lutte des classes, lutte non sanglante certes, mais lutte réelle. Ceux qui le détenaient pouvoir, oubliant l’intérêt général ne jouaient plus leurs rôles d’arbitres, prêts à punir le riche comme le pauvre, mai ils étaient trop souvent liés par des intérêts particuliers matériels connus de tous.

Mes rapides et incomplètes tournées au Cameroun et surtout les conversations que j’ai pu avoir avec les habitants de ce pays, de toutes classes et de toutes fonctions, m’ont permis de constater qu’il y a au Cameroun, comme ailleurs, des riches et des pauvres, des sociétés puissantes et des intérêts particuliers, des gens qui ont réussi, d’autres gui ont échoué. Enfin il y a les Européens d’une part et les indigènes. Mais j’ai pu constater surtout qu’il y a dans ces différentes classes et dans ces différentes races des gens utiles su Territoire et d’autres inutiles, et quelques uns de nuisibles.

Il y. a des colons travailleurs rappelant des paysans français, donc utiles, ceux-ci doivent être encouragés. J’en ai vu d’autres, travailleurs mais victimes de malchance la crise, ceux-ci doivent être aidés-en ces heures difficiles.

Par contre je sais qu’il existe une faible minorité moins sérieuse, elle mérite moins notre intérêt.

J’ai vu des indigènes sincèrement décidés à collaborer avec nous. Nous devons leur permettre de profiter au maximum des avantages de la civilisation française. J’en ai vu d’autres déjà conscients de leurs droits plus que de leur devoir, ils doivent être fermement remis à leur place. Nous ne les craignons pas.

Nous pourrions passer en revue ainsi toutes les catégories d’habitants, commerçants, planteurs, fonctionnaires, chefs, indigènes.

Je ne connais évidemment pas le détail du pays, en particulier des sociétés indigènes avec leurs coutumes variées et complexes, mais vous, vous les connaissez.

Ce qui est vrai pour les particuliers l’est encore plus pour les sociétés et les groupements. Certains rendent des services signalés à la colonie. Nous devons les encourager, prêts s’il le fallait à réprimer leurs abus.

Vis-à-vis de tous le rôle des autorités doit être le même : lutter non contre telle ou telle classe, contre telle ou telle catégorie d’individu mais lutter contre les mauvais individus et les mauvais groupements ; favoriser, non par telle catégorie d’habitants mais favoriser tout ce qui peut être utile à la colonie.

Il est donc bien entendu que nous prendrons comme règle de conduite les principes suivants :

Tout ce qui est utile doit être encouragé.

Tout ce qui est nuisible doit être vaincu.

Tout ce gui est inerte doit être secoué.

Ce n’est pas le colon qu’il s’agit de défendre contre l’indigène ou l’indigène contre le colon, il s’agit de leur permettre à l’un et à l’autre de servir au mieux le pays. Ce n’est pas la société puissante qu’il s’agit de soutenir contre les entreprises individuelles ou inversement, il s’agit de leur permettre, aux unes et aux autres, de travailler utilement.

Cette règle paraît simp1e et évidente, mais son application, vous le savez mieux que moi, présente toujours des difficultés.

L’autorité publique doit être l’arbitre dans la lutte que les classes sociales ou raciales mèneront toujours les unes contre les autres. Arbitre signifie avant tout indépendance.

C’est là ce qu’il y a de plus difficile, nais aussi de plus honorable dans votre métier.

Cette indépendance est possible actuellement puisque vous disposez d’une autorité réelle.

Le critérium sera infaillible : l’administrateur juste et indépendant sera respecté et obéi par l’ensemble de ses administrés malgré les réactions inévitables des fortes têtes.

L’administrateur partial dressera contre lui tel ou tel groupe d’individus.

Après ces principes de base posons quelques règles d’application.

La centralisation exagérée a amené en France des résultats funestes au point de vue civil comme au point de vue militaire. A plus forte raison en serait-il ainsi dans des pays comme le Cameroun composé de régions très variées et mal reliées. J’estime donc que notre principe de commandement doit être la décentralisation comportant une autorité effective laissée aux chefs de régions. La résolution efficace et rapide des problèmes quotidiens ne peut être obtenue que par cette méthode.

Si le but final est bien compris de tous, cette décentralisation ne nuira pas à l’harmonie du travail commun.

Les circonstances dans lesquelles j’ai été placé à la tête du Cameroun m’autorisent et m’encouragent à endosser toute les responsabilités. Vous aussi, ne craignez pas d’en prendre dans le sens national exposé plus haut, sous réserve de demeurer toujours des arbitres indépendants.

L’exercice de votre commandement comportera évidemment des tournées aussi fréquentes que possible : on ne commande pas de son bureau une région, une subdivision ni une compagnie quelles que soient les difficultés résultant de la diminution Du personnel, vous sortirez et sortirez le plus possible.

Je serai tenu au courant de ces tournées par vos rapports périodiques. Ceux-ci devront se rapprocher le plus possible des comptes-rendus d’opérations militaires, c’est-à-dire comporteront des faits, des chiffres et des mesures précises proposées.

Enfin, et je m’adresse en particulier ni aux administrations centrales du Territoire, je demande à ce que les questions de correspondance et de papier soient réglées aussi vite que possible : pas de dossier sous le coude.

Les liaisons demeureront difficiles et rares ; les économies d’essence interdisant d’augmenter la fréquence des courriers vous remédierez à ce défaut en utilisant la télégraphie à chaque fois que ce sera nécessaire.

j’ai terminé : vous ne trouverez rien de neuf dans cette lettre, en particulier ceux d’entre vous que j’ai eu le plaisir de voir savent déjà à quoi s’en tenir. J’estime néanmoins utile de partir sur des bases claires.

Tout se résume en sens des responsabilités et travail. Hitler et ses adjoints ont certainement travaillé beaucoup pour arriver à l’écrasement momentané du pays, à nous de fournir un effort supplémentaire au travail normal, malgré la fatigue due au climat, pour gagner la deuxième manche.

Leclerc

LA CONQUÊTE DU GABON par les FFL

 

CARAVANE NOVEMBRE 1949
 

LA CONQUETE DU GABON par les FFL (30 août-11 novembre 1940)

 

Le 30 août 1940, le Gouverneur Masson, qui avait semblé approuver le ralliement du Tchad (26 août), du Cameroun (27 août), du Moyen-Congo (28 août), et de l’Oubangui-Chari (30 août), avisait le Colonel de Larminat, représentant du Général de Gaulle à Brazzaville, de la reconnaissance de la France Libre par sa colonie.

Jusqu’à cette date, tout s’était passé sans effusion de sang, ni perte de vies humaines. Malheureusement, le revirement de Masson, le surlendemain, allait provoquer une lutte fratricide contre laquelle s’est élevé le Chef des Français Libres.

. En effet, le 1″ septembre, une dépêche arrivait à Brazzaville par laquelle le Gouverneur du Gabon annulait sa déclaration du 30 août et annonçait ne reconnaître d’autre autorité que celle du maréchal Pétain, représenté en Afrique Noire par le Haut-commissaire Boisson.

Afin d’enlever à Vichy une tête de pont d’où il ‘pouvait gêner l’action des Alliés, une opération militaire fut décidée.

Mais comment expliquer le cas Masson ? Deux télégrammes permettent de le faire.

Le premier, en date du 21 septembre, de Larminat à de Gaulle, dorme quelques éclaircissements : ” La raison de cette dissidence est qu’un sous-marin français était arrivé entre temps à Libreville et que son commandant avait exigé du faible gouverneur, sous la menace, de revenir sur sa décision… “.

De Gaulle, dans un télégramme du 6 novembre, adressé à la France Libre, précise en outre : ” …Renforts nombreux en marins de guerre à Libreville et Port-Gentil. Général d’armée Têtu, nommé par Vichy gouverneur général de l’Afrique Equatoriale, envoyé au Gabon avec des officiers sûrs. Mobilisation de tous les Européens et d’un grand nombre d’indigènes. Arrestations en masse des partisans de la France Libre. Propagande acharnée, subventions, menaces, promesses… “.

Ces deux télégrammes donnent également des détails sur les opérations militaires. De Larminat signale : ” …Depuis trois semaines nous avons vu se détacher de Libreville tous les départements de la périphérie du Gabonqui est réduit maintenant à la moitié de son territoire, avec Libreville et Port-Gentil et le cours inférieur de l’Ogooué. Le grignotage se poursuit par des voies pacifiques… “.

De Gaulle renseigne sur les opérations ultérieures, jusqu’au 6 novembre, date de son télégramme : ” Deux colonnes, l’une partant du Cameroun (colonne Leclerc), l’autre de Pointe-Noire (colonne Parant), furent mises en marche à travers le Gabon. La première occupa d’abord Oyem, dont la garnison rallia, la seconde Mayumba, puis Sindara. Ces succès amenèrent le ralliement de la plus grande partie du Gabon. Mais Vichy fit établir, le long de l’Ogooué, à Lambaréné et à N’Djolé, une forte ligne de défense, prolongée par la Lara et Mitzig, jusqu’à la Guinée espagnole. Cette ligne de défense couvrait Libreville et Port-Gentil. Vers la fin d’octobre, les Forces Françaises Libres; progressant à travers une région extrêmement difficile et propice aux embuscades diverses, prirent le contact avec la ligne de défense établie par Vichy et, commencèrent une pression vigoureuse.

” Mitzig fut pris le 30 octobre, après résistance, La Lara, le 1″ novembre, N’Djulé le 2, et les colonnes du Gabon et du Congo firent leur jonction devant Lambaréné.

” Lambaréné était très fortement tenu. L’adversaire se trouvait retranché dans une île de l’Ogooué très facile à défendre. 11 recevait régulièrement, à partir de Port-Gentil, par le cours de l’Ogooué, des renforts et du ravitaillement. Après avoir encerclé Lambaréné, par une série d’opérations très pénibles, les troupes françaises libres commencèrent le siège. Ce siège s’est terminé le 5 novembre par la prise de la ville. Sauf quelques fuyards échappés dans la brousse, la totalité de la garnison a mis bas les armes.

”     Inutile de dire que la population, là comme partout, s’est ralliée avec enthousiasme dès que les oppresseurs eurent disparu. Il faut ajouter que l’aviation de Vichy n’avait pas cessé de bombarder et de mitrailler nos troupes.

”     Seuls Libreville et Port-Gentil restent aux mains de Vichy.

”     Les Forces Françaises Libres ont encore des difficultés à surmonter au Gabon. Mais leurs succès permettent d’espérer que la question sera entièrement réglée dans un avenir assez proche… “.

En effet le télégramme ci-dessus est du 6 novembre. Le 8, Libreville, après un raid d’aviation, tombait sous les coups conjugués des colonnes Parant et Leclerc. La lutte fut assez vive, particulièrement pour la conquête de l’aérodrome, et il y eut des pertes dans les deux camps, sur terre et sur mer : dans l’estuaire du Como, le ” Savorgnan de Brazza “, commandé par le capitaine de frégate Thierry d’Argenlieu, mettait hors de combat le ” Bougainville “, tandis que le ” Poncelet ” se sabordait.

Enfin, le 11 novembre 1940, la garnison de Port-Gentil, chef-lieu du département du Bas-Ogooué, se rendait.

Le général Têtu, ayant perdu le seul territoire resté fidèle à Vichy, capitulait, invité par le gouverneur Masson — qui devait se suicider, le 16 novembre, à bord du ” Savorgnan de Brazza ” – et par le colonel Claveau.

Le lieutenant-colonel Parant, qui devait trouver la mort dans un accident d’aviation, le 7 février 1941, fut désigné par de Gaulle pour le représenter au Gabon, lequel venait compléter l’Afrique Equatoriale Française Libre.

Robert SEVOZ.

 


Le ” Sidi-Ferruch “

Gouverneur Anet, Colonel Claveau, aviso ” Bougainville “, sous-marin ” Poncelet “, avions ” Glenn-Martin “, officiers rapatriés de Brazzaville.

Haut-Ogooué (administrateur Caparrogy, médecin- capitaine Domaison) ; N’Gounic (médecin-commandant Fitousi).

Au nord, après la chute de Mitzig, le département du Volen N’Tem fut occupé par la colonne Dio, qui se dirigea ensuite vers N’Djolé, sur l’Ogooué, le 30 octobre.

A l’est, Caparrogy se rendit maitre de Makou-Kou et de Booué.

KOUFRA

 

KOUFRA

 

 

Au sein d’unités britanniques, les Français libres de la brigade d’Orient ont démontré l’utilité des armées françaises en Erythrée,
à Cub-Cub le 23 février 1941.

Koufra est la bataille qui fait entrer les Français libres dans la légende.

Devenu commandant militaire du Tchad en décembre 1940, Leclerc projette d’attaquer Koufra, oasis italienne au sud-est de la Libye, distante de près de 2000 km.
Auparavant, il envoie quelques hommes se joindre à un raid britannique au nord du Tibesti contre des postes du Fezzan.
L’accrochage contre les Italiens à Mourzouk, le 11 janvier 1941, marque l’entrée de la colonne Leclerc (quelques centaines d’hommes bien encadrés) dans la guerre.

Les 18 et 19 février, l’attaque est lancée sur Koufra avec 300 hommes, dont une majorité de Saras, et un seul canon contre la Compagnie saharienne italienne. Après un siège d’une quinzaine de jours, l’ennemi se rend le 1er mars.

Le général de Gaulle lui témoigne sa reconnaissance en le faisant Compagnon de la Libération (récompense donnée à ceux qui se sont distingués dans la libération de la France, 1061 personnes, unités et villes françaises de novembre 1940 à 1946).

Premier succès d’armes, cette victoire, relatée dans ” le Courrier de l’Air “, publié à Londres par les services anglais, a valeur de symbole puisque Leclerc jure devant ses hommes de ne déposer les armes que lorsque les couleurs françaises flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.
Pour Leclerc, la prise de Koufra apporte la certitude qu’en améliorant les moyens logistiques le Fezzan, au sud-ouest de la Libye italienne,
objectif suivant fixé par le général de Gaulle, est à sa portée.

A partir de cette victoire s’affirme le climat de confiance entre les hommes et leur chef. Leclerc fait le serment qu’il ne s’arrêtera que lorsque Strasbourg sera libéré. 9.

Les campagnes du Fezzan Le déclenchement de l’offensive au Fezzan dépend étroitement de la grande offensive britannique en direction de Tripoli.
Or, à la fin de 1941, les Britanniques repoussent les italiens vers Benghazi mais sont arrêtés par la contre-offensive du général Rommel.

Il faut attendre l’offensive réussie du général Montgomery, chef de la 8e armée britannique, contre les forces de l’Axe à El Alamein, début novembre 1942, pour que la jonction soit possible.
Leclerc décide alors de réaliser des opérations de harcèlement contre l’ennemi, sans s’engager à fond, pour ne pas laisser ses hommes inoccupés.

Il lance ses colonnes sur plusieurs axes pour attaquer les postes italiens.
Déclenchée le 17 février 1942, la première campagne du Fezzan s’achève le 14 mars.
Leclerc y a engagé 500 hommes et 150 véhicules qui ont mené une guérilla motorisée sur un territoire grand comme la France.

Les oasis de Tedjeré et Ouaou el-Kébir tombent respectivement les 28 février, 1er et 7 mars.
L’opération échoue devant Oum el-Araneb.
La présence de deux compagnies italiennes rend la situation difficile d’autant plus que les avions italiens et allemands se montrent très actifs.
La saison sèche arrivant, Leclerc ordonne le repli, le 7 mars. Le combat a été éprouvant.

Les problèmes logistiques sont considérables.
Leclerc profite de cette pause pour renforcer ses moyens en matériels et parfaire l’entraînement de ses hommes.
Le 22 décembre 1943, Ouigh el-Kébir est occupé et devient la base d’opérations.

Début janvier 1943, les oasis tombent les unes après les autres.

Le Fezzan est conquis.
Leclerc est à Tripoli le 26 janvier.
La jonction avec les Britanniques est faite.

 

MOURZOUK 11 JANVIER 1941

 

 MOURZOUK 11 JANVIER 1941
 

Le fait d’armes de MOURZOLIK, au cours duquel le Lieutenant-colonel COLONA d’ORNANO trouva la mort, est généralement mal connu. Ce fut pourtant le premier signe du relèvement par les troupes françaises libres du TCHAD du défi des puissances de l’Axe.

Le Général MASSU, qui participa au coup de mains, a bien voulu remettre au Fonds du Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE des documents tout à fait inédits concernant la préparation et l’exécution de cet acte de guerre. Dans le cadre des contributions que le Fonds LECLERC se propose d’apporter à la revue CARAVANE il a paru opportun de débuter en publiant des extraits de ces documents. Si le nom du Colonel LECLERC y est peu mêlé c’est parce qu’au moment des préparatifs du raid il était encore au GABON. Sa nomination comme Commandant militaire du TCHAD ne date que du 2 décembre 1941 et dès ce jour il consacrera ses efforts à préparer l’attaque de KOUFRA qui démarrera de LARGEAU le 25 janvier 1941, quatorze jours seulement après la mort du Lieutenant-colonel D’ORNANO.

Le premier document est constitué par des extraits d’une lettre du Lieutenant-colonel d’ORNANO au Capitaine MASSU :

“Fort Lamy 13 novembre 1940

Mon cher ami,

Je profite d’une virée du Bloch avec Noël et le Colonel PIJEAULT pour voue adresser quelques tuyaux qui je crois vous intéresseront. Il y a une semaine environ, un certain Major anglais du nom de BAGNOLD (je n’assure pas l’orthographe) était notre hâte. C’est un spécialiste des raids sahariens en automobile. En 1932, il est allé du CAIRE à JET-JET, c’était en temps de paix, mais entre nous, ce n’était pas mal. Ce qui est mieux, c’est qu’il y a un mois environ, trois de ses voitures (lui personnellement, n’était pas de la ballade) sont à nouveau parties du CAIRE, sont allées se balader à KOUFRA, au puits de SARA, à AOUENAT et à TEKRO. Tout cela à la barbe des Italiens et à la notre. Ils ont toutefois été reçus à coups de fusils à TEKRO, ce qui les a enchantés. Ils ont barboté des courriers, enfin du joli travail. Ceci pour vous mettre dans l’ambiance et vous donner une idée do la valeur des camarades.

Or donc, le sire BAGNOLD est venu me dire qu’il avait l’intention de revenir dire bonjour aux Italiens de la LIBYE OCCIDENTALE. Il partirait du CAIRE avec 25 voitures (deux patrouilles de 12 et 13), traverserait tout le territoire italien et viendrait se ravitailler chez nous au TIBESTI pour commencer le vrai travail. C’est-à-dire remonter sur MAU EL KEBIR, tâcher de faire sauter ce pénitencier, et de lâcher dans le bled les salopards qui y sont gardés. Il pourrait s’y trouver des prisonniers politiques intéressants. Puis aller faire un tour du caté de MOURZOUK et si le morceau n’est pas trop gras, tâcher de s’y amuser un brin. Tenter de barboter quelques convois de ravitaillement ou courrier Dire bonjour au passage à GATROUN et à TEDJERE et revenir sur ZOUAR par TUNINO. Le ravitaillement en essence avant cette corrida se ferait à KAYOUGUE. Il serait de 3000 litres d’essence. Le départ du CAIRE se ferait dans la première semaine de Décembre, nous entrerions en communication par T.S.F. à partir de J + 9 et les deux patrouilles prévoient leur arrivée à KAYOUGUE à J + 12. Nous devons en principe recevoir confirmation du raid par télégramme du CAIRE, vers le 20 de ce mois. Il vous appartiendra le faire monter les 5000 litres de ZOUAR à KAYOUGUE, de les faire garder par des éléments méharistes possesseur d’un poste radio. Ravitaillement et garde devront donc être à KAYOUGUE entre J + 6 et J + 8.

Lorsque le Sire BAGNOLD m’eut exposé sa petite affaire, j’ai boudé, lui disant qu’il me coupait l’herbe sous les pieds, puisque j’avais demandé l’autorisation de faire quelque chose dans les environs de TEDJERE, et je lui ai demandé la participation d’un petit élément français, histoire de se faire la main et de prendre une petite leçon de raid motorisé. Il a aussitôt répondu que cela allait tout à fait dans ses idées et m’a proposé dix places. Il va sans dire que vous seriez le n° 1 des 10 places + 1 officier du TIBESTI à votre choix. Je me suis mis égaiement sur les rangs. Le brave Anglais a applaudi des deux mains, par contre le Colonel M considère qu’un Lieutenant-colonel n’a pas à ” aller se faire casser la figure avec une trentaine de poilus ” ; c’est une conception qui en vaut une autre, ce n’est pas la mienne. Nous avons demandé télégraphiquement l’ordre de participer au raid à BRAZZAVILLE qui n’a pas encore répondu, mais comme le Général de LARMINAT s’annonce pour très prochainement, j’espère que la question se règlera de vive voix et favorablement pour nous tous.

Le second document est la traduction du rapport établi par l’adjoint du chef de poste italien de MOURZOUK, trois jours après le raid.

SECRETCOMMANDEMENT MILITAIRE DU POSTE DE MOURZOUK

MOURZOUK, le 14 janvier 1941 – AN XIX

OBJET : Rapport relatif au fait d’armes survenu le 11 janvier 1941 – An XIX dans le fortin de MOURZOUK.

Au Commandant Militaire du Territoire Sud-Tripolitaine – Bureau du Commandement

Il était environ 13 heures 50, lorsque à l’improviste des rafales de mitrailleuses nourries et rageuses, entremêlées de nombreux coups de canons antichars, retentirent et enveloppèrent de tous cotée le fort, confirmant la nouvelle, qui m’avait été donnée par un homme de garde qu’une colonne d’automobiles arrivait de SEBBHA.

J’interrompis ma leçon sur la mitrailleuse et accouru à l’entrée du fort. Déjà les autos blindées ennemies avaient abattu la sentinelle. L’intention était évidente forcer l’entrée du fort.

Je tentai aussitôt de fermer le portail et j’y réussis avec l’aide du sergent CHIRICO et du Caporal GORDA tandis que plus intenses les rafales de mitrailleuses ennemies se concentraient sur le portail et en perforaient dangereusement la mince plaque.

Je donnai l’alarme et ce fut aussitôt une course rapide vers les postes de combat de quelques hommes présents au fort.

Quelques minutes après, notre ” Swaelose ” contenait, arrêtait et brisait l’audacieuse progression de l’ennemi.

Mais 25 à 30 autos blindées patrouillaient encore très près autour du fort à 14 heures 05. Leurs projectiles incendiaires mettaient le feu au toit du bâtiment des officiers, des coups de canon anti-chars brisaient des fenêtres, emportaient les blocs de pierre du fort, détruisaient quelques créneaux, rendaient inutilisables une mitrailleuse de la tour Nord-Ouest et une épaisse colonne de fumée noire au hangar d’aviation nous apprenait que là bas aussi la furie et la rage de l’ennemi avaient porté la destruction et peut-être la mort.

La horde ennemie encore avide de sang se reforme et, renforcée par les éléments revenus du terrain d’aviation, déclencha contre le fort ses plus furieuses attaques, qui se succédèrent durant trois heures, ce fort que 45 hommes présents avaient décidé de défendre jusqu’à leur propre fin et au-delà.

L’action fut puissante, la défense magnifique. Une auto blindée fut endommagée.

Décimés en hommes, déçue par la surprise manquée, les ennemis s’éloignèrent, profitant d’un violent se sable, une fois de plus battue par nos armes. Il était 17 heures 30.

Les italiens reconnaissaient avoir perdu dans l’affaire 9 tués dont le Capitaine Chef du poste et avoir eu dix blessés plus ou moins gravement atteints.

Le troisième document est le récit qu’écrivit, à l’intention du frère du Lieutenant-colonel d’ORNANO, le Chef de Bataillon MASSU, deux ans plus tard. L’extrait reproduit ci-dessous débute au moment ou après une déjà longue route, partie en avion, partie à dos de chameau, le groupe frais rejoint le détachement motorisé anglais.

Le 7, nous retrouvions le gros du détachement anglais comprenant un total de 24 voitures (3 Ford – 21 Chevrolet : voitures non blindées aménagée pour les raids en région désertique).

Les anglais, venant du CAIRE, avaient déjà couvert 2000 kms avant de nous rencontrer. Le Major CLAYTON, géodésien au TANGANYKA avant guerre, et précédemment en EGYPTE, dirigeait l’expédition qui comprenait une patrouille Néo-Zélandaise et une patrouille de la garde écossaise. Le but primitif, d’après les conversations du Colonel d’0ORNANO et du Major BAGNOLD à FORT-LAMY, était seulement un raid sur la poste secondaire d’OUAOU EL KEBIR façon dont il avait accompli la première moitié de son périple l’engageait à s’attaquer au poste principal du FEZZAN, MOURZOUK. Le Colonel d’ORNANO donna son adhésion à ce projet. Il voyageait dans la voiture de tête, la Ford conduite par le major, à coté de ce dernier.

Son détachement comprenant seulement un Capitaine, un Lieutenant, deux sous-officiers et cinq indigènes arabes et Toubous, était réparti en surcharge sur les voitures de la patrouille néo-zélandaise, patrouille de tête, et armé uniquement du mousqueton. Le Colonel était armé d’un fusil 07, son fusil indochinois ayant eu une avarie avent son départ.

Le 7, les français se mirent au courant de l’armement anglais. Le Colonel effectua un tir à, la mitrailleuse Lewis. Il était le conseiller du major qui en référait à lui pour le choix de son itinéraire et les modifications que les circonstances lui paraissaient devoir y apporter. Le Major était très déférent vis à vis du Colonel qui lui-même, partageait simplement le couscous et le boeuf en conserve dont je m’étais chargé et buvait le thé préparé par mes goumiers. Le Colonel, dans les conversations que nous avions ensemble, considérait qu’il pourrait à brève échéance former des patrouilles motorisées du genre de celle qui nous transportait, citait des noms d’officiers qu’il y affecterait comme navigateurs, fonction dans laquelle les anglais nous paraissaient très forts, et blaguait volontiers…

Après observations par la patrouille de renseignements menée par le Colonel dans un groupe de palmiers voisins, il fut décidé que l’objectif essentiel du raid serait constitué par les organisations du terrain d’aviation. Les Néo-Zélandais mèneraient l’affaire, pendant que les Ecossais fixeraient les défenseurs du fort; la fraction Néozélandaise comprenait les Français, soit 4 voitures, interdirait la route du fort au terrain d’aviation pour protéger l’action sur ce dernier. Le Major donna ses instructions appuyées d’un croquis dessiné sur le sable. Le Colonel prescrivit aux Français ” Faites comme les Anglais, n’en faites pas plus qu’eux “. Il devait prendre place non plus à coté du Major mais derrière, pour laisser place libre au mitrailleur. Il blagua encore en notant : ” dans cette armée, les chefs s’exposent ” Il refusa un casse-croûte rapide en m’opposant : ” mon ami, je ne mange pas quand je vais me battre “. Ce fut la dernière parole que j’entendis de lui. A midi, la colonne démarrait vers le fort. Le postier italien qui venait à notre rencontre à bicyclette fut fait prisonnier et chargé sur ma voiture. Nous arrivâmes, la voiture du Colonel en tête, devant le fort dont une vingtaine d’italiens paisibles garnissait le porche.

Les voitures se mettent en bataille et celle du major ouvre le feu, imitée par les nôtres. Le Major passe ensuite devant le fort et tourne vers la gauche, vers le Sud-Est pour se rendre au terrain d’aviation. Chacun remplit sa mission. Ce n’est que vers 16 heures 30, après avoir pris liaison au terrain d’aviation, alors que je jugeais mon travail terminé, que j’appris la mort du Colonel. Sur la route du terrain d’aviation, il avait fait un italien prisonnier et l’avait chargé à ses cotés. En contournant le hangar, le Major était tombé sur une mitrailleuse qui l’avait salué à bout portant et dont la rafale l’encadrant, avait touché au cou, au-dessus de lui, le Colonel qui était mort sur le champ, ainsi que l’italien prisonnier. Les servants de la mitrailleuse furent abattus aussitôt au révolver par le Lieutenant BALANTYNE dont la voiture suivait et qui bondit immédiatement sur eux.

Le ralliement du soir dans la région de la base de départ de midi, les Français transportèrent le Colonel de la voiture du Major à sa tombe creusée dans le caillou, pour lui et pour le sergent Néo-Zélandais HEWSONS tué sur ma voiture. Il avait perdu une grande partie de son sang. Sa physionomie était sereine, légèrement moqueuse. Revêtu de sa djelaba rayée ensanglantée et de son séroual, il fut enveloppé dans une couverture Sur sa poitrine, j’épinglai une ancre coloniale et une croix de Lorraine. Sur la tombe, la croix commune que nous fabriquâmes avec des morceaux de planche portait également au dessus de son nom ses insignes. Le Major lut la prière des morts. Je fis rendre les derniers honneurs par mon petit détachement. Les Anglais vinrent me présenter leurs condoléances émues, comme au plus ancien des Français. En peu de jours, le Colonel s’était fait aimer de tous.

Lee Italiens ont exhumé le Colonel qui se trouve actuellement au cimetière de MOURZOUK, à côté du poste. Sa tombe voisine celle des morts italiens, de la journée. Le 11 janvier 1943, jour anniversaire de sa mort, les Français occupaient MOURZOUK, une prise d’armes, une croix de Lorraine garnie de fleurs a été déposée sur sa tombe. Elle avait été lancée par l’avion du Colonel Commandant le régiment du TCHAD et était accompagnée du message suivant :

20 février 1943 en avion

–          Le Général LECLERC

–          Les troupes en opérations

–          La population militaire et civile du TCHAD

à la mémoire du Colonel d’ORNANO, cette humble croix de Lorraine faite avec des fleurs du TCHAD.

Signé :

Colonel INGOLD – Intendant DUPIN – Commandant BONNAFE

L’opération sur MOURZOUK fut pleinement réussie : le hangar et 3 avions, incendiés, l’organisation radio détruite. Les Italiens ont eu neuf tués dont le Commandant du Poste et ont avoué dix blessés. Le 12, le poste de GATROUN fut attaqué le 13. Pendant ce raid auto, un djich à chameau fut mené par les méharistes du TIBESTI (Capitaine SARAZAC) sur le poste de TEDJERI. “

Texte établi par le fonds-Musée du Maréchal LECLERC.

OPÉRATIONS AÉRIENNES SUR KOUFRA

COMPTE RENDU DES OPÉRATIONS AÉRIENNES SUR KOUFRA EN JANVIER 1941

Janvier 1941

A-               ORDRES RECUS

Destruction de l’aérodrome et du fortin de Kufra suivant ordres du colonel Leclerc (pièce annexe 5).

B-                PREPARATION

Le GRBI disposant de 10 Blenheim comptait au 30 Janvier :

–                     9 appareils disponibles sortant tous de révision de 60 ou de 90 heures

–                     1 appareil en cours de dégroupage à Fort Lamy.

Le matériel accessoire : bombes, munitions, carburant, couchage, vivre, … avait été acheminé sur OUNIANGA au début de janvier par voie de terre. La plus grande partie était à pied d’oeuvre, mais par suite de l’intensité exceptionnelle du trafic sur le parcours LAMY-FAYA-OUNIANGA, les camions et les chameaux n’avaient pu tout monter.

Au 30 janvier, il manquait notamment la presque totalité des bombes GP, le matériel de chargement des bombes, le matériel de couchage et une grande partie des vivres. Un avion ” Bombay ” mis à la disposition du GRBI par la RAF  a pu monter les bombes manquantes de FAYA à OUNIANGA.

Une camionnette équipée en radio et en génie par les seuls moyens du groupe, partie de LAMY le 19 janvier arrivait le 30 janvier à OUNIANGA en bon état.

C-                EXECUTION

Le 30 janvier, 4 Blenheim quittaient FORT-LAMY et 4 autres MAIDUGURI ; l’un d’eux en difficulté de moteur se posait avec un seul moteur à KORO-TORO. Les 7 autres gagnaient directement OUNIANGA.

Le colonel LECLERC précisait alors que le GRBI ne serait très clairement pas engagé avant le mercredi 5 février et le serait uniquement sur le fortin (pièce annexe 7).

Le 31 janvier, fut consacré aux pleins d’essence et à la révision des moteurs. Le Blenheim en panne à KORO-TORO rejoignait FAYA où il procédait à la remise en état du moteur en panne.

Le 1er février, à 17 heures le GRBI était alerté par télégramme de la colonne à terre demandant son intervention immédiate sur l’aérodrome (pièce annexe n°10).

Une fois les ordres donnés, la nuit fut consacrée aux pleins d’essence et d’huile, à la modification des armements, due au changement d’objectif, au chargement des bombes et à la confection des bandes mitrailleuses.

Le 2 février, à 5h45, les équipages et les mécaniciens se trouvaient aux avions, le chargement en bombes s’était révélé très difficile du fait du manque de treuils et de chariots porte-bombes.

Les deux seuls armuriers qui avaient déjà travaillé toute la nuit, purent difficilement terminer leur tâche pour 10h45, heure limite de décollage.

Le départ prévu pour 9h30 eut lieu à 10h45, deux Blenheim de l’Etat-major du Groupe, 3 Blenheim de la 1ère Escadrille et 2 Blenheim de la 2ème escadrille prirent le départ.

Un avion de la deuxième escadrille ne put partir ayant eu une baisse de régime à 100 kms d’OUNIANGA dut revenir au terrain, il largua ses bombes dans le désert et atterri sans incident.

L’opération proprement dite se déroula normalement, voir compte-rendu ci-joint (pièce annexe n°11).

Cette première mission montra que le départ et le retour en groupe doivent être obligatoires afin de permettre un fonctionnement correct des transmissions, d’assurer une navigation aussi précise que possible et de repérer les équipages en détresse,

que les chargements de bombes ne peuvent être faits dans les heures précédant le départ sans matériel adéquat, (un armurier par deux avions est un minimum),

que l’envol de la totalité des avions du groupe sur un terrain sablonneux est considérablement retardé par la poussière de sable soulevée, poussière qui a obstrué les mécanismes de certains lance-bombes et de plusieurs mitrailleuses.

Le  3 février, à la suite d’un deuxième message du colonel LECLERC, il fut, envoyé un Lysander et un Potez sanitaire au puis de SARRA.

Contrairement aux ententes avec les troupes à terre, le terrain n’était ni balisé ni repéré par des feux, les avions rentrèrent a bout d’essence sans avoir trouvé le terrain.

Le soir le Colonel LECLERC envoyait un troisième message. (Pièce annexe n°10).

Journée passée en révision et chargement des avions.

Le 4 février, la liaison est assurée avec le Colonel LECLERC, les deux avions d’observation ayant trouvé le terrain de SARRA en un point totalement différent de celui indiqué par le télégramme précédent. Par une lettre manuscrite en date du 4 février 1941, le Colonel LECLERC donne de nouvelles instructions au G.R.B. I (Pièce annexe n° 9).

L’après-midi, arrivée du Capitaine FLORENTIN qui apporte une autre lettre manuscrite du Colonel LECLERC donnant des ordres périmés. (Pièce annexe n° 8). Le Lieutenant de la ROCHE rapporte de FAYA les nouvelles de la radio italienne (Pièce annexe n° 14).

Le 5 février, départ pour bombardement de l’aérodrome de  4 Blenheim. L’avion du lieutenant SAIT-PEREUSE se pose au nord de TEKRO à la suite de l’arrêt du moteur droit, emplacement reconnu par le sergent-chef PETAIN, équipage indemne, une équipe de secours commandée par le Lieutenant CROUZET et comprenant 2 camions est envoyée sur les lieux. Une liaison par avion est organisée, les premières recherches effectuées le soir même en Lysander par le Commandant ASTIER DE VILLATTE sont infructueuses.

L’avion de l’adjudant-chef GRASSET fait demi-tour par suite d’un échauffement anormal des moteurs.

Aucune nouvelle des deux autres avions. Seul celui du lieutenant CLARON passe un S.0.S., semblant indiquer qu’il est perdu dans la région d’OUNIANGA-KEBIR. Impossibilité de communiquer avec cet avion pour le relever.

Le compte-rendu de cette mission a été établi après le retour de l’équipage du Blenheim posé à GOURO (Pièce annexe n°12).

Le 6 février, la mission prévue est remise par suite de condition atmosphérique défavorable au Nord d’OUNIANGA.

A 10 heures, un télégramme annonce que l’avion du Lieutenant HIRLEMANN a atterri à GOURO. Un camion y est envoyé avec de 1’essence pour lui permettre de rejoindre OUNIANGA.

A 11 heures tous les postes du Nord sont alertés pour les recherches de l’équipage CLARON (pièce annexe n° 15).

A 13 heures, tempête brutale et vent de sable bouchant en moins de 10 minutes tout 1’horizon. Les 2 avions devant aller reconnaître et ravitailler le Lieutenant de Saint-PEREUSE sont arrêtés. Il n’y a plus qu’à attendre.

Le 7 février, la tempête de sable diminue d’intensité. Recherche de 1’avion du Lieutenant de Saint-PEREUSE sans résultat. Le Lieutenant HIRLEMANN demande une équipe de dépannage à GOURO, ses moteurs fonctionnant mal.

Le 8 février, arrivée de Monsieur le Général de LARMINAT en Glenn-Martin piloté par  le Commandant GOUMIN. L’avion du Lieutenant de SAINT-PEREUSE est retrouvé, repéré et l’équipe de dépannage commence son démontage.

Le 9 février, monsieur le Général de Larminat décide d’aller à SARRA, en Glenn-Martin. Sans avoir trouvé le terrain, le commandant GOUMIN repart vers Fort-Lamy.

L’avion de transport ” Bombay ” mis à la disposition des F.A. de l’A.F.L. par la R.A.F. part pour bombarder KUFRA et ne rentre pas. On pense qu’il a atterri dans la vallée du Nil par suite de la mauvaise visibilité.

L’avion du Lieutenant CLARON reste introuvable malgré les recherches. Deux Lysander font le voyage de SARRA pour rien, le colonel LECLERC ne se trouvant pas au rendez-vous. Un  télégramme arrivé l’après-midi précise que par suite de retard il n’est arrivé qu’a 17 heures au lieu de 10.

Aucune garde ne se trouvait à SARRA pour protéger les avions contre une attaque Italienne possible.

Le 10 février, mission de bombardement au fortin EL TAG à KUFRA. Six avions partent à 10 heures, mais l’avion du Lieutenant du BOISOUVRAY, par suite à une baisse de régime, fait demi-tour après 20 minutes de vol.

Voyage dans des conditions de visibilité très mauvaises, brume de sable, nuages.

Le bombardement est effectué à hauteur des nuages (voir document annexe n° 13).

Au retour, un avion est repéré par le Capitaine LAGER à 130 milles d’OUNIANGA, à 20 milles de la route. (Une reconnaissance faite le lendemain montrera qu’il s’agit du “Bombay”).

Un groupe de deux Blenheim ira le repérer demain. Nous supposons qu’il s’agit de l’avion du Lieutenant CLARON.

Le ” Bombay” donne de ses nouvelles, il s’est perdu aux environs d’OUNIANGA et se fait relever en génie par la voiture radio. Aucun avion n’étant disponible les recherches seront faites demain.

Arrivée du Colonel LECLERC  de SARRA par Lysander. Il a poussé jusqu’à KURFRA et ramené un prisonnier.

Contrairement aux décisions prises avant les opérations, le Colonel LECLERC demande une nouvelle série de missions au G.R.B.I. et il n’admet pas l’indisponibilité de la totalité des avions. Il sembla que la non réussite ou tout au moins la demi-réussite des opérations de KUFRA doive retomber sur l’aviation.

Le Colonel LECLERC fait remarquer au Lieutenant LABAS que nous avons eu tort de faire rechercher les avions perdus.

Recherches de l’avion du Lieutenant  CLARON par 5 Blenheim, pas de résultat.

Le 11 février, départ du Colonel LECLERC pour FAYA en sanitaire POTEZ.

Ravitaillement du ” Bombay ” par les 2 Lysander. Il rentre par ses propres moyens à OUNIANGA. Nous apprenons qu’il n’a pas trouvé KUFRA, s’est perdu au retour, s’est retrouvé à l’ouest d’AOUENAT et a finalement fait un premier atterrissage sur le sable le 9 puis un second vol le 10 avec ce qui lui restait d’essence.

Le 12 février, la remise en état des avions révèle que 4 grosses réparations seront nécessaires au retour et que presque tous les moteurs droits devront être dégroupés.

L’ordre de retour est donné.

CONCLUSIONS :

Résultats –

D’une façon générale les missions prévues ont été exécutées. Le G.R.B.I. avait garanti de faire un minimum de 14 missions sur KUFRA, il en a exécuté 17.

Les résultats obtenus au cours des 2 premières opérations sur l’aérodrome ont été satisfaisantes et semblent supérieurs à ce que l’on peut être an droit d’attendre sur de tels objectifs. Les résultats de la troisième opération ont été moins bons, très probablement par suite d’une erreur de cartes situant le fortin d’EL TAG à une altitude fausse.

Les pertes sont de deux appareils et de un équipage :

Un appareil a eu une panne à un moteur à 100 kilomètres de l’objectif puis au retour une panne de l’autre moteur à 150 kilomètres d’OUNIANGA. L’avion posé le train rentré semble récupérable, il est en cours de démontage. L’équipage est sain et sauf, l’équipement spécial qui avait été prévu pour le cas de panne dans le désert s’est révélé entièrement au point.

2- l’autre appareil, aperçu pour la dernière fois sur KUFRA, n’a jusqu’à présent pas été retrouvé. L’équipage doit pouvoir tenir jusqu’au 20 sans de grosses privations. Il semble se trouver dans un rayon de 100 kilomètres d’OUNIANGA, mais par suite d’un affolement du radio, il n’a pu être mieux repéré par la voiture radio qui a reçu de lui le dernier message avant qu’il se pose à bout d’essence.

E- MATERIEL

Un groupe de Blenheim partent d’un terrain de secours situé à 1200 kilomètres des bases et opérant sur un objectif situé à 600 kilomètres de ce terrain est soumis aux risques maximum et ne peut avoir qu’un rendement Minimum :

–                     le personnel mécanicien est réduit alors que les moteurs et cellules soumis à un traitement anormal demandent un entretien maximum,

–                     les moyens dont disposent les équipes de mécaniciens sont limités à la caisse d’outillage alors qu’il faudrait un véritable atelier pour faire face aux réparations simplement de première nécessite,

–                     le travail eu plein air se fait dans une atmosphère saturée de sable, avec le seul secours de noirs complètement inexpérimentés. Les moteurs se trouvant extrêmement bas, avec une prise d’air au-dessous de l’aile, ont subi une usure rapide, surtout les moteurs droits qui sont en plein dans les remous provoqués par l’hélice gauche,

–                     au cours de la première opération un seul avion a eu des difficultés de moteurs,

–                     au cours de la deuxième opération, deux avions ont eu des pannes ou tout au moins des ennuis avec leurs moteurs,

–                     au cours de la troisième opération, tous les avions, sans exception ont eu des baisses de régime ou des ennuis divers de moteurs,

–                     la consommation d’huile qui était de quatre litres par heure lors du voyage de FORT-LAMY- OUNIANGA-KEBIR est passée au cours de la troisième opération à huit litres par heure. Les moteurs ne sont pas seuls à avoir souffert du sable. Les lance-bombes et mitrailleuses malgré les révisions constantes ont eu plusieurs enrayages, certains pouvant avoir des conséquences graves,

–                     au cours de la première opération, 2 avions sont rentrés l’un avec 4 petites bombes, l’autre avec 4 bombes incendiaires en partie déclenchées,

–                     au cours de la troisième opération, un avion est rentré avec une bombe de 250 livres non déclenchée.

Le radio a elle aussi pâti des conditions locales. L’existence d’une zone constante de vent et de brume de sable entre OUNIANGA et KUFRA provoque des extinctions à peu prés complètes et fausse les relèvements goniométriques. La poussière de sable a provoqué de nombreuses pannes à l’intérieur des  appareils d’émission et de réception.

F- METEO

Les prévisions météorologiques sont à peu près impossibles à établir en raison du défaut de liaison. Les opérations n’ont pu bénéficier que de sondages locaux, en général insuffisants et de prévisions anglaises vieilles de 24 heures.

A chaque mission il a été constaté que le régime des vents à OUNIANGA n’avait aucun rapport avec le régime des vents au nord de la falaise de TEKRO. Des dérives passant de – 10 degrés à + 10 degrés ont été fréquemment mesurées.

C’est probablement là une des principales causes de l’incident du ” Bombay “, dont l’équipage est habitué à voyager avec des prévisions météorologiques précises.

G- PERSONNEL

Le personnel navigant et mécanicien s’est montré à la hauteur de sa tâche :

–                     Le personnel navigant en exécutant avec le plus bel esprit de sacrifice des missions périlleuses dans un pays rébarbatif où la panne pardonne rarement et sur un matériel peu adapté à ce genre de mission ;

–                     Le personnel mécanicien en travaillant jour et nuit pour lutter contre les éléments contraires et maintenir le matériel au potentiel maximum.

L’attention du commandant est particulièrement à attirer sur l’effort extraordinaire fourni par les équipages des 4 avions du détachement des FA du Tchad. Avec un matériel fatigué ou complètement inapte à la navigation, ils ont exécuté des missions chaque jour, quelques soient les conditions météorologiques, atterrissant sur un terrain de fortune en territoire ennemi, terrain non gardé malgré les assurances données par les troupes. Ils ont grandement aidé au sauvetage du Blenheim et du ” Bombay ” posés au sud du Jef-Jef.

Le personnel navigant qui a participé à de telles opérations est mûr pour toutes les missions, car rares seront mis à l’épreuve avec une telle intensité.

Lorsque d’autres missions auront permis à l’ensemble des équipages d’acquérir une discipline de vol totale, le Groupe sera digne des Groupes de bombardement de jour qui avaient la maîtrise du ciel en 1918.

REDDITION DE KOUFRA 1ER MARS 1941

 

REDDITION DE KOUFRA 1ER MARS 1941

Entre MM.

–   le colonel Leclerc commandant les troupes françaises
–   le capitaine Colonna commandant la place de Koufra

Ont été arrêtées les conditions suivantes de reddition.

1)                 Un hôpital mixte pour blessés français et italiens organisé immédiatement sous la direction du médecin dans les locaux sanitaires situés près de la […]

2)                 Tout le matériel d’armement collectif + individuel et automobile sera maintenu en place, les armes en position à l’extérieur du fort seront rapportées dans l’enceinte dans un local désigné par le commandant.

3)                 Aussitôt après la signature la section française composée uniquement d’européens prendra possession du fort : le bastion et le fort seront occupés.

4)                 La garnison est autorisée à envoyer des messages radio privés et sera ensuite autorisée à mettre hors d’état le poste radio.

5)                 Toute la garnison sera rassemblée à 14h sans arme dans la cour et sera passée en revue par le colonel Leclerc ; les Askaris seront ensuite dirigés en ordre sur leur camp. Commandement du camp des Askaris Lt Fabre ayant comme adjoint un officier italien.

Le commandement français prendra toutes les dispositions pour assurer aussi rapidement que possible :

–                     Le retour des armées des Askaris originaires de Koufra

–                     La libération des Askaris étrangers à l’oasis.

6)                 Les officiers, sous-officiers et hommes de troupes nationaux italiens seront dirigés le plus tôt possible sur Faya et Fort-Lamy et le général commandant supérieur règlera leur stationnement.

7)                 Dès la signature du présent acte, le commandant du Fort du Tag passe au colonel Leclerc autorité militaire sur son poste de commandement.

Koufra, le 1er mars 1941

Le colonel Leclerc                  Le colonel Colonna