Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

Indochine

Groupement MASSU

2e DB – CEFEO

Le retour de la France en Cochinchine – 1945

La guerre n’est pas finie en Extrême-Orient, les Japonais occupant de fait l’Indochine française depuis le coup de force du 9 mars 1945. Le nationalisme s’y est développé pendant la guerre, avec la création de la Ligue pour l’indépendance du Vietnam, dirigée par Hô Chi Minh.

Le général de Gaulle désigne le 29 mai 1945, le général Leclerc, chef du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient pour participer sous commandement américain. aux opérations dans le Pacifique où les Japonais mènent un combat jusqu’au-boutiste. Entre temps, les bombes atomiques lâchées par les Américains sur Hiroshima (6 août) et Nagasaki (9 août) contraignent l’empereur Hiro Hito à demander l’armistice. Leclerc représente la France à la signature de la capitulation japonaise le 2 septembre 1945. Le même jour, Hô Chi Minh, chef du Vietminh, en profite pour proclamer l’indépendance de la République du Vietnam.

Entre temps à son arrivée à Ceylan le 22 août, Leclerc a eu connaissance des résultats de la conférence de Postdam, qui a réuni du 17 juillet au 2 août, Américains, Anglais et Soviétiques. Y est décidé le partage de l’Indochine en deux zones d’occupation de part et d’autre du 16ème parallèle, au nord les Chinois, au sud les Britanniques, pour combattre les Japonais. La France se trouve ainsi évincée de sa colonie. La Grande-Bretagne ne s’oppose pas au retour de la France à la différence des Chinois. Leclerc entreprend, avec l’aide des Anglais, la reconquête de la Cochinchine.

Le Corps expéditionnaire y rétablit l’ordre et l’autorité française. A Saïgon, le général Leclerc accueille, le 15 octobre, l’amiral Thierry d’Argenlieu, nouveau haut-commissaire, son supérieur hiérarchique. A la fin de l’année, la Cochinchine et l’Annam sont pacifiés.

Engagement de la 2e DB dans le conflit Indochinois

Le 7 juin 1945, le général Leclerc reçoit la mission de mettre sur pied un corps d’armée destiné à la lutte contre le Japon en Extrême-Orient

Avant même d’être nommé commandant supérieur des troupes en août, il choisit de s’appuyer sur les volontaires de ses anciennes unités pour former son avant-garde. Le groupement de marche de la 2e DB est créé le 1er septembre 1945.

Le lieutenant-colonel Massu en prend le commandement.

 

Constitution du groupement de marche de la 2e DB

D’un volume de 1 500 hommes, il est organisé en trois sous-groupernents : Sarazac, Grall et Compagnon.

Tous les régiments de la division participent à sa mise sur pied.

Le régiment de marche du Tchad forme un bataillon, les régiments blindés un escadron de chars, une compagnie de chars légers, le er” RSM, un escadron de mitrailleurs, le 13e BG une compagnie du génie.
Ils sont soutenus par une formation médicale et un atelier lourd.
Tous les matériels du groupement proviennent de la 2e DB.

Dès son débarquement le 15 octobre, le groupement de marche de la 2e DB est engagé dans un conflit d’un genre nouveau.
Les premières missions ont pour but de rétablir la souveraineté sur le pays en rétablissant les voies de communications, en réinstallant les populations autochtones dans leurs villages et en luttant contre l’influence des Viêt-Minhs.

Opérations au Sud du 16ème parallèle

 Les opérations réalisées par le groupement de marche au sud du 16ème parallèle, comportent notamment le dégagement de la région de Saigon, la montée sur Tay-Ninh, la redescente sur Dalat par l’intérieur.

La ville de Mytho est reprise aux rebelles le 25 octobre 1945, Tay-Ninh le 8 novembre, et !a route de la plaine des loncs ouverte le 15 décembre.

Le groupement de marche rompt ainsi l’encerclement de Saigon réalisé par les rebelles.

L’arrivée en renfort de la 9èmedivision d’infanterie coloniale permet de nettoyer le nord de la Cochinchine, le delta jusqu’à la frontière cambodgienne, et le Golfe de Siam vers le sud.

Début 1946 s’installe alors une paix relative en Cochinchine.

 

Opérations au Nord du 16e parallèle

 

II reste cependant à rétablir la présence française au nord du 16ème parallèle, secteur occupé par les troupes chinoises et viêt-minhs.

Au Tonkin, et à Hanoi en particulier, siège du gouvernement Hô Chi Minh, les révolutionnaires avaient gardé les mains libres.
Il importait de libérer au plus tôt de nombreux Français dont la condition était précaire et le massacre possible.
Après de nombreuses péripéties, le groupement de marche, transporté par voie maritime, peut enfin débarquer dans le port d’Haiphong qui constitue une tête de pont solide.

Une convention signée le 13 mars avec les Chinois de Chang Kaï-Chek, qui soutiennent Hô Chi Minh, permet le retour pacifique des troupes françaises dans Hanoi.

C’est ainsi que le 18 mars au matin, une colonne comprenant les deux tiers du groupement de marche et des éléments de la 9 » division d’infanterie coloniale, démarre vers Hanoi.
Vers 14 heures, les éléments de tête du groupement sont acclamés par les 15 000 Français qui voient ainsi la fin de leur cauchemar.

En septembre, le groupement de marche de la 2e DB quitte l’Indochine où il est relevé par le groupement blindé du Tonkin, nouvellement constitué.

En 13 mois, le groupement a perdu 74 hommes au combat.

 

 

Documents +

Note sur la conduite à tenir en Indochine

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DES FORCES FRANCAISES EN EXTRÊME-ORIENT
ETAT-MAJOR
2ÉME BUREAU

NOTE N°36-2-A
Pour les combattants de la 2e DB sur la conduite à tenir en INDOCHINE

 

Vous venez d’achever une épopée qui sur une route semée de combats et de victoires, vous a menés du TCHAD au RHIN et au DANUBE. Maintenant, entre beaucoup d’autres, vous avez été choisis pour une mission de confiance. Vous n’allez plus vous battre en pays hostile contre l’ennemi séculaire de la France. C’est un difficile travail de pacification que vous aurez à faire en Indochine.

L’OEUVRE DE LA FRANCE EN INDOCHINE

Ici, comme partout ailleurs dans notre Empire, vous verrez l’oeuvre qui a été accomplie. Vous constaterez qu’en 80 années de colonisation, l’effort conjugué des Français et des Annamites, leur labeur et leur ténacité ont permis d’assurer le développement intellectuel et économique du pays. Des milliers de kilomètres de routes et de voies ferrées ont été construits, des villes modernes ont été édifiées. Les principales ressources agricoles et industrielles ont été mises en valeur suivant les procédés de la technique moderne. D’innombrables écoles ont été ouvertes et les bienfaits de notre civilisation apportés dans les régions les plus reculées avec le désir de faire participer les Indochinois à une vie supérieure et plus humaine. Dans les villes, des hôpitaux modernes ont été construits ; dans les villages les plus reculés de la brousse, des dispensaires ont été ouverts. Ce travail justifie l’effort que vous allez faire pour qu’il puisse porter tous ses fruits.

LES FRANÇAIS D’INDOCHINE

Cette oeuvre de colonisation a été dirigée par tous ceux qui se sont succédés ici, soldats, colons, fonctionnaires, administrateurs, missionnaires. Tous, ils vous attendent avec joie parce que vous leur apportez le visage de la France Combattante qu’ils n’ont pas connu. Ce qu’ils ont connu, ce sont de longues années d’exil sous la contrainte et sans nouvelles de chez eux. Beaucoup ont été internés dans des camps de concentration, d’autres ont vu des membres de leur famille emmenés en otage ou massacrés par des hordes déchaînées…. Ils ont droit à votre sympathie.

 

LES ANNAMITES

Vous apprendrez à les connaître et vous vous attacherez à eux. Il ne faut pas oublier que les Indochinois, comme tous les peuples de notre Empire Colonial, aux jours sombre de notre défaite, se sont serrés contre nous et nous ont donné jusqu’en mars dernier, les preuves d’un entier loyalisme. Certains se sont bien battus à nos côtés.

 

LE ” VIET MINH “

Il a fallu plus de quatre années de propagande intense et sournoise de la part des Japonais pour égarer certains esprits, et recruter un poignée d’agitateurs : Les dirigeants du VIET MINH. Ceux qui se retrouvent avec le plus de haine contre la France, sont souvent d’ailleurs ceux, là, même qui ont été élevés dans nos écoles, qui ont plus largement bénéficié des bienfaits de notre civilisation et jusque dans le ton des injures qu’ils profèrent contre nous, on retrouve l’influence de notre culture. A ces ambitieux sont venus se joindre des bandes de pirates, digne émules des Pavillons Noirs. Ce sont eux qui portent la responsabilité des pillages et des assassinats. Ils ont terrorisé le peuple indochinois tout entier par des proclamations menaçantes, par des représailles et surtout par le mensonge. Les chefs du VIET MINH ont abusé à un degré inimaginable de la naïveté du peuple. N’ont-ils pas été jusqu’à faire croire aux paysans sans instruction que le RICHELIEU avait été coulé par eux à coups de grenades, ou encore qu’un savant annamite venait de découvrir une nouvelle bombe atomique qui tuait les blancs sans causer de dommages aux jaunes.

 

CONSIGNES POUR LE COMBAT

Dés lors quelle sera votre attitude vis-à-vis des Annamites ? Il faudra garder une juste mesure entre deux excès. A priori ne pas voir dans tout Annamite un dangereux bandit. Ne pas non plus, par une bonté mal comprise se laisser aller à trop d’indulgence. Si vous devez lutter avec toute l’énergie dont vous êtes capables contre l’ennemi armé, personne par contre, fut-il même gradé n’a le droit d’abattre des prisonniers mis dans l’incapacité de nuire. Ils doivent passer devant une cour martiale, être interrogés et jugés. Ils peuvent fournir des renseignements qui permettent d’épargner du sang français. S’ils sont reconnus coupables, ils recevront le châtiment qu’ils auront mérité. N’oubliez pas que tout pillage est interdit et passible des sanctions les plus graves. Pas de destructions inutiles, pas de brutalités vis-à-vis des non combattants, des femmes et des enfants. Tout Annamite qui serait injustement maltraité risquerait d’être perdu pour la cause française.

 

LES JAPONAIS

A votre arrivée ici, vous avez été surpris de voir les soldats japonais porter encore leurs armes, circuler en liberté. Les alliés les ont obligés à assurer le maintien de l’ordre et de la paix là où ils se trouvent, en attendant l’arrivée, en nombre suffisant, des troupes anglaises et françaises. Dans l’ensemble, ils ont exécuté loyalement l’ordre qui leur avait été donné ; beaucoup de Français ont été protégés par eux, quelques uns même sont tombés en défendant les nôtres. Parmi les Japonais aussi, il y a une minorité de ” salopards ” : les politiciens qui par leur propagande insidieuse sont les véritables fauteurs des désordres actuels ; des dissidents qui sont passés dans les rangs des révolutionnaires, se battent avec eux ou leur livrent des armes. Au combat, vous en trouverez en face de vous. Quand vous les aurez capturés, remettez-les à la justice militaire, ils recevront la peine qu’ils ont méritée.

 

PRÉCAUTIONS A PRENDRE

Les japonais et les tireurs d’élite qu’ils ont dressés emploient une tactique que vous avez déjà appris à déjouer lorsqu’il s’agissait des Boches : la tactique des snippers. Le snipper mène le combat individuellement. Il s’embusque et tire à coup sûr au moment où l’on s’y attend le moins, visant surtout les isolés et choisissant de préférence les gradés. Il reste souvent en arrière de nos lignes, et là où une compagnie est déjà passée sans perte, un homme est abattu peu après. Pour se prémunir contre cette tactique, les plus grandes précautions doivent être prises pendant les déplacements surtout d’isolés et de petits groupes. Un autre procédé familier aux Annamites est de chercher à se faire révéler notre dispositif en déclenchant comme appât des tirs d’emplacement improvisés, sans autre signification tactique.

Il s’agit alors pour nous de conserver une discipline de feu. Il ne faudra riposter qu’à bon escient sur des objectifs bien définis. C’est là une façon de faire familière à une troupe : aguerrie et qui sais conserver son sang-froid. Ainsi prévenus, dans quelques jours, vous rejoindrez vos camarades, ceux du 5e et du 14e D.I.C, les marins des Commandos ou des compagnies de débarquement. Vous allez lutter à leurs côtés, fait de rendre aux 23 millions d’habitants de l’INDOCHINE l’ordre et la paix qu’ils désirent.
C’est la tache qui vous attend. A notre histoire coloniale, vous allez ajouter une nouvelle page. Qu’elle soit aussi belle que les précédentes.